Manifestations contre les politiques d’austérité : les Européens expriment leur peur d’être laissés sur le côté

En marge du Conseil européen des 24 et 25 mars 2011, une grande euro-manifestation a eu lieu dans les rues de Bruxelles pour protester contre les politiques d’austérité qui se font jour partout en Europe. Cette mobilisation a été poursuivie par une grande manifestation à Londres le samedi 26 mars. Partout en Europe, les citoyens se mobilisent pour contester les mesures prises par les gouvernements pour répondre à la crise.

D’après la Confédération Européenne des Syndicats (CES), près de 30 000 personnes ont participé à l’euro-manifestation organisée en marge du Conseil européen. Comme d’habitude à Bruxelles se sont les syndicats belges qui ont fourni le gros des bataillons. Fort de cette importante mobilisation, le secrétaire général de la CES, John Monks, a déclaré que « les syndicats sont dans la rue un peu partout en Europe, non pas contre l’Europe mais contre les dernières décisions européennes relatives à la gouvernance économique européenne qui durcissent les mesures d’austérité aux dépens des travailleurs ».

Cette vague de mobilisations permet aux syndicats d’organiser de très nombreuses manifestations sur le même mot d’ordre : non à la cure d’austérité promise par les gouvernements pour redresser leur économie. Déjà en septembre 2010, plus de 55 000 personnes avaient pris part à une euro-manifestation sur cette thématique.

De fortes mobilisations en Europe

Les rues de Lisbonne et de Porto au Portugal ont été noires de monde dimanche 13 mars. Plus de 200 000 personnes ont ainsi défilé dans la capitale portugaise à l’appel d’un groupe Facebook (qui ne sert donc pas qu’à organiser des apéros géants) intitulé « protestation d’une génération aux abois ». Il faut dire qu’avec un taux de chômage record de 10,8% en 2010, la patrie lusitanienne compte 620 000 chômeurs dont près de la moitié sont âgés de moins de 35 ans. Cette très forte mobilisation citoyenne n’est pas étrangère à la cristallisation des débats au Portugal sur le plan d’austérité budgétaire qui a abouti à la démission du gouvernement de José Socrates le 23 mars, soit la veille du Conseil européen.

A Londres, samedi 26 mars, ont eu lieu les plus grandes manifestations depuis la guerre en Irak en 2003. Cette fois, c’est le plan d’austérité présenté par le conservateur David Cameron qui suscite l’inquiétude. Près de 400 000 personnes ont défilé dans les rues de la capitale à l’appel du Trade Union Congress qui regroupe 58 syndicats et 6,5 millions de salariés. Même si le gouvernement britannique annonce que les relèvements d’impôts ne toucheront que très peu les plus pauvres au contraire des plus riches, ce sont les coupes budgétaires dans les services publiques qui mobilisent. De manière inhabituelle pour l’Angleterre, cette manifestation a su entrainé avec elle d’autres publics que les personnes syndiquées.

Partout en Europe, les mobilisations se font jour. En France en 2010, c’est le recul de l’âge de la retraite qui a fait battre le pavé. En Hongrie, la fête nationale du 15 mars a été marquée par une grande manifestation rassemblant de vingt à trente mille personnes selon des chiffres de la police. Elles réclamaient le retrait de la loi sur les médias et critiquaient la politique gouvernementale. Le projet de rénovation « Suttgart 21 » a mobilisé toute l’année dernière plusieurs dizaines de milliers de manifestants en Allemagne avec pour point d’orgue le 30 septembre où de nombreux manifestants ont été blessés. Enfin en Italie, alors que beaucoup d’observateurs politiques transalpins se désespéraient du manque de réaction de la population face aux dérives berlusconiennes, ce sont plus de 100 000 personnes qui se sont rassemblées dimanche 13 février 2011 dans de nombreuses villes pour dénoncer le machisme et les frasques sexuelles du président du Conseil italien.

Des manifestations nationales révélant un manque de confiance dans les gouvernements

Prises dans leur ensemble, ces manifestations peuvent donner l’impression qu’il s’agit de revendications « locales » mais elles sont symptomatiques d’un certain stato-scepticisme comme l’aime à l’appeler Dominique Reynié. Le directeur de la Fondation pour l’innovation politique expliquait ainsi en 2009 ce phénomène comme « un scepticisme vis-à-vis des gouvernements nationaux, de leurs capacités à peser sur la marche du monde ». Or toutes ces manifestations ne contestent pas le besoin de rééquilibrer le budget national mais le fait que la population a l’impression de payer pour un Etat n’arrivant pas à faire face à la crise financière. Le vice-Premier ministre britannique, Nick Clegg, pour répondre aux critiques sur le plan d’austérité, déclarait que « les gens qui protestent à cor et à cri contre le gouvernement doivent apporter des réponses ». Or le débat actuel est vicié par manque de choix et de réponses politiques différentes à la « simple » cure d’austérité.

Si la crise financière semblait donner raison à ceux qui ne faisaient pas l’apologie du tout marché, les différentes élections nationales ont plutôt donné gagnants les tenants de l’austérité en Estonie, en République Tchèque, au Royaume-Uni, en Suède … Cela est notamment dû au fait que les sociaux-démocrates n’apportent pas réellement de solutions différentes aux yeux des électeurs.

L’Europe pour l’instant a bien du mal à exister pour les citoyens alors qu’elle mobilise par le biais du mécanisme européen de stabilisation plus d’argents pour aider les pays en difficulté qu’elle ne l’a jamais fait. L’Euro offre une stabilité monétaire remarquable pour qui a connu les poussées de l’inflation à 13% en France dans les années 80, mais c’est la monnaie européenne qui est la cible principale de toutes les critiques dans notre débat politique national. Il est à craindre qu’une montée de l’euroscepticisme ait lieu du fait de ce manque de réponses proposées aux citoyens. Or si les gouvernements nationaux sont trop petits pour répondre à une telle crise financière, est-ce que des dirigeants européens sauront proposer de nouvelles solutions à l’échelle du continent ?

Alain Minc fait l’apologie dans son dernier livre du modèle européen face à celui d’Outre-Atlantique. C’est justement la peur d’être écartés de ce modèle qu’expriment les manifestants de toute l’Europe.

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