Moi, président… de la Commission européenne

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Le 17 avril, les socialistes, du moins français, sont entrés en campagne pour les Européennes. A Paris, au Cirque d’hiver, ils ont tenu leur premier meeting en forme d’intronisation pour Martin Schulz, le candidat du groupe des socialistes et démocrates au Parlement européen. Un Allemand parlant un français parfait, aussi fin politicien qu’orateur émérite.

Il ne reste qu’un mois. Plus le temps de ressasser l’échec cuisant des municipales, ou de discuter plus avant la composition du nouveau gouvernement. Les socialistes doivent repartir au feu pour éviter de recevoir une nouvelle volée de bois vert. Le grand meeting européen du Cirque d’hiver du 17 avril devait donc servir de point de départ. Compter les troupes et faire les présentations. De Martin Schulz, cet Allemand, actuel président du Parlement européen, candidat au poste de président de la Commission européenne. Et du nouveau casting de la gauche française.

Jean-Christophe Cambadélis, nommé premier secrétaire du Parti socialiste, n’aura donc pas mis longtemps à enfiler son nouveau costume. Bien connu de l’appareil, rompu à l’art des discours, il a aussi chaperonné Martin Schulz durant toute la soirée. Beau joueur, Guillaume Bachelay, n°2 du PS qui aurait dû assurer l’intérim, voire obtenir une promotion, s’est contenté du rôle de chauffeur de salle. Mais aussi convaincant a-t-il pu être, il n’a pu qu’écourter les huées du public qui ont accompagné les félicitations officielles à Harlem Désir, fraichement entré au gouvernement en tant que secrétaire d’Etat aux Affaires européennes. Député européen au bilan pour le moins contrasté et premier secrétaire en partie responsable de la déroute des municipales, Harlem Désir a également cédé sa place de tête de liste socialiste pour la région Ile-de-France.

Pour le remplacer : Pervenche Berès, qui gagne une place sur la liste. Présente de longue date au Parlement européen, spécialiste des questions économiques et d’emploi, elle a été chaudement accueillie par la salle et son camarade Martin Schulz. Certainement plus à l’aise au sein de l’hémicycle feutré de Strasbourg que pour haranguer les militants, il lui faudra gagner en notoriété d’ici le 25 mai. Mais comme elle l’a habilement rappelé, « mieux vaut être compétente et peu connue que le contraire ».

Déchainer les foules est une mission qui a finalement échu à Elena Valenciano, vice-secrétaire générale du PS espagnol et ancienne députée européenne. Dans un français parfait, elle a eu droit à une véritable ovation en rappelant le désarroi dans lequel se trouve son pays et que les droits sociaux, notamment des femmes, sont en danger. Elle s’est même relevée du couac du débat, quand quelques gauchistes ibériques ont rappelé la part de responsabilités des socialistes et démocrates européens dans la cure d’austérité qui touche l’Union. « Es verdad » (c’est vrai), a-t-elle concédé.
Car au fond tout l’enjeu du meeting du Cirque d’hiver était là. Convaincre les militants socialistes qu’après plusieurs années d’austérité consentie, la gauche européenne est résolue à changer l’Europe pour changer la vie. « Cette fois c’est différent », ont-ils tous martelé, Martin Schulz le premier. « Tourner le dos à une Europe trop peu solidaire ». « Que les droits sociaux priment sur les droits du Marché unique ». Les formules n’ont pas manqué.

Sur le reste, en professionnel de la politique, Martin Schulz est resté évasif. Ne se mouillant pas sur les affaires françaises, il a poliment – et rapidement – rappelé qu’à court terme « il faut vivre avec les 3 % et les 60 % », et qu’il est nécessaire que les Etats membres « assainissent leurs budgets ». Insister sur les avancées de l’Europe depuis la fin de la guerre était effectivement plus judicieux. Tout comme jouer sur l’anaphore de François Hollande. « Moi président… oups… je reprends… [avec assurance] Moi, président de la Commission européenne ! » Martin Schulz a conquis le Cirque. Emotion, familiarité bien sentie, ton ferme. Ce n’était pas gagné d’avance. La foule scande « Martin, président ! ». Les socialistes ont toujours le don pour organiser les rassemblements politiques.

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