Populismes en Europe: passer du constat aux réponses

Les dernières élections législatives en Finlande viennent de nouveau de prouver qu’en Europe les partis populistes et eurosceptiques ont le vent en poupe. Même s’ils n’atteignent pas des scores leur permettant d’être à la tête d’un gouvernement, ils deviennent de plus en plus des pivots dans le débat électoral ou dans les parlements. Cela est dû notamment au fait que les partis politiques traditionnels restent pour la plupart dans un discours où l’Europe tient lieu « d’évidence ». Or les électeurs semblent de moins en moins réceptifs à ce type de non-arguments.


Le constat d’une Europe où les partis populistes ont le vent en poupe

En Belgique, le NVa est à 27% en Flandres. Geert Wilders réalise aux Pays-Bas avec son PVV 15,5% des voix, ce qui lui permet de peser suffisamment sur le gouvernement pour faire son programme avec lui. En Suède, le gouvernement est devenu minoritaire (à un député près) parce que l’extrême-droite des « Démocrates Suédois » a réussi à obtenir 20 sièges. Résultat, dès qu’il n’y a pas de consensus entre les sociaux-démocrates, les écologistes et la coalition gouvernementale, l’extrême-droite arbitre les débats, à l’instar de ce qu’il s’était passé lors de l’élection du président du Parlement. En France, le Front National obtient 15 % des suffrages au premier tour des élections cantonales.

On le voit les partis ouvertement eurosceptiques font le plein de voix un peu partout en Europe. Cela est dû à plusieurs raisons comme les soubresauts que l’Union européenne connaît avec les difficultés grecques, portugaises ou irlandaises. Le citoyen peut légitimement se poser des questions sur un système qui lui était présenté jusqu’alors comme forcément vertueux.

Il faut prendre en compte aussi un autre phénomène : les gouvernements en place sont souvent battus aux élections suivantes. Leur bilan est remis en cause par des citoyens qui ne semblent pas voir dans leurs propositions une réponse à la crise économique qui frappe depuis 2008 leur pays au sein de l’Europe.

Quelle réponse faut-il donner au populisme ?

L’argumentation eurosceptique est aujourd’hui plutôt bien connue : les prix augmentent à cause de l’euro, la mondialisation nous fait perdre nos repères, le peuple perd sa souveraineté au profit de technocrates de Bruxelles…

Même s’il y a peu de réponses apportées par les populistes aux problèmes qu’ils posent, les réponses des partis traditionnels ne sont pas forcément à la hauteur non plus. Certains, à l’instar de Laurent Wauquiez, font le choix de répondre point par point au Front National par exemple. Cette stratégie permet de sortir du mur du silence politique qui entourait jusqu’à présent ces partis. Or à ne pas répondre aux attaques, on laisse le terrain à ces idées. Si aucune contre-argumentation n’est faite, pourquoi ne pas se laisser séduire par ce discours ? Le bouc-émissaire est bien pratique d’autant qu’il est loin (à l’étranger en plus) et surtout il a du mal à être personnifié. Ce manque de représentation concrète des institutions européennes aux yeux du citoyen permet de faire de l’UE une source de fantasmes sans fin.

La montée des extrêmes en Europe est aussi la conséquence d’un manque de réponse politique. La réponse européenne aux crises vient souvent après-coup. Alors que l’Union européenne a pris des décisions très importantes sur le mécanisme européen de stabilisation financière, que le Conseil européen mobilise d’énormes moyens pour l’alimenter avec des milliards d’euros, les citoyens ne voient pas l’Europe comme un acteur qui va les protéger actuellement.

C’est avec ce terreau que les partis populistes développent leur mauvaises herbes. Il est temps que les partis politiques traditionnels, souvent pro-européens, fassent de la dimension européenne une des bases de leur discours politique

1 Commentaire

  1. Bonsoir,

    je me faisais une remarque sur cette question.
    le populisme ne progresse-t-il pas surtout pour une question de sémantique?

    je m’explique: le monde change, et les équilibres sont de plus en plus instables. (démographiques, culturels, sociaux etcc).
    le succès des partis d’extrême-droite ne réside pas dans leur capacité à trouver des mots pour décrire le monde contemporain? Celui que M et Mme Michu observent en bas de chez eux, sur le chemin du travail et un peu aux infos?

    La responsabilité des partis traditionnels n’est-elle pas avant tout d’avoir cessé de trouver les mots pour décrire le monde qui change? (mis à part les iréniques « que d’oppurtunités » d’enrichissement culturel pour la gauche, économique pour la droite).

    Je parle des mots, plus que des solutions: vous semblez (je n’ai pas encore acquis votre ouvrage) d’accord sur le constat de mutations irréversibles qui doivent trouver un discours d’accompagnement.

    Bonne soirée,

    Louis-Alexandre

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