Les turpitudes de Nicolas Sarkozy : coup de grâce pour la crédibilité de la France ?

Pour la première fois, un ancien président de la République française a été mis en garde à vue. Le coup est rude pour Nicolas Sarkozy qui, dans la foulée, a également été mis en examen. Déjà mise à mal par le difficile début de quinquennat de François Hollande, la poussée du Front national ou encore les affaires Cahuzac et Bygmalion, la France perd un peu plus de sa superbe sur la scène européenne et internationale.

« La descente aux enfers d’une République ». L’image est féroce : elle vient de Béatrice Delvaux, éditorialiste du quotidien belge Le Soir. Passé le choc de la formule, force est de constater qu’il est difficile de lui donner tort dans la mesure où cette ultime affaire Sarkozy vient s’ajouter à une liste déjà longue de camouflets politico-judiciaires pour les dirigeants français.

Béatrice Delvaux, comme quelques-uns de ses confrères et consœurs à travers l’Europe ne se prive d’ailleurs pas pour rappeler cet inventaire de la honte, qu’elle a l’élégance de ne faire débuter qu’en 2007. Car avant Sarkozy, la France a évidemment connu Mitterrand et ses écoutes (entre autres) ou encore Jacques Chirac, condamné en 2011 à deux ans de prison avec sursis pour l’affaire des emplois de complaisance de la mairie de Paris.

Entre autres joyeusetés donc, la France s’est illustrée ces dernières années avec les affaires Woerth-Bettencourt (toujours en cours), la visite d’Etat de Kadhafi (et le possible financement libyen de la campagne victorieuse de Nicolas Sarkozy en 2007) ou encore, plus récemment, le grand déballage médiatique de l’affaire Bygmalion qui risque de coûter leurs carrières politiques à Jérôme Lavrilleux, fraichement élu eurodéputé et à Jean-François Copé.

Au fond, la mise en garde à vue puis en examen de Nicolas Sarkozy ne serait finalement que l’aboutissement de plusieurs années de dérives. L’ancien président aurait organisé autour de lui un vaste réseau d’informateurs pour se tenir renseigné des avancées des différentes enquêtes judiciaires qui pourraient l’inquiéter. Egalement mis en examen, ses avocats auraient participé à cette activité illégale. Corruption active. Trafic d’influence. Recel de violation du secret professionnel. Effectivement, Nicolas Sarkozy, qui prépare son retour sur le devant de la scène depuis le soir de son échec en mai 2012, pourrait ne pas se relever. Même s’il venait à être blanchi. Pour les quotidiens espagnols El Mundo et El Pais ou encore le Financial Times, l’ancien ministre de l’Intérieur est apparu aux yeux des Français comme un criminel lambda alors qu’il incarnait la République. Rédhibitoire.

Et d’un point de vue global, ce n’est pas seulement la droite et l’UMP qui sombrent dans la crise : c’est bien le pays dans son ensemble. Depuis son arrivée à l’Elysée, François Hollande est fortement critiqué. Incapable de faire baisser le chômage, la mise en place hésitante du mariage pour tous ou encore l’affaire Cahuzac entachent sévèrement la première partie de son quinquennat. Sanctionnés en mars puis en mai lors des élections municipales et européennes, la suite logique du délitement des deux grands partis traditionnels est naturellement la montée de l’extrême droite. En pleine opération de dédiabolisation, Marine Le Pen et ses amis n’ont personne pour leur barrer la route et peuvent faire une entrée au Parlement européen triomphale.

« Entre un parti au pouvoir qui déprime les Français et une opposition qui se perd dans ses scandales, la jeune chef de file de l’extrême droite peut compter sur ses adversaires politiques. On doit désormais la présenter comme une femme politique particulièrement chanceuse », conclut froidement la Süddeutsche Zeitung, quotidien munichois. Les prochains mois s’annoncent cruciaux pour le système politique français.

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