Devine qui vient dîner ? Ce drôle de couple franco-allemand

François Hollande et Angela Merkel au parlement européen en octobre 2015

Cet insaisissable couple franco-allemand. L’idée est aussi ancienne que l’Union européenne et il s’agirait d’une sorte de baromètre pour la santé de l’édifice. De Gaulle-Adenauer, Giscard-Schmidt, Mitterrand-Kohl : les présidents français et chanceliers allemands n’étaient pas nécessairement de la même famille politique mais, de fait, ont marqué de leur empreinte l’histoire récente de l’Europe, la progression de l’intégration et, bien évidemment, l’enracinement de la paix.

Or depuis quelques temps, manifestement, l’alliance franco-allemande est plus délicate. Il faut dire que rien ne prédestinait François Hollande et Angela Merkel à s’entendre. Proche de Nicolas Sarkozy, en dépit de divergences de style notables, la chancelière avait savonné la planche à son futur successeur lors de la campagne de 2012 en s’engageant ouvertement pour le candidat de l’UMP. Tandis que, dans le même temps, François Hollande promettait de rediscuter le Pacte budgétaire européen en cas d’élection.

Presque quatre ans plus tard, certes, le choc des mondes a accouché d’une souris. De contestation de l’austérité et des règles budgétaires, il n’en fut point de la part du président. Se forgeait même, « à la faveur » de la crise ukrainienne, de la crise grecque ou encore du terrorisme, de solides relations de travail, en bonne intelligence.

Dîner à Strasbourg

Et alors que l’Union européenne se trouve actuellement de nouveau secouée par de multiples crises concomitantes, au point de voir son avenir menacé, c’est tout naturellement que les deux exécutifs se sont de nouveau tournés l’un vers l’autre. Une énième séquence franco-allemande savamment orchestrée et qui a démarré dimanche 7 février dans une brasserie traditionnelle de Strasbourg – tout hasard dans le choix de la ville étant évidemment à exclure.

D’abord en tête à tête pendant une heure et demie, puis en compagnie de Martin Schulz, personnalité en tout point parfaite pour assurer l’équilibre (le président du Parlement européen est Allemand mais social-démocrate, parfaitement francophone et au moins aussi doué que François Hollande pour réaliser des synthèses difficiles entre des intérêts éloignés), le président et la chancelière ont pu préparer le sommet européen qui démarre aujourd’hui.

A grand renfort de caméras donc, et sans déclaration officielle, ils seraient, à en croire leurs équipes respectives, « tombés pleinement d’accord sur les moyens de résorber les flux de réfugiés et pour faire de la mise en œuvre du plan d’action européen une priorité« . Par ailleurs, M. Hollande et Mme Merkel partageraient également « une appréciation commune sur le projet d’accord avec le Royaume-Uni« .

Tribune bilingue et nominations symboliques

En parallèle de ce diner informel très politique, le président de la Banque centrale allemande et le gouverneur de la Banque de France, MM. Weidmann et Villeroy de Galhau, enfonçaient le clou en publiant fort opportunément dans la Süddeutsche Zeitung et dans Le Monde une tribune commune jetant les bases d’un renforcement de l’intégration européenne « pour restaurer la confiance« .

« S’agissant des politiques budgétaire et économique, la gouvernance de la zone euro doit être renforcée« , indiquent ainsi les deux hommes. « L’asymétrie actuelle entre souveraineté nationale et solidarité commune constitue une menace pour la stabilité de notre union monétaire« , poursuivent-ils encore. Et ajoutant qu’une « plus grande intégration semble être la solution la plus simple pour restaurer la confiance dans la zone euro, car elle favoriserait des stratégies commune en matière de finances publiques et de réformes« .

Au-delà du verbiage institutionnel, pour Jens Weidmann et François Villeroy de Galhau, ce sont bien « un Trésor commun à la zone euro« , ou encore « un conseil budgétaire indépendant » qui sont prônés. De quoi donc réactiver le serpent de mer de l’approfondissement de l’intégration économique en Europe, normalement présent sur l’agenda de Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne.

En d’autres termes, le 7 février, Paris et Berlin ont indiqué avec clarté que face aux risques de détricotage de l’Europe, ils feraient en sorte au contraire de relancer l’intégration. Et ce n’est pas la nomination de Jean-Marc Ayrault au Quai d’Orsay en remplacement de Laurent Fabius, ou encore celle de Nikolaus Meyer-Landrut au poste d’ambassadeur d’Allemagne à Paris, qui viendront démentir cette dynamique. Tous deux bilingues, M. Ayrault est ancien Premier ministre et parfaitement germanophone, tandis que M. Meyer-Landrut est un membre de la garde rapprochée de la chancelière.

Manuel Valls renverse la table

Non, en réalité, le seul couac de cette opération de communication bien huilée est arrivé de… Matignon. Et de quelle manière ! En déplacement à Munich le 15 février, Manuel Valls n’a en effet pas mâché ses mots à l’encontre de la politique d’immigration d’Angela Merkel. Désireux de « faire passer un message d’efficacité et de fermeté« , le Premier ministre français a sans ambages rejeté la possibilité d’accueillir de nouveaux réfugiés. Quelques jours auparavant, devant la presse française, il critiquait même vertement le bilan de la chancelière : « Il y a quelques mois, les médias français demandaient ‘où est la Merkel française ?’ ou voulaient donner le prix Nobel à la chancelière. Aujourd’hui, je constate les résultats… », déclarait-il.

Avec ce demi-outrage – critiquer un dirigeant étranger dans son propre pays est rarement apprécié – Manuel Valls a donc peut-être bien refermé aussi vite qu’elle s’était ouverte la relance franco-allemande de l’Europe. Pas nécessairement la meilleure des stratégies lorsqu’il s’agit de faire front commun face à la crise des réfugiés ou aux demandes de concessions de David Cameron. D’autant qu’en tendant la main à une Angela Merkel actuellement très isolée sur le plan politique, la France aurait certainement fait preuve de pragmatisme dans l’optique d’un futur renvoi d’ascenseur, pourquoi pas… en matière budgétaire ou dans le cadre de l’intervention en Syrie.

Après tout, en 1990, la réunification allemande n’avait-elle pas été aussi soutenue par la France en échange de l’abandon par l’Allemagne du sacro-saint deutsche mark et de la création de l’euro ? Une diplomatie à plus longue vue qui devra attendre 2017 ?

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