Nigel et les ferrailleurs

Il va falloir s’y faire. Le groupe parlementaire « Europe de la liberté et de la démocratie directe » (EFD) dirigé par le picaresque Nigel Farage est un véritable phénix. A peine a-t-il dû jeter l’éponge en raison du désistement d’une eurodéputée lettone, qu’il renait de ses cendres à la faveur du recrutement d’un Polonais d’extrême-droite avec qui même Marine Le Pen n’avait pas voulu ferrailler. Une résurrection haute en couleurs pour mieux se consumer à nouveau ?

C’est une petite saga qui est en train de s’écrire dans les couloirs du Parlement européen, alimentée en rebondissements par les eurosceptiques de toutes confessions. En même temps, l’enjeu est de taille : constituer un groupe parlementaire n’est pas de la moindre importance. Une sérieuse manne financière et un temps de parole accru s’offrent à ceux capable de réunir au moins 25 députés, venus de 7 pays différents.

Forte de son succès imposant en mai dernier, Marine Le Pen a martelé qu’elle y parviendrait. Sans succès jusqu’à présent. Elle s’est même fait damer le pion par son concurrent britannique, Nigel Farage, à la tête du parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP). Comble de l’infortune pour le Front national : le groupe eurosceptique de M. Farage s’est constitué grâce à l’exfiltration d’une députée frontiste mécontente : Joëlle Bergeron.

Le 16 octobre, ce fut au tour du dirigeant britannique, alors tout auréolé de son entrée fracassante à Westminster grâce à la « prise » d’un député conservateur, de subir l’affront d’une… défection. La Lettone Iveta Grigule quitte en effet le groupe eurosceptique, le laissant donc orphelin d’une nationalité. D’après Nigel Farage, passablement courroucé, c’est Martin Schulz en personne, président du Parlement européen, qui aurait manœuvré en sous-main pour obtenir ce départ, en échange d’une nomination à la tête de la délégation européenne pour l’Asie mineure.

Moins d’une semaine de conjectures plus tard, après que le Front national a cru pouvoir prendre sa revanche sur le UKIP et intégrer quelques nationalités dans son giron, l’EFD a finalement trouvé une solution. Le député Robert Jaroslaw Iwaszkiewicz, membre du Congrès de la Nouvelle droite polonaise, remplace « poste pour poste » Mme Grigule. Un nouveau tour de force réussi par Nigel Farage, mais qui ne sera probablement pas sans conséquences.

En effet, M. Iwaszkiewicz appartient à un parti jugé infréquentable par l’ensemble de la classe politique, Front national inclus. La faute probablement à son principal dirigeant, Janusz Korwin-Mikke, connu pour ses (très nombreuses) déclarations racistes, négationnistes et sexistes. En guise de florilège, notons que, selon lui, les femmes ne devraient pas avoir le droit de vote, tandis que la différence entre rapport sexuel consentant et viol est « très subtile ».

Sur le plan idéologique, l’arrivée de l’eurodéputé polonais, certes non accompagné de M. Korwin-Mikke, pourrait bien ne pas être au goût de tous. A commencer par les élus et électeurs du UKIP. Car le nouvel entrant polonais est effectivement en faveur de la libre-circulation des travailleurs au sein de l’UE. Une disposition combattue sang et eau par Nigel Farage, poussant même David Cameron à se positionner en ce sens.

Pour le moment, le leader souverainiste est tout à sa joie, laissant même aller son côté littéraire en paraphrasant Mark Twain : « les rumeurs concernant notre mort sont très exagérées », a-t-il fanfaronné. Une formule effectivement plus fine qu’une autre de Janusz Korwin-Mikke selon qui Adolf Hitler n’était « probablement pas au courant que les Juifs étaient en train d’être exterminés ».

La résurrection du phénix EFD pourrait faire long feu.

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