Pour Loukachenko, Barroso est un abruti et un salaud… parole de dictateur !

Le président biélorusse n’y va pas doucement avec les dirigeants qu’il n’aime pas. Vexé de ne pas avoir été invité aux commémorations de Tchernobyl, le président de la dernière dictature d’Europe insulte à tout va son homologue ukrainien et José Manuel Barroso, président de la Commission européenne. Comme d’habitude, cette attitude extrêmement agressive sert à cacher les difficultés de son pays. Pendant ce temps-là, derrière l’écran de fumée des insultes, on continue méthodiquement à bâillonner les opposants du régime et on tente de renforcer les dernières alliances politiques qu’il reste au régime.

Après les « pédés », voici les brigands, les abrutis et les salauds

Loukachenko sait faire dans la finesse. A propos du président de la Commission européen qui aurait fait pression sur l’Ukraine pour que le président biélorusse ne soit pas invité aux commémorations de Tchernobyl, il déclare que « quand on est con, on est con. Ce sont des vauriens. C’est pour ça que je n’ai rien à dire sur ces Barroso, ces abrutis, ces boeufs et autres. Et je ne fais pas vraiment attention aux sottises des fonctionnaires européens ». Le président ukrainien n’évite pas les foudres de Minsk: « Demandez à Ianoukovitch pourquoi le président bélarusse ne participe pas à ces cérémonies. Demandez-lui! Malheureusement, ça ne manque pas de dégonflés à la tête de l’Ukraine », a-t-il lancé.

En conférence de presse, Alexandre Loukachenko estime que « ce sont juste des brigands. De sorte que je préfère ne pas parler de tous ces Barroso et autres salauds ». Les « Occidentaux » sont dans le viseur du dictateur biélorusse depuis que des mesures de rétorsion ont été prises contre le régime qui menait une forte répression contre ses opposants politiques. En février, il avait ainsi raconté avoir intimé au ministre allemand des Affaires étrangères, qui est homosexuel, « les yeux dans les yeux de mener une vie normale » tout en ajoutant qu’il « n’aime pas les pédés ». Après ces insultes homophobes, on passe donc un nouveau cap dans les relations tendues avec l’Union européenne.

L’outrance pour cacher la situation de la Biélorussie

Ces propos insultants sont là avant tout pour cacher la détresse économique du pays. En effet, la Biélorussie n’arrive pas à obtenir des devises étrangères nécessaires afin d’acheter des produits énergétiques. C’est ce que Ria Novosti rapportait d’un message récent du président biélorusse au parlement et au peuple du pays: « Nous avons une croissance du PIB de 1%, le développement de l’industrie est encore plus évident, mais les devises qui arrivent dans notre pays ne couvrent pas la demande intérieure. Nous avons un solde très négatif et le déséquilibre du commerce extérieur devient menaçant ». Les Biélorusses ont commencé à prendre d’assaut les bureaux de change du pays fin de mars, par crainte d’une dévaluation de la monnaie nationale, le rouble biélorusse.

Sur le plan politique, la situation est plus « maîtrisée ». Après la répression des manifestations post-électorales de décembre avec l’emprisonnement des opposants, le temps des grands procès est venu. L’un des plus importants leaders de l’opposition biélorusse est jugé mercredi 27 avril à Minsk dans le premier procès des ex-candidats à la présidentielle. M. Sannikov, qui a été vice-ministre des Affaires étrangères en 1995-1996, comparaît « pour organisation de troubles massifs à l’ordre public » et encourt une peine allant jusqu’à 15 ans de prison, selon un journaliste de l’AFP présent dans la salle d’audience.

L’outrance de Loukachenko montrent que les mesures décidées récemment par la communauté internationale touchent le régime au cœur. L’Union européenne doit par conséquent toujours veiller à décider des mesures qui ne visent pas la population mais bien les caciques du régime.

Attention à un régime qui se radicalise de plus en plus

On pourrait rêver d’un scénario digne des révolutions arabes du début d’année : du fait d’une situation économique exsangue, la population n’accepte plus le régime et impose un changement à la tête de l’Etat. Cependant, plusieurs écueils seront à éviter : l’armée est très liée au régime, le KGB règne encore en maître et le grand frère russe garde un œil très près de sa frontière. De plus, le récent attentat de la station « Oktiabrskaïa » provoquant la mort de 13 personnes a vu le renouvellement d’un discours d’Etat rejetant clairement la démocratie. Le régime ne laisse donc aucun interstice démocratique pour une quelconque expression d’opposants.

Quelques jours après l’explosion du métro, le président de la Biélorussie déclarait que « avant l’élection présidentielle, nous sommes devenus tellement démocratiques que cela donnait des accès de nausée ». D’autre part, la logique du sauveur contre le reste du monde est clairement énoncée elle-aussi : « D’abord, ils profèrent des menaces politiques, ne voulant pas reconnaître les résultats de la présidentielle, dressent ensuite des listes noires, introduisent des sanctions économiques, ensuite sèment la panique sur le marché des changes et organisent une danse macabre après l’attentat ». Depuis, les auteurs de l’attentat ont été officiellement arrêtés mais on ne connait toujours pas leurs noms …

La vigilance européenne doit donc être renforcée vis-à-vis du régime de Loukachenko. Car les insultes ne doivent pas nous faire oublier les souffrances du peuple biélorusse au quotidien.

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2 commentaires

  1. Même si « Ces propos insultants sont là avant tout pour cacher la détresse économique du pays », ces propos ne sont pas loin de la réalité. Il est inadmissible par exemple que Barroso s’en prenne au Danemark qui veut rester maître chez lui sans être envahi comme nous le sommes. Bravo le Danemark. Assez de cette europe totalitaire qui veut notre mort.

  2. C’est sûr que les Biélorusses qui vivent dans un régime totalitaire apprécieront votre comparaison entre l’Union européenne et leur régime politique…

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