Revue de web : l’intervention militaire en Libye suscite beaucoup de réactions

L’intervention militaire en Libye pour soutenir les opposants au régime du colonel Kadhafi et protéger les civils libyens fait beaucoup réagir. C’est Guy Verhofstadt et Angela Merkel qui ont suscité le plus de réactions sur la toile. En cause principalement : le manque d’unité des Etats membres de l’Union européenne pour soutenir cette opération.

« Le but premier de l’opération Aube de l’Odyssée — protéger les civils libyens — est juste, estime la presse européenne » observée par PressEurop. C’était d’ailleurs le soutien au peuple libyen qui a fait le plus réagir dans la société civile de ce côté de la Méditerranée. Ainsi, le Mouvement Européen – France dénonçait dans un communiqué « la répression en cours contre le peuple libyen » et en appelait à prendre « des mesures énergiques ». Les jeunes de l’ADLE ont du reste créé un site qui se veut transpartisan où il est proclamé que « nous, jeunes citoyens européens, tiendrons pour responsables de toutes ces victimes les dirigeants de nos pays qui n’auront pas eu le courage quand il était encore temps, d’arrêter la folie meurtrière d’un homme contre son peuple ». Les appels à une réaction concrète contre Kadhafi ont été nombreux.

C’est du reste le fait de ne pas assister à un massacre qui a poussé les dirigeants européens à se positionner. Comme le rappelle le blog de la présidence hongroise du Conseil de l’Union européenne, « notre but n’est pas un changement de régime en Libye » explique le ministre des Affaires étrangères de Hongrie, János Martonyi. Les pays menant l’intervention font tout pour ne pas donner l’image d’une guerre des Occidentaux contre un pays arabe. Cependant, les difficultés européennes à se coordonner pour réagir ont aussi beaucoup exaspéré.

Lady Ashton, victime expiatoire de la frustration sur la blogosphère

Le site Slate.fr souligne le fait que « Mme Ashton a pratiquement été aux abonnés absents pendant le mouvement qui a soulevé les peuples arabes ». La haute représentante pour les Affaires étrangères devient le symbole de cette incapacité à suivre le pouls démocratique des sociétés arabes. La Libre Belgique rapporte les propos de Daniel Cohn-Bendit : « Il faut se poser la question d’une motion de censure contre Mme Ashton » a-t-il déclaré lors d’une conférence organisée par les parlementaires européens fédéralistes du groupe Spinelli. Le blog de la rédaction du Financial Times à Bruxelles rappelle que Lady Ashton peu avant le début des frappes « avait dit aux journalistes qu’une zone d’exclusion aérienne en Libye était de toutes les façons impraticable ».

Pour autant, la scène du dernier Conseil européen rapportée par le blog Bruxelles2 est symptomatique : Nicolas Sarkozy et David Cameron ont reproché à la haute représentante de rester passive, attentiste. L’échange s’est finalement terminé sur une tonalité fort peu diplomatique, sous les yeux ébahis de plusieurs délégations. « Vous avez tout raté, votre service a échoué » a hurlé Nicolas Sarkozy « que David Cameron retenait par la manche », précise le blogueur. Si les dirigeants européens n’arrivent pas à se mettre d’accord, c’est forcément la faute à Bruxelles.

Guy Verhofstadt, incarnation de la frustration de ne pas voir l’Europe sur la scène internationale

L’Union européenne n’est cependant pas à parer de toutes les vertus. En témoigne l’écho qu’a déclenché le discours du belge Guy Verhostadt. « L’attitude de l’Union européenne me dégoûte et me rend malade ». M. Verhofstadt, connu pour son engagement pro-européen et fédéraliste, affirme « ne plus compter sur l’UE, mais sur la France, le Royaume-Uni et les USA » pour intervenir en Libye et aider les forces démocratiques.

Le journaliste blogueur Jean-Sébastien Lefebvre regrette que « l’Union européenne restera une experte dans les belles paroles et les minutes de silence qui ne coûtent rien » au lieu de se mobiliser pour la Libye. C’est à cet appel du chef de l’ADLE qu’a réagi une des blogueuses du site collectif 27etc. qui enrage du manque de réaction alors que « défendre la démocratie – je dirais même cyniquement, d’autant plus quand c’est à nos portes – soutenir les peuples se battant pour leurs droits, les aider à renverser des régimes totalitaires, correspond à l’ADN de l’Europe ».

Angela Merkel et l’Allemagne créent l’incompréhension de ce côté du Rhin

Autre personnalité qui n’a pas marqué des points dans l’eurosphère, la chancelière allemande, Angela Merkel. La décision de l’Allemagne de ne pas s’engager dans la coalition qui mettait en place la zone d’exclusion aérienne a été mal comprise. Quand Jérôme Vaillant estime sur Touteleurope.eu que « l’Allemagne se révèle incapable d’une politique étrangère digne de ce nom », ce sont les prochaines élections régionales importantes dans les prochaines semaines pour Kosmopolito. Cette prise de position fait en effet plutôt l’unité au Bundestag, la chambre des députés à Berlin.

Dans une interview au Spiegel, Daniel Cohn Bendit critique vertement son parti de ne pas avoir pris position pour qu’il y ait une coalition internationale. On sent comme un décalage entre la scène politique allemande et ses représentants au Parlement européen. Dans des propos rapportés par EU Observer, le ministre des Affaires étrangères allemand, Guido Westerwelle, explique ce refus de son payl de se positionner par le fait que c’est d’abord à la Ligue arabe de le faire. Interrogée par Euractiv.fr, Ronja Kempin constate qu’il y a « une rupture franco-allemande » sur le sujet.

Le journaliste Jean Quatremer résume bien l’incompréhension face à cette décision allemande en France : « Angela Merkel, une nouvelle fois, gouverne en fonction d’impératifs de politique intérieure, sans aucune considération pour ses engagements européens et atlantistes, et surtout sans aucune commisération pour le peuple libyen qui lutte pour sa liberté ». Encore une fois, la real politik ne fait pas bon ménage dans la blogosphère avec le besoin de ne pas rester attentiste devant le massacre annoncé des opposants libyens.

Un regard méfiant des éditorialistes arabes

De l’autre côté du Bosphore, cette volonté d’agir n’est pas forcément comprise. Comme le rapporte le journal Hürriyet dans son édition anglophone, dans un long article sur les négociations diplomatiques du week-end au sein de l’OTAN, la décision de la France de ne pas inviter la Turquie à s’exprimer a été très mal ressentie à Ankara. Le Premier ministre Erdoğan a clairement dit que toute opération dirigée par l’OTAN en Libye ne doit pas se transformer en une occupation et ne doit pas être utilisée pour s’emparer des ressources naturelles du pays… Voilà la peur qui taraude.

Dans son édito du 22 mars, le grand journal algérien El Watan titre qu’il y a « une odeur de pétrole ». Liès Sahar explique en effet « que sans ses importantes réserves de pétrole, la Libye ne serait pas sur le devant de la scène internationale avec cette intervention militaire. On peut citer plusieurs régions du monde où les citoyens subissent des affres aussi graves, sinon plus, mais qui n’attirent pas l’attention de la coalition qui s’est formée contre le régime du dirigeant libyen ». Dans le Quotidien d’Oran, l’éditorialiste K. Selim va plus loin en écrivant que « les Occidentaux, faisant preuve de leur sens établi de l’opportunité, n’ont pas hésité à s’adapter et à étendre ainsi leur capacité d’action. Ils continueront de jouer tant les régimes contre la société, le Bahreïn par exemple, que les mouvements de contestation contre les régimes ».

Le scepticisme à l’égard de l’intervention militaire est donc plus fort de l’autre côté de la Méditerranée. Pour autant, on aperçoit également dans la presse les témoignages de nationaux qui ont réussi à fuir la Libye. C’est le cas sur le site de « Tel Quel » où Amina raconte son périple et ses angoisses pour quitter la Libye où elle avait trouvé du travail : « Aujourd’hui, je suis chez moi, mais je continue à sursauter au moindre bruit. Je n’arrive toujours pas à manger et j’évite de regarder les chaînes satellitaires comme Al Jazeera. Je veux oublier ce que j’ai vécu en Libye, mais je prie pour que la paix revienne dans ce pays ».

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