Le Prix Sakharov 2014 utilisé contre Poutine ?

Le 16 octobre, le Parlement européen remettra peut-être le 26e Prix Sakharov au mouvement ukrainien pro-européen Euromaidan. En « compétition » contre le gynécologue congolais Denis Mukwege et la militante azerbaïdjanaise Leyla Yunus, Euromaidan est notamment soutenu par la plupart des eurodéputés conservateurs d’Europe orientale. Une nouvelle manière de s’opposer à Vladimir Poutine qui n’est pas au goût de tous les parlementaires.

Oui, les querelles politiques se retrouvent jusque dans l’attribution du Prix Sakharov, cette récompense européenne créée en 1988 qui rend hommage aux défenseurs de la liberté de pensée.

En effet, tous les groupes politiques présents au Parlement européen ont identifié leur « champion » pour l’année 2014 avec, parfois, des divisions internes. Ce fut particulièrement le cas chez les conservateurs, il est vrai le groupe le plus nombreux. Pour la plupart des membres du Parti populaire européen issus d’Europe occidentale, ce sont les organisations de soutien aux chrétiens d’Orient qui étaient privilégiées. Une préférence en accord avec leur héritage religieux. Or cette frange du PPE n’a pas eu gain de cause, ces organisations ne faisant même pas partie de la shortlist publiée le 7 octobre.

A la différence du mouvement ukrainien et pro-européen Euromaidan, défendu par les conservateurs d’Europe orientale. Ces derniers sont particulièrement sensibles au sort de l’Ukraine, en raison de leur proximité géographique et, bien sûr, de leur histoire heurtée avec la Russie. « J’ai été à Kiev, ces gens se sont battus pour la liberté, pour les valeurs de l’Europe », explique Michal Boni, eurodéputé polonais. Leur remettre le Prix Sakharov 2014 serait « un cadeau pour eux et pour le sentiment européen ».

Leur victoire le 16 octobre, date à laquelle le vainqueur sera décerné (la remise formelle du Prix devant avoir lieu en session plénière le 26 novembre), n’est cependant pas assurée. Et les conservateurs de l’est de l’Europe ne pourront sûrement pas compter sur le soutien de leurs amis de l’Ouest. Pour ces derniers, les signaux ont déjà été envoyés à l’Ukraine. Pour Alain Lamassoure, chef de file des eurodéputés UMP, « c’est fait ». D’autant que maintenant que les tensions tendent à s’apaiser avec la Russie, il serait malvenu d’en remettre une couche face à Vladimir Poutine.

Dans ces conditions, c’est bien le gynécologue congolais, spécialiste du traitement des victimes de viols, Denis Mukwege, qui fait office de favori. Soutenu par le groupe des socialistes et démocrates et par celui des libéraux, M. Mukwege serait un choix moins sensible. D’autant que ses états de services parlent pour lui et que son nom a été plusieurs fois cité pour le prix Nobel de la paix.

Le 16 octobre, le Parlement tâchera donc de faire le bon choix, à plus forte raison car, à la différence du Nobel, la remise du Prix Sakharov n’a jamais été controversée. De Nelson Mandela, alors encore emprisonné, au réalisateur iranien interdit de sortie du territoire Jafar Panahi, en passant par la Birmane Aung San Suu Kyi, qui a mis 13 ans avant de pouvoir recevoir son prix car également incarcérée, le Prix Sakharov a acquis une dimension significative, telle la vitrine des valeurs européennes. La dernière lauréate, Malala Yousafzaï, Pakistanaise de 16 ans engagée pour le droit à l’éducation des filles, a, en 2014, également le prix de Nobel de la paix.

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