Frans Timmermans, méchant du prochain James Bond ?

Frans Timmermans parle six langues couramment, a étudié à l’étranger, a travaillé en Russie, a fait toute sa carrière dans les Affaires étrangères, ne perd jamais son sang-froid et a toujours raison. Surnommé Dr. No par The Economist, l’actuel premier vice-président de la Commission européenne, bras droit officiel de Jean-Claude Juncker, aurait en effet le profil pour faire face au plus célèbre des agents de Sa Majesté.

En société, Frans Timmermans fait très bonne impression. Affable et polyglotte, il s’exprime, entre autres, dans un français parfait. Il a étudié la littérature française pendant 5 ans et est passé par l’université de Nancy, mais son absence quasi-totale d’accent reste assez stupéfiante.

Nommé en novembre dernier à la Commission européenne, Jean-Claude Juncker lui a réservé une position tout à fait centrale. Il sera son premier vice-président, son bras droit – pour ne pas dire son bras armé. Son portefeuille exact : l’Amélioration de la législation, les Relations interinstitutionnelles, l’Etat de droit et la Charte des droits fondamentaux. Et au cas où ça ne suffisait pas, lui a été ajoutée la supervision de la politique relative au climat. Une manière de garder un œil sur le commissaire théoriquement responsable de ce secteur, l’Espagnol Miguel Arias Cañete, dont les conflits d’intérêt dans l’industrie pétrolière n’avaient pas rassuré grand-monde au Parlement européen.

Ainsi, entre ses qualités personnelles, son entregent aiguisé par une carrière dans la diplomatie et sa fonction dont on ne peut saisir les contours, Frans Timmermans peut naviguer à sa guise dans les arcanes bruxellois qu’il connait probablement aussi bien que son patron, M. Juncker. D’autant qu’en substance, sa principale mission au cours des cinq années à venir sera… de dire « non ». Non à la prolifération législative de la Commission européenne, un défaut qui a éloigné l’exécutif européen des réalités et surtout des citoyens, soit l’héritage de dix années de José Manuel Barroso.

Et le résultat ne s’est pas fait attendre. Sur les plus de 400 textes qui lui ont été présentés par le collège des commissaires, il n’en a retenus que 23 pour l’année 2015. En un claquement de doigt, il est devenu quasiment aussi difficile pour un commissaire de légiférer que pour un candidat d’intégrer l’ENA – ou la fonction publique européenne d’ailleurs.

Entre parenthèses, inutile de dire que les Britanniques ont adoré. Le Dr. No de la Commission est un homme selon leur cœur. Terminée la réglementation de l’utilisation de l’huile d’olive dans les restaurants – c’est une histoire vraie – et autres nonsense. Dans l’optique d’une possible renégociation de la place du Royaume-Uni dans l’UE et d’un référendum sur une sortie du pays de l’Union, les sujets britanniques ont trouvé à qui parler. Qu’il ait farouchement critiqué ces deux perspectives, en bon Néerlandais europhile qu’il est, n’est même pas si important.

Et, au fond, force est de constater que le style de Frans Timmermans est intéressant. Une dose de pragmatisme et une volonté de recentrer l’Europe sur son « cœur de métier » : ça ne peut pas faire de mal. Interrogé le 16 février à l’Hôtel de Ville de Paris sur les thèmes de la citoyenneté, la cohésion et l’intégration, dans le contexte des attentats de Paris et de Copenhague, le Second de la Commission s’est montré convaincant. Conscient des risques qui menacent spécifiquement la liberté d’expression et la communauté juive, sa réponse n’est ni simple ni immédiate. Pour Frans Timmermans, les Etats n’ont pas accompli un effort assez important pour assurer l’intégration de toutes les communautés. « Aucune des parties n’a fait l’effort de participer à la même société », a-t-il déclaré. L’action doit être à la fois européenne et nationale, et les institutions européennes ne pourront pas tout, surtout pas en matière de sécurité et de liberté – deux éléments qui « vont nécessairement de pair ».

De par sa fonction transversale, Frans Timmermans sera en première ligne pour mettre en place une réponse européenne efficace contre le terrorisme. La création d’un fichier dit « PNR » recensant les données des passagers aériens a notamment été réactivée, mais de nombreux eurodéputés semblent toujours réticents à autoriser ce qu’ils considèrent comme une atteinte majeure aux libertés. Dans son opération séduction, le Dr. No n’arrive pas forcément gagnant, car le Parlement risque de ruminer longtemps – à juste titre ? – le fait qu’il ait rayé de la carte les paquets législatifs sur la qualité de l’air et l’économie circulaire, dont l’utilité ne portait pas vraiment à discussion. Frans Timmermans devra se garder d’occuper sa fonction de « père fouettard » avec trop de diligence.

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