Le concours de selfies de la BCE tourne au fiasco

La mode du selfie est un peu comme celle du lipdub ou l’Ice Bucket Challenge. Un virus inarrêtable sur le Net et un moyen de communication potentiellement efficace. Difficile de ne pas céder à la tentation. Problème, on n’est jamais sûr d’en faire bon usage, son succès étant à géométrie variable, et on risque toujours d’arriver après la bataille. Le 27 octobre, la très sérieuse Banque centrale européenne a ainsi lancé un concours de selfies pour faire la publicité du nouveau billet de 10 euros. Entreprise risquée qui se rapproche dangereusement du fiasco.

« Tu as déjà vu le nouveau billet de 10 euros ? Partage ton selfie #nynew10 ! Inscris-toi sur notre site ». 103 caractères lancés le 27 octobre sur le compte Twitter de la Banque centrale européenne (BCE), et agrémentés d’une photo sur laquelle apparait un nouveau billet de 10 euros ainsi qu’une femme au sourire jusqu’aux oreilles. Un peu plus de 400 retweets, un bon score.

Le nombre de participants est, en revanche, plutôt décevant. Seules 1 600 personnes, à en croire le Huffington Post, se sont en effet prêtées au jeu qui permettra à 5 auto-photographes de gagner un iPad mini. Plutôt maigre pour l’institution basée à Francfort, forte de pourtant 167 000 followers.

Plus inquiétante que cette relativement faible audience est la teneur de nombreux messages et selfies critiques. Manifestement, les internautes n’ont pas trouvé l’initiative de Mario Draghi, patron de BCE, ni véritablement audacieuse, ni drôle, ni judicieuse. Certains l’ont dit poliment. D’autres, avec plus de véhémence, ont rappelé à la BCE que tel n’était pas son rôle et que l’UE traversait de suffisamment graves soubresauts économiques pour se concentrer exclusivement sur cette tâche. Enfin, certain ont saisi cette opportunité en or pour dire, photo à l’appui donc, tout le mal qu’ils pensent de la monnaie unique et de la gestion européenne de la crise.

Un internaute s’est ainsi pris pour Serge Gainsbourg sur le plateau de 7 sur 7 et s’est photographié brûlant le nouveau billet de 10 euros. Un autre a fait mine d’utiliser le billet pour sniffer non pas de la cocaïne mais le nom de Mario Draghi écrit sur un morceau de papier. Et, de manière plus prévisible, de nombreux abonnés à Twitter ont utilisé le billet de 10 euros pour écrire dessus différents messages hostiles à la BCE, comme le souhait de revenir aux monnaies nationales ou pour dénoncer la misère qui règne dans certaines parties de la zone euro.

Bref, la campagne de communication de la Banque centrale européenne est un échec. Dans le domaine de l’économie, les citoyens européens ne sont pas disposés à rire. Et d’un point de vue général, cela prouve que sur Internet, pas de pitié pour les maladresses.

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