La Hongrie célèbre d’une triste manière la Journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes

Décidément, la Hongrie de Viktor Orban devient un endroit tristement singulier en Europe. En pleine dérive droitière et liberticide, le régime a cette fois soutenu une campagne de prévention contre le viol. Entreprise louable ? Plutôt l’occasion de stigmatiser et de rendre les victimes responsables des crimes qu’elles subissent. Hasard du calendrier, ou pas d’ailleurs, le clip vidéo tombe en même temps que la Journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Trois jeunes femmes s’habillent, s’apprêtent. Elles se maquillent, choisissent leurs tenues et sortent. Leur soirée en boite de nuit est comme toutes les autres, faite de danse, d’alcool, de selfies, de clins d’œil aux hommes. Seulement à la fin de la nuit, c’est le drame. Un homme cagoulé et patibulaire s’attaque à une de ces jeunes femmes et l’agresse sexuellement. Moralité de l’histoire : « tu y es pour quelque chose, tu peux faire quelque chose pour éviter cela ».

Car oui, pour la police de cette région du sud de la Hongrie, soutenue par le ministère hongrois de l’Intérieur, les femmes violées sont au moins en partie responsables de ce qui leur est arrivé. Elles s’habillent trop courtement et trop sexy. Ecervelées, elles gloussent et se trémoussent. Incontrôlables, elles dansent et flirtent avec des garçons. Logique, qu’en sortant de discothèque un type craque. Au passage, peu importe que le type en question n’ait pas été lui-même « aguiché » par la jeune femme et que dans la plupart des cas, les viols ne sont pas commis pas des inconnus…

Evidemment, une telle campagne de « prévention » n’a pas manqué de faire réagir, en Hongrie et ailleurs. Les associations féministes montent au créneau pour dénoncer une nouvelle expression du machisme qui règne dans ce pays où l’écrasante majorité des femmes victimes de viol ou d’agression sexuelle préfèrent se taire. Souvent mal reçues par les forces de police, elles savent qu’elles ont peu de chance d’obtenir gain de cause, voire de se retrouver dans la position du coupable.

En Hongrie, « 99 % des femmes violées ne portent pas plainte », assure Györgyi Tóth de l’agence nationale de l’association internationale contre les violences faites aux femmes. « En Hongrie, l’un des pays les plus sexistes d’Europe, beaucoup de gens pensent encore que si une femme se fait violer, c’est de sa faute. Ce clip est le reflet de ces préjugés », explique-t-elle pour Libération. « Le viol est l’un des crimes en Hongrie pour lesquels la victime est le plus souvent accusée de fausse déclaration ». Une pétition a été lancée pour que la vidéo soit retirée, et surtout qu’elle ne soit pas diffusée dans les lycées, sa vocation première.

Si la Hongrie apparait malheureusement comme un cas particulier en Europe, le niveau de défense des droits des femmes demeure à géométrie variable au sein des autres Etats membres. En France, la Journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes a été l’occasion de commémorer les 40 années de la loi Veil autorisant l’interruption volontaire de grossesse. Pour l’occasion, une loi symbolique de rappel a été votée. 7 députés se sont néanmoins prononcés contre, ne manquant pas d’utiliser cette opportunité pour délivrer le désormais bien connu message de la Manif’ pour tous et de faire l’amalgame entre IVG et gestation pour autrui.

Jusqu’à présent toutefois, en France, aucune force politique n’a jamais sérieusement osé proposer de revenir sur la loi Veil. Au cours des dernières années, avec parcimonie certes, les dispositions ont même été approfondies. Un pays comme l’Espagne ne peut pas en dire autant : le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy, pas plus tard que l’an dernier, a en effet été très proche de restreindre drastiquement les possibilités d’IVG pour les femmes. Tandis que dans des pays comme l’Irlande, la Pologne ou, à plus forte raison encore, Chypre, l’avortement n’est permis qu’en cas de danger physique pour la femme ou l’enfant, de viol ou encore d’inceste. A Malte, les choses sont encore plus simples : l’IVG est tout bonnement interdit. Il s’agit du dernier Etat membre à ne l’autoriser sous aucune circonstance. L’Union européenne a encore du travail.

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