22 avril: dans un an, l’Europe sera-t-elle au programme de la présidentielle ?

Le 22 avril 2012, ce sera le premier tour de l’élection présidentielle en France. Quelle place aura l’Europe dans le débat ? Faire-valoir, volet de la thématique des relations internationales, ou grand méchant loup ? Alors que cette élection symbolise la quintessence du pouvoir national en France, aucun candidat ne pourra faire l’impasse sur la question européenne. Pour autant, aurons-nous des propositions auxquelles nous ne nous attendons pas déjà ?

Pour le moment, l’Europe est surtout mise en avant par ceux qui souhaitent l’utiliser comme repoussoir. Nicolas Dupont-Aignan produit des affiches où il est inscrit « Délocalisations, chômage, vie chère, misère… l’Euro tue ». Jean-Luc Mélenchon dénonce dans son livre « Qu’ils s’en aillent tous » une Europe qui serait « totalitaire ». Marine Le Pen demande la sortie de l’euro. Elle compare ainsi le « rêve européiste » à un mondialisme qui « propose de forger un homme nouveau à l’image de tous les totalitarismes ». Pour 2012, le choix sera « binaire : soit la mondialisation, soit la Nation ».

Les extrêmes font de l’Europe un objet de campagne pour taper dessus et démontrer ainsi que le peuple français peut se relever si on l’écoute vraiment. Il est à noter que le champs lexical européen est employé surtout par ceux qui rejettent les institutions européennes. Ceux qui sont classés dans le camp des partis plutôt pro-européens sont aussi ceux qui en parlent le moins… alors qu’en tant que possibles futurs partis de gouvernement, ils seront les plus concernés.

L’Europe, une donnée toujours présente dans les programmes

Il est vrai que l’Europe n’est jamais absente des programmes des formations politiques. Par exemple, le Parti Socialiste fait des propositions innovantes dans son programme sur une fiscalité européenne. La présidence française du Conseil de l’Union européenne de 2008 est considérée par l’UMP comme une partie de l’actif du bilan de Nicolas Sarkozy. Le rejet de l’Europe intergouvernementale est un axe de différenciation pour le Nouveau Centre. Le Mouvement démocrate et les Verts sont des partis qui traditionnellement mettent au cœur de leur programme l’angle européen.

Cependant, cela ne constituera pas un axe central de la campagne, à nouveau. En 2007, plusieurs partis ont tenté de surfer sur la vague du Non au référendum de 2005 sur le traité portant constitution pour l’Europe. Aucun d’entre eux n’a obtenu un score important. Il faut dire qu’en dehors de la sortie de l’euro, aucune proposition majeure et clivante à dimension européenne n’a émergé.

Quelle proposition nouvelle sur l’Europe ?

L’Europe est souvent perçue comme un ensemble « à côté » des affaires nationales. Ceci est de la responsabilité des dirigeants politiques et des médias de mieux montrer que de l’avenir de l’Europe dépend également l’avenir de la France. A l’heure du marché commun, nos économies sont totalement interdépendantes. Ceci est notre force mais ceci peut aussi être notre faiblesse si nous mettons des œillères politiques face à cette réalité économique.

Quel parti mettra en avant des réformes qu’il promet d’engager avec ses collègues européens ? Si la tendance est à la promotion d’un moteur franco-allemand et à des coopérations renforcées autour de ce noyau, quelle application concrète cela donnera-t-il ?

Les candidats se devront de nous donner des perspectives à l’heure où un certain désenchantement européen a lieu. Face à de nouveaux concurrents puissants sur le marché mondial, les prétendants au titre de président de la République devront nous dire comment ils vont nous emmener pour que notre voix se fasse entendre demain sur la scène internationale.

Ne pas oublier qu’il s’agit d’un scrutin national avant tout

L’erreur des milieux pro-européens est souvent de faire de l’Europe l’alpha et l’omega de leur grille de lecture des programmes politiques. Or une élection comme la présidentielle définit aussi des enjeux qui sont purement nationaux. Le niveau de justice sociale est un choix national. Si l’Union européenne peut nous servir à être encore un acteur important sur la scène internationale, ce n’est pas elle qui décidera pour nous du fait de taxer plus ou moins les entreprises, les salariés ou les milieux financiers. Ce n’est pas non plus elle qui nous dira à quel niveau seront remboursés nos médicaments, etc.

Il nous faut donc garder cette dimension nationale à l’esprit tout en demandant fortement aux futurs candidates et candidats quelle est leur vision de l’Europe. Après tout, le futur chef de l’Etat ira défendre nos intérêts nationaux à Bruxelles dans le cadre des Conseils européens.

5 commentaires

  1. Merci pour cet article,

    Je reagis a votre conclusion : « Après tout, le futur chef de l’Etat ira défendre nos intérêts nationaux à Bruxelles dans le cadre des Conseils européens ».

    Si la vision de l’ Europe se resume pour les candidats a la facon dont ils defendront nos interets nationaux a Bruxelles nous restons dans la meme logique reductrice qui empoisonne le debat depuis des annees.

  2. L’intérêt commun des peuples d’Europe est que leur Union soit capable de mener des politiques communes répondant à leurs aspirations et de participer à la gouvernance mondiale. Faire progresser l’Union est la manière la plus intelligente de défendre nos intérêts nationaux.

  3. Dans de très nombreux domaines (cf. finances , énergie , environnement , agriculture , diplomatie , défense , commerce international, etc …) les politiques nationales sont étroitement liées aux politiques européennes en cours et en devenir .Les programmes présidentiels doivent en tenir compte ouvertement . Omettre ou occulter ce partage de souveraineté ne serait pas faire preuve du sens des responsabilités que tout candidat doit avoir.

  4. « Faire progresser l’Union est la manière la plus intelligente de défendre nos intérêts nationaux ». A voir les résultats déplorables à ce jour, il ne faut guère s’étonner du rejet de la politiqe européenne à laquelle nos dirigeants font semblant de s’opposer. A titre d’exemple, la politique migratoire qui vise à détruire les états européens en les submergeant de populations inassimilables, ruineuses et inutiles est insupportable.
    La petite phrase de Margaret Thatcher reste vraie : « Je n’ai pas fait sortir le socialisme par la grande porte pour le voir revenir par la petite porte de l’Europe ». Non à cette Europe socialiste.

  5. Pour votre information, la politique migratoire est de la compétence des Etats et non pas de l’Union européenne… difficile dans ces conditions de lui reprocher une politique qui n’est pas de sa responsabilité, non ?

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