World, watch out: we’re going to do this!

Christiana Figueres

Dans six mois débute la COP 21. Organisé par la France, cet immense raout, qui regroupe près de 200 Etats et plusieurs milliers de personnes, a pour mission de trouver un accord global et contraignant afin de lutter contre le changement climatique. Une tâche plus qu’ardue qui a toujours échoué par le passé.

En amont de la conférence : une multitude de réunions et de colloques qui s’enchainent à un rythme effréné et où la déclaration d’intérêts et la méthode Coué sont souvent les maitres mots. La semaine dernière, Toute l’Europe s’est rendue à l’UNESCO pour le colloque géant Business & Climate et à Sciences Po pour une conférence sur l’apport des économistes pour faire face au changement climatique. Deux salles, deux ambiances.

A l’UNESCO, les entreprises s’engagent pour le climat avec le sourire

Les 20 et 21 mai, on peut dire que l’UNESCO, avec son « Business & Climate Summit », a vu les choses en grand. Deux jours de conférences, cinq sessions plénières, six tables-rondes thématiques et plusieurs dizaines d’intervenants. Parmi eux, une majorité de chefs d’entreprises et une poignée d’acteurs politiques ou institutionnels pour faire le balancier.

De toute façon, le but du jeu n’était pas de créer de la polémique ni même un débat contradictoire. Il s’agissait plutôt de confirmer la tendance selon laquelle les entreprises et industries ont changé de braquet concernant le climat et qu’elles ne seront pas un frein à l’établissement d’accords ambitieux. C’est le représentant de la compagnie pétrolière norvégienne Statoil qui le dit, avec conviction.

Tout juste certains dirigeants sont peut-être allés trop loin dans leur profession de foi. Par exemple, pour Georges Plassat, PDG de Carrefour, le « greenwashing », cette technique de marketing consistant à se donner une image écologique sans nécessairement adopter des pratiques réellement vertes, n’existe pas. L’assistance, elle-même composée de représentants d’entreprises (le colloque était effectivement d’une bonne opportunité de réseautage), n’a pas forcément été convaincue.

Pour obtenir un discours un peu plus réaliste, mais non moins optimiste, il fallait plutôt écouter Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE à la voix de stentor, ou encore Christiana Figueres (notre photo), secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques – un poste tout à fait central pour la COP 21. Cette dernière a tout de même conclu son intervention par un tonitruant : « World, watch out: we’re going to do this! » (« Monde, prépare-toi, nous allons y arriver »). Tonnerre d’applaudissements.

Ovation également pour François Hollande, invité d’honneur du sommet. Jamais bon signe, sa présence était à confirmer. Mais le président de la République fut bien présent pour dérouler le discours, désormais parfaitement huilé et somme toute convaincant, d’un gouvernement qui a pris le sujet de la COP 21 à bras-le-corps. A peine Rik Gowing, le journaliste de la BBC qui faisait office de modérateur, a-t-il dû meubler quelques minutes, le temps que le chef de l’Etat traverse la Seine pour gagner le 7e arrondissement.

Au cours de son intervention, François Hollande a rappelé que seulement 37 Etats ont, pour l’heure, fourni leurs « contributions » sur leurs engagements à court et moyen terme en vue des négociations. Un chiffre évidemment décevant. Tout comme il a insisté sur l’importance de doter le Fonds vert d’une véritable puissance de feu, sans quoi obtenir un accord digne de ce nom en décembre sera impossible. Quant aux entreprises, elles doivent participer à l’Agenda des solutions, au même titre que l’ensemble de la société civile et des ONG ; pouvoir anticiper leurs investissements grâce aux engagements de long terme des gouvernements ; et apporter savoir-faire et technologies.

A Sciences Po, les économistes s’inquiètent de l’ampleur de la tâche

Le 21 mai toujours, à Sciences Po, il y avait moins de monde. Entre autres car les étudiants sont en examens, en vacances ou en stage. Et tant mieux car l’amphi Chapsal est nettement plus petit que l’auditorium de l’UNESCO. Au programme, deux heures de cours magistraux sur l’apport de la science économique pour faire face au changement climatique.

La première impression est donc académique et un brin austère, mais c’est Alain Juppé qui est chargé de cadrer les débats. Dans ce genre d’exercice, inutile de dire que le maire de Bordeaux surnage. Au discours limpide et à l’autorité naturelle s’ajoute désormais une pointe d’autodérision bienvenue. « J’ai été le moins durable des ministres du développement durable », s’est-il plu à rappeler en préambule : la plaie de sa déroute aux législatives de 2007, qui lui avait coûté son poste, est apparemment refermée.

A suivi un bref historique des négociations sur le climat et les raisons de l’échec de la conférence de Copenhague de 2009 : « la crise économique avait ralenti l’esprit écologique qui avait prévalu depuis le début des années 2000 ». Dès lors, pour défendre réellement l’environnement, il faut « une autre croissance », nous explique le candidat à la primaire UMP pour l’élection présidentielle de 2017. « Pas la décroissance », mais une croissance « sobre, circulaire, collaborative et numérique ».

Après Alain Juppé à la tribune : Agnar Sandmo, de l’Ecole norvégienne d’économie, qui a judicieusement rappelé que l’idée d’une fiscalité verte date des années… 1920 et de l’économiste Arthur Cecil Pigou, ou encore que le climat est « un bien public mondial » dont la gestion ne peut être assurée faute d’avoir un gouvernement mondial.

Or c’est précisément cette absence de coopération mondiale, au profit de cavaliers solitaires ou de passagers clandestins, qui empêche, pour le moment, tout accord sur le climat. Martin Wolf, commentateur économique au Financial Times également présent le 21 mai à Sciences Po, ne dit pas autre chose. Et ce dernier précise qu’une entente au moins entre les plus gros émetteurs est indispensable, car « si l’Inde et le Brésil rejoignent la Chine en termes d’émissions : ‘game over' ». A cet égard, l’Union européenne ne saurait être le seul leader dans les négociations sur le climat : on ne peut faire l’économie d’un accord avec les Etats-Unis et la Chine.

Pour Martin Wolf, « l’enjeu du climat est bien plus gros que ceux auxquels nous sommes habitués à faire face. Et l’importance du succès est sans commune mesure ». Une conclusion guère différente de celle d’Agnar Sandmo, pour qui « l’économie publique liée au climat requiert une plus grande longueur de vue encore que n’importe quel autre domaine ».

L’optimisme raisonnable de Laurence Tubiana

A la méthode Coué de l’UNESCO semble donc s’opposer le relatif pessimisme de Sciences Po. Heureusement, Laurence Tubiana est arrivée à temps pour offrir une synthèse raisonnable et équilibrée. La conférence de Paris ne changera pas le monde, mais servira à « changer les anticipations rationnelles » : si tout le monde pense qu’un succès est possible, alors nous pouvons assister à une prophétie auto-réalisatrice.

Les Etats les plus pauvres et ceux arrivés à un niveau de développement intermédiaire sont moteurs. Les premiers sont les plus touchés, et les seconds y voient une opportunité de croissance. Quant aux Etats-Unis et à la Chine, ils désirent un accord minimal peu contraignant, ou à l’inverse ambitieux et extrêmement concerté. « Le rôle de Paris sera de créer ce mouvement », dans un ensemble hétérogène.

Il reste six mois de préparation pour y parvenir.

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