Ida, symbole d’une Pologne qui gagne

Après avoir fait le tour du monde des festivals, raflant de nombreuses récompenses au passage, Ida, film polonais de Pawel Pawlikowski, a remporté, la même semaine, le Prix du cinéma européen et le Prix Lux du Parlement européen. Un triomphe à l’européenne pour un « petit » film en noir et blanc et aux plans fixes. Et aussi un nouveau signe de l’actuel rayonnement de la Pologne.

« C’est une grande année pour la Pologne ». Pawel Pawlikowski, tout à sa joie, la joue quand même collectif. Il associe son pays au monticule de récompenses qu’il reçoit. Après avoir fait la tournée des festivals à travers le monde pendant un an, triomphant notamment à Londres, New York et Toronto, le réalisateur polonais vient de rafler la mise cette semaine. Aux encore assez méconnus Prix du cinéma européen, il est reparti avec le Prix du public (la récompense la plus importante) et celui du meilleur réalisateur. « C’est surréaliste, vraiment, les gens nous ont choisi ? Nous avons fait un film en noir et blanc, avec une caméra immobile ! ». Quelques jours plus tard, c’était au tour des députés européens de choisir Idaet de lui décerner en séance plénière le Prix Lux du Parlement européen.

Au fond, le succès critique et d’estime était prévisible. Pawel Pawlikowski en convient lui-même, mettant en avant la liberté artistique dont il a pu profiter pendant le tournage. Satisfait de son travail, le metteur en scène croyait en le destin de son film dans le milieu fermé des cinéphiles et des professionnels du secteur. En revanche, son succès auprès du public l’a bel et bien pris de court. « Qu’il ait pu sortir partout dans le monde et qu’il soit vu par des millions de spectateurs est complètement surréaliste », a-t-il confié après la réception du Prix Lux.

Il n’a pas tout à fait tort. Ida n’avait pas vraiment le profil du blockbuster. Le film dépeint la Pologne des années 60. Le rôle-titre est une jeune religieuse catholique sur le point d’entrer définitivement dans les ordres. Sa mère supérieure l’incite alors à prendre quelques jours pour sortir du couvent et aller voir une tante jusqu’à lors inconnue. Avec elle, Ida va sillonner le pays et essayer de retracer l’histoire tragique de sa famille… juive. Sur sa route, elle fera d’autres rencontres : notamment le jazz et les garçons. Entre l’histoire, racontée sur un rythme lent, l’image en noir et blanc et le cadre carré inhabituel et déroutant, Idaavait de quoi passer inaperçu. Toutes proportions gardées, son chemin ressemblera finalement davantage à celui de The Artist. Un film difficile à vendre et qui a rencontré un public aussi enthousiaste qu’inattendu.

Quoiqu’il en soit, l’histoire est belle pour la Pologne. Globalement, le pays est en plein boum. Outre le succès d’Ida – qui pourrait d’ailleurs se prolonger aux Oscars en février prochain – la patrie de Roman Polanski et d’Andrzej Wajda (qui vient de sortir un film biographique sur Lech Walesa) a brillé en 2014. En première ligne sur le dossier ukrainien, la Pologne s’est imposée comme la principale puissance régionale en Europe orientale et joue un rôle moteur au sein du groupe dit de Visegrad, regroupant également la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie.

A cela s’ajoute évidemment la nomination de Donald Tusk, alors Premier ministre, à la présidence du Conseil européen en remplacement du Belge Herman Van Rompuy. Un événement qui n’a rien d’anecdotique pour un pays dont le poids politique au sein de l’Union européenne ne cesse de croître. Pour lui succéder à la tête du gouvernement, Ewa Kopacz a été choisie. Femme du peuple, réputée pour son travail et sa détermination, elle est la deuxième femme à occuper cette fonction, 19 ans après Hanna Suchocka et est appelée à compter parmi les personnalités de premier plan en Europe.

« Grâce aux histoires du cinéma européen, nous avons une meilleure compréhension les uns des autres. Ces histoires renforcent le sentiment d’appartenance au même groupe et font tomber les barrières nationales », a déclaré le président du Parlement européen Martin Schulz en remettant le Prix Lux à Pawel Pawlikowski. Actuellement, l’histoire européenne, la Pologne contribue grandement à l’écrire.

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