Espace Schengen : un débat européen qui se traite au niveau national

Alors que l’Italie et la France se rencontrent à Rome pour parler de l’espace Schengen, le débat européen sur la gestion des flux migratoires se fait au niveau national plus qu’au niveau européen. La Commission européenne ne réagit pas, le Conseil européen ne devrait se prononcer sur la question réellement qu’en juin. Même s’il s’agit de compétences nationales, ne pourrait-on pas souhaiter à la place un vrai débat où tous les pays européens s’exprimeraient ensemble sur cette question ?

Durant la présidence française du Conseil de l’Union européenne de 2008, l’adoption d’un pacte pour l’immigration avait été un des sujets importants. Aujourd’hui, avec l’arrivée massive en Europe, via l’Italie, d’immigrants tunisiens et libyens du fait des conflits dans leur pays, la gestion des flux migratoires revient sur le devant de la scène. La France et l’Italie ne pouvant faire face seules à un tel afflux de personnes, une remise en cause de l’espace Schengen se fait jour.

La question des moyens nationaux pour faire face à l’enjeu migratoire

Plus de 20 000 migrants sont arrivés en quelques jours sur les côtés italiennes. Le gouvernement transalpin a choisi de donner les moyens administratifs aux réfugiés pour quitter son territoire en leur délivrant des papiers. Résultat, la France se voit confronter à l’arrivée régulière d’un nombre important de réfugiés sur son territoire. Les esprits s’échauffent. Plusieurs personnalités de part et d’autre des Alpes constatent les difficultés d’une libre-circulation dans l’espace Schengen quand beaucoup de migrants arrivent d’un coup.

L’Italie et la France partagent un point commun majeur : ils représentent, avec d’autres comme l’Espagne, la Grèce ou Malte, une porte d’entrée en Europe pour la rive Sud de la Méditerranée. Or, surveiller des milliers de kilomètres coûte cher. De même, prendre la décision de régulariser les migrants arrivant sur leurs territoires peut avoir des répercussions sur l’ensemble de l’espace Schengen. Les enjeux sont donc loin d’être uniquement nationaux.

Un débat censé être européen mais qui est franco-italien pour le moment

Le problème est aussi là: sous prétexte de compétences nationales, l’Europe s’exprime peu sur cette question. On aurait pu imaginer une réaction officielle de José Manuel Barroso ou d’un commissaire européen. Silence radio. On se contentera pour le moment d’une déclaration du président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, lors d’une émission sur TV5 Monde : « Il faut veiller à respecter l’esprit de Schengen. C’est pourquoi nous en discuteront au Conseil européen de juin ». Est-ce suffisant ?

La réponse est évidemment non. Ces questions agitant l’espace public franco-italien devraient être au cœur du débat européen. Pour le moment, ce sont surtout les gazettes transalpines et hexagonales qui traitent de ce débat. Or nous devrions arrêter de nous voiler la face et nous poser la question des moyens pour gérer les flux migratoires dans une dimension européenne. Surtout qu’avec une population qui va décroître, l’Europe aura besoin d’intégrer des populations d’autres continents dans un futur qui se fait de plus en plus proche. Comment faire dès lors pour que celles-ci ne soient pas ‘ghettoïsées’ et réduites à être pour plusieurs générations en bas de l’échelle sociale ?

La question de la liberté de circulation ne devrait pas être réduite à la seule question migratoire non plus. Le rétablissement des contrôles aux frontières intra-européennes marquerait un net recul de la construction européenne. Pour autant, cela implique également que la coopération entre polices nationales soit encore plus poussée qu’elle ne l’est aujourd’hui.

Voilà des questions qui ne peuvent pas être traitées seulement au niveau national.

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