Le Portugal entre corruption et immigration immorale

Le 13 novembre, 11 personnalités haut placées dans l’administration portugaise étaient arrêtées pour corruption, dont le chef de la police des frontières. Le 16 novembre, le ministre portugais de l’Intérieur, également impliqué dans le scandale, démissionnait. En cause : le programme controversé dit de « visas dorés », permettant à des ressortissants non européens d’obtenir un permis de résidence et un droit de circulation dans l’espace Schengen en échange d’investissements au Portugal. Le système, présenté comme vertueux, montrerait donc ses failles.

Afin de contrebalancer l’un des innombrables effets néfastes de la crise économique et financière, le Portugal, à l’instar d’autres pays européens comme la Grèce, Chypre ou la Lettonie, a mis en place un système de « visas dorées », « vistos dourados » en portugais. Le principe est simple. En échange d’un investissement financier d’au moins 1 million d’euros, de l’achat d’un bien immobilier d’une valeur minimale de 500 000 euros, ou de la création de 10 emplois ou plus, un ressortissant non européen peut se voir octroyer un visa. Ce dernier lui offre la possibilité de s’installer sur le territoire portugais et, chose importante, de circuler librement au sein de l’espace Schengen.

Lancé en 2012 par l’actuel gouvernement, de centre-droit, ce système a été ardemment défendu. Présenté comme un formidable moyen pour attirer les investisseurs étrangers qui avaient fui le pays, le programme n’avait que des avantages économiques évidents. Peu importe que l’extrême-droite portugaise présente la chose comme de la « prostitution » ou que l’ONG Transparency International s’inquiète de l’arrivée de ses fonds pas toujours propres. Tout est parfaitement légal et la Commission européenne soutient l’entreprise.

Le problème est que, deux ans et quelque 1 775 visas dorés plus tard, éclate un immense scandale de corruption impliquant plusieurs hauts responsables portugais, y compris Miguel Macedo, le ministre de l’Intérieur. Ce dernier, pas (encore) directement inquiété par la justice, a démissionné, tandis que le chef de la police des frontières portugaise fait partie des 11 personnes arrêtées. L’opération anticorruption, baptisée « Labyrinthe » révèle en effet que ces personnes auraient reçus des pots-de-vin pour faciliter ou accélérer les procédures, ou encore pour surestimer la valeur de certains biens immobiliers. Plus précisément, une enquête est lancée pour « corruption, trafic d’influence, détournement de fonds et blanchiment de capitaux ».

Une bien mauvaise presse qui a obligé les autorités portugaises à reconnaître les limites du système. Si plus d’1 milliard d’euros ont bien été investis en deux ans au Portugal, le gain immobilier pourrait bien se révéler décevant et, surtout, seuls 3 (!) visas ont permis des créations d’emplois. Pour l’eurodéputée socialiste Ana Gomes, la coupe est pleine. « Le bénéfice pour le pays ? Nul ! », s’est-elle esclaffée. « On refoule les pauvres immigrés qui se noient à nos frontières et on accueille avec bienveillance les riches », s’insurge-t-elle.

Outre l’aspect éminemment immoral d’un tel système, la députée européenne pointe du doigt l’autre enjeu majeur de cette affaire de corruption : le flou entretenu par les autorités portugaises concernant le choix des personnalités à qui sont offerts les visas. En mars et juin 2014, les prémisses de cette face du scandale sortaient dans la presse. Un Chinois – les ressortissants de ce pays ont bénéficié de 80 % des visas dorés portugais – se voyait accordé un visa alors même qu’il était recherché par Interpol. Quand un autre n’était pas renvoyé en Chine alors que son pays l’avait condamné pour fraude et abus de confiance.

Une situation dommageable, car les autorités portugaises laissent penser que la citoyenneté, nationale et continentale donc, est disponible à qui a les moyens pour l’acheter. D’autant qu’à l’heure où le sujet de l’immigration est sur toutes les bouches pour critiquer les défaillances de l’UE, et que le principe même de la libre circulation est remis en question, les Etats membres ne peuvent se permettre de ne pas être irréprochables.

Mots Clés : - - - - -

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *