Débat sur la laïcité : la sécularisation est une valeur européenne

Le débat actuel sur la laïcité fait rage. Faut-il changer en France la loi de 1905 qui a établi une séparation forte entre le fait religieux et l’Etat ? Ailleurs en Europe, des tensions existent aussi sur le poids du religieux dans la vie publique. Pour autant, malgré une forte diversité, le continent européen est marqué depuis plusieurs siècles par une valeur communément partagée : la sécularisation.

La sécularisation peut être entendue, d’après le Larousse, comme le passage de certaines valeurs du domaine du sacré dans le domaine du profane et notamment avec l’exercice par l’État de fonctions précédemment réservées au clergé (état civil, assistance publique, enseignement). Cette quête d’autonomie du pouvoir temporel sur le pouvoir spirituel a été à l’origine en Europe de nombreuses guerres. Il y a eu sur notre continent beaucoup de massacres perpétrés « au nom de l’amour de Dieu ». Cependant, un mouvement s’est opéré en Europe et a permis l’émergence d’un pacte entre le religieux et le pouvoir politique pour permettre la liberté de conscience, concept qui reconnaît à tous les citoyens le droit de ne pas forcément être croyants et a fortiori croyants dans la religion d’Etat.

La sécularisation est même défendue par les représentants religieux aujourd’hui

Ce mouvement s’est accéléré au moment du siècle des Lumières avec la proclamation avec la Révolution française du droit à la liberté de conscience. Or en France, cette sécularisation s’est particulièrement radicalisée du fait du poids de la religion catholique dans notre vie publique. Tout le XIXe siècle a ainsi vu la lutte d’influence des libres-penseurs face aux défenseurs de l’ultra-montanisme. La loi de 1905 proclamant la séparation de l’Etat et de l’Eglise (et donc de ses biens) a été dure. « L’Etat ‘laïque’ ne privilégie aucune confession et plus généralement aucune conception de vie bonne, tout en garantissant la libre expression de chacune dans certaines limites » pour Guy Haarscher (« La Laïcité » aux éditions Que sais-je ?, n. 3129).

Cette séparation, bien que difficile à mettre en place, n’est plus contestée aujourd’hui en France. Celle-ci a permis à chaque religion de pouvoir trouver sa place vis-à-vis du citoyen. Même le clergé catholique aujourd’hui utilise cette loi pour limiter l’impact de la forte baisse de la pratique religieuse en France. Cette acceptation d’une sécularisation très poussée vient de connaître sa consécration avec la tribune publiée par les représentants des religions majoritaires en France (protestante, catholique, juive, bouddhiste et musulmane) déclarant que « la laïcité est un des piliers de notre pacte républicain, un des supports de notre démocratie, un des fondements de notre vouloir vivre ensemble. Veillons à ne pas dilapider ce précieux acquis » (voir la tribune ici).

Préserver la sécularisation pour préserver l’union des Européens ?

Cependant, cette victoire de la paix religieuse est un acquis qui connaît des attaques incessantes. Le retour de la religion musulmane sur le continent européen pose la question de l’intégration de celle-ci dans le pacte religieux établi partout en Europe. Surtout que cela cache en réalité le débat de l’intégration de populations d’origine immigrée qui ont encore du mal à s’insérer socialement. Car après plusieurs générations établies sur le sol européen, ces populations ont du mal à sortir des milieux populaires. Le fait religieux risque de redevenir un élément identitaire. Un élément visible de la différence alors qu’il était censé rester dans le domaine du privé.

Surtout que cette tentation n’est pas l’apanage des milieux populaires. Il l’est aussi pour des populations qui à l’heure d’une globalisation rapide sont en quête de repères. De ce fait, les sorties nauséabondes d’un Thilo Sarrazin en Allemagne ou l’utilisation par la frange la plus extrémiste de l’église catholique de la reconnaissance des racines chrétiennes de l’Europe reçoivent un écho qui ne devraient plus exister alors que nous vivons dans un espace continental sécularisé.

A ce sujet, l’académicien René Rémond écrivait que la liberté de conscience « est un des éléments de l’entente entre les membres de l’Union européenne : elle fait partie, au même titre que la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice ou le contrôle de la constitutionnalité, du corpus qui définit l’état de droit et donne sens au vouloir vivre en commun des peuples d’Europe ».

2 commentaires

  1. Oui à la paix religieuse.
    Sécularisation va de pair avec laïcité, mais il me semble que la sécularisation et la laïcité ne sont plus que de vieux fantômes, dans leur définition que nous agitons pour mieux faire disparaître ce qu’il de vrai dans notre société, ce qui a fondé le pacte démocratique, la recherche de la vérité, la cohésion sociale et la solidarité. Nous nous réfugions derrière de belles idées qui ne sont plus que de belles idées.
    La sécularisation, il me semble, présuppose dialogue entre les différents groupes sociaux, non ? leen

  2. C’est drôle quand on pense que la séparation entre le pouvoir temporel et spirituel est d’origine chrétienne. C’est conforme à l’injonction: » Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».

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