2015 : année de tous les dangers pour « la casta » espagnole

La France et le Royaume-Uni ne sont pas les seuls à avoir une année électorale chargée. En Espagne, entre les élections en Andalousie, les élections municipales et, bien sûr, les élections générales prévues pour décembre, les nerfs des responsables politiques vont être mis à rude épreuve. D’autant que les deux principaux partis sont ébranlés par des scandales de corruption, que Podemos brûle tous les feux rouges et que la monarchie elle-même est susceptible de vaciller.

Pour le Parti populaire (PP – centre-droit) au pouvoir, la pression monte sérieusement. A la tête de l’Espagne depuis 2011, la formation de Mariano Rajoy subit de plein fouet les conséquences de la rude politique d’austérité menée en concertation avec la troïka. Mais plus que le marasme social persistant, les conservateurs espagnols se trouvent pris dans un immense scandale de malversation financière dont les rebondissements semblent sans fin.

De fait, le tenace juge Pablo Ruz est à leurs trousses depuis 2013. Et plus l’enquête avance, plus le magistrat affirme avec vigueur que le PP a pu profiter de « différentes sources de financement en marge de la comptabilité officielle déclarée par le parti et présentée à la Cour des comptes ». Dit encore plus brutalement : le parti au pouvoir se serait servi « de diverses sources de financement ne provenant pas du système économique légal entre 1990 et au moins 2008 ». En d’autres termes, dix-huit années de fraude.

Or Mariano Rajoy, actuel Premier ministre, est à la tête du PP depuis 2004. Les faits le concernent donc directement, même s’il n’a pas encore été directement inquiété par la justice. Légère source de soulagement pour l’intéressé, les faits ne peuvent être considérés comme un délit car le financement illicite des partis politiques n’était à l’époque pas inscrit dans la loi espagnole. Il n’en demeure pas moins que son parti est fortement éclaboussé, que deux anciens trésoriers du PP devraient être inquiétés par la justice, et que les investigations du même juge Ruz ont déjà conduit à l’arrestation de 40 personnes – dont des personnalités du PP – dans une affaire de corruption, plus tôt en mars. En novembre, Ana Mato, la ministre espagnole de la Santé mise en cause, avait dû démissionner du gouvernement.

L’opprobre jeté sur le Parti populaire est naturellement susceptible de coûter cher sur le plan électoral. Les conservateurs sont en effet durement combattus par Podemos – la formation de gauche radicale qui a le vent en poupe en Espagne et qui rêve d’un destin à la Syriza. Podemos présente le PP comme « la casta », l’élite figée dans sa tour d’ivoire, en opposition au peuple qui souffre de ses errements et de la crise qui n’en finit pas.

De fait, la progression fulgurante de la gauche radicale depuis la création du parti en 2013 laisse penser que sa victoire est possible en décembre prochain. Ses bons scores aux élections européennes de 2014 et à l’élection régionale en Andalousie confortent la stratégie de Pablo Iglesias, principal dirigeant de Podemos. Et à l’image d’Alexis Tsipras en Grèce voire de Jean-Luc Mélenchon en France, le jeune leader d’inspiration bolivarienne renvoie dos à dos le PP et le PSOE, le parti socialiste espagnol, également affaibli par sa responsabilité dans la gestion de la crise de 2008 à 2011 et surtout par d’autres affaires de corruption.

En Andalousie, fin mars, le PSOE a toutefois su faire preuve de résilience face à la poussée de Podemos. C’était absolument nécessaire dans la mesure où l’immense région du sud du pays est son principal bastion incontesté depuis la fin du franquisme. Mais à l’échelle nationale, la donne devrait être différente tant la lassitude des Espagnols vis-à-vis des partis de gouvernement est grande. Pour concrétiser cette possibilité historique, Pablo Iglesias aura néanmoins à préciser son programme politique car la critique incessante de ses concurrents ne sera certainement pas suffisante pour convaincre les nombreux indécis.

Au milieu de cette mêlée à l’issue incertaine se trouve enfin la monarchie, qui n’échappe pas à cette vague d’instabilité en Espagne. Le roi Juan Carlos a probablement été bien avisé d’abdiquer en juin 2014. Son image, jusqu’ici intouchable, commençait à être sérieusement écornée par ses dérives financières et celles du mari de sa fille Cristina. Son fils Felipe a donc pris sa succession et effectue des débuts prometteurs alors que son règne s’annonce semé d’embûches. Outre redorer le blason de la monarchie, ce dernier aura fort à faire pour assurer l’unité de l’Espagne, notamment vis-à-vis des poussées indépendantistes catalanes et des velléités républicaines de Podemos.

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