Le 6 novembre à Lisbonne, à l'occasion d'une réunion des
ministres des affaires étrangères des 37 Etats participants au partenariat
euro-méditerranéen, la France a détaillé son projet d'Union méditerranéen (UM).
D'après Euractiv.fr, il a fait se lever "un vent de scepticisme" en
provenance des deux rives de la Mer méditerranée. Quelques jours plus tard, le
13 novembre, lors de son premier discours devant le Parlement européen, le
Président français n'a pas manqué de revenir sur le projet d'UM en soulignant
les insuffisances de l'actuel partenariat euro-méditerranéen (alias Processus
de Barcelone).
Cela n'a pas échappé à
Daniel Riot (Relatio) qui regrette
"le flou sur le projet d'UM et la caricature trop vite et mal faite du
processus de Barcelone". A d'autres donc "d'infléchir le dessin
inadapté d'un beau dessein", conclue-t-il. Déjà,
le 25 octobre, il avait
souligné le "beau projet mal dessiné" que
constitue le "l'UM de Sarkozy".
Néanmoins, "la coopération méditerranéenne est l'antidote des guerres de
civilisations et de religions, l'arme décisive contre le terrorisme, le fondamentalisme
et l'intégrisme", […] ce projet "rêvé depuis longtemps […] est trop
beau pour être gâché par un manque d'esprit communautaire".
Barah Mikaïl, pour l'Institut de relations internationales
et stratégique (IRIS), voit dans ce projet d'UM la "réitération d'ambitions
déçues", à savoir celle d'une Union européenne (UE) qui soit plus qu'une
union économique. "Satisfaction" et "frustration" sont les
deux sentiments que suscite pour lui le discours de Nicolas Sarkozy prononcé à
Tanger le 23 octobre à l'occasion duquel le Président français précise
"les contours de cette UM à laquelle il appelait du temps déjà où il était
candidat à la magistrature suprême". "Satisfaction" car il veut
faire de l'UM le symbole et la preuve de la réussite d'une alchimie mêlant le
multiculturel à l'opérationnel". "Frustration" car "non
seulement l'ambition dépasse ici la faisabilité induite par la réalité
géopolitique prévalant sur la rive Sud de la Méditerranée ; mais elle sur
surenchérit de surcroît sur la réalité factuelle de l'UE en tant qu'instance
collective".
Jean-Sylvestre Mongrenier, pour Fenêtre sur l'Europe, revient
sur les évolutions historiques qui ont conduit à faire de "l'unité
culturelle et économique" de la Mare nostrum romaine, une "Méditerranée
euro-musulmane", à savoir un ensemble "entouré d'une trentaine d'Etats"
marqués par de "multiples rivalités territoriales" qui "en font
la principale zone de tensions géopolitique au monde". Quant au discours
de Tanger, il dénonce le recours "à une fausse symétrie entre la
communauté de civilisation que forment les peuples et les nations d'Europe
d'une part, et l'aire géopolitique méditerranéenne de l'autre, ce vaste espace de
confrontation entre continents et civilisations". Il conclut : "n'en
déplaise au storytellers de l'Elysée, la Méditerranée ne se prête guère aux habituelles
topiques sur la Mare nostrum et le dialogue des civilisations".
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