Sondage La Croix : les Européens de l’Ouest inquiets du printemps arabe

Dans son édition du 18 mars, le journal La Croix a réalisé un sondage (IFOP) dans cinq pays pour tâter le pouls des populations de France, d’Espagne, d’Italie, du Royaume-Uni et d’Allemagne à propos du « printemps arabe ». Il en ressort que les personnes interrogées ont plus de craintes que d’espoir, tant pour les pays arabes eux-mêmes que pour leur propre pays.

Les Européens de l’Ouest ont peur de l’immigration et de l’islamisme

Le sentiment de crainte domine nettement vis-à-vis du printemps arabe dans les cinq pays d’étude. Si les Allemands semblent partagés avec seulement 48% des personnes interrogées à sentir de la crainte face à ces bouleversements du Sud de la Méditerranée, il n’en est pas de même dans les autres pays du panel. Pendant qu’au Royaume-Uni et en France la crainte l’emporte sur l’espoir à 53%, ce taux grimpe beaucoup plus chez les pays directement concernés par une potentielle vague d’immigration, l’Espagne et l’Italie. Cette dernière a vu, suite à la « révolution de Jasmin » en Tunisie, venir plus de 5.000 migrants sur l’île de Lampedusa.

On voit bien ce qui taraude les Occidentaux : l’immigration et l’islamisme. 82% des Français interrogés et 83% des Britanniques pensent que le printemps arabe va entrainer « l’augmentation du nombre d’immigrants originaires de ces pays en direction de l’Europe ». Ce sentiment monte à 87% en Allemagne et à 91% en Italie. Les Espagnols ont l’air presque modérés avec « seulement » 78% des sondés estimant qu’une vague d’immigration va avoir lieu.

En deuxième position du sondage, « l’arrivée au pouvoir des partis islamistes dans ces pays » montre à quel point le discours habituel du personnel politique sur le fait que ces dictatures faisaient barrage aux islamistes a bien été intégré. Du reste, « l’arrivée au pouvoir des militaires dans ces pays » est perçue comme étant également possible, avec dix points de plus que « la création de régimes démocratiques dans ces pays », sauf en France où le discours des forces d’opposition démocratiques a été très relayé dans les médias. Le cas le plus extrême de ce décalage se trouve au Royaume-Uni où seulement 50% des personnes interrogées voient l’arrivée de la démocratie comme une possible conséquence des révolutions arabes, tandis que 77% d’entre elles prévoient l’arrivée des islamistes ou des militaires au pouvoir.

Des révolutions perçues comme une affaire extérieure à l’Union européenne

Les Européens interrogés semblent privilégier davantage l’aide au développement et à la stabilisation des pays en révolte qu’un renforcement des contrôles aux frontières. Cependant, Jérôme Fourquet, directeur-adjoint de l’IFOP, pointe dans l’édition du 18 mars du journal La Croix que cette priorité est surtout présente chez les classes moyennes supérieures. Plus globalement, le renforcement des contrôles aux frontières est moins une priorité en Allemagne et (de manière plus étonnante) en Italie, avec dix points de moins qu’en Espagne et au Royaume-Uni. Si l’aide sur le territoire national des immigrants est une priorité très peu partagée par les Français (6%), 21% des Italiens interrogés expriment un tel besoin. On voit bien au travers de cet exemple les situations politiques différentes des deux pays : d’une part la crise humanitaire de Lampedusa et d’autre part une crispation politique autour de la montée très forte dans les sondages du Front National, à un an des présidentielles de 2012.

Autre question du sondage, la confiance dans différentes institutions « pour faire face aux conséquences politiques, économiques, humanitaires ou militaires des révolutions dans les pays arabes ». Les résultats montrent que la moitié des personnes interrogées voient surtout ces révolutions comme des affaires internes à ces pays du monde arabe. Ni l’Union européenne, ni l’ONU, ni leur propre pays ne semblent pour les personnes interrogées être en mesure d’avoir une influence dans ces évènements (à 40% de moyenne dans quatre pays sur cinq). Sauf en Italie, où l’Union européenne et l’ONU sont mises en avant pour faire face aux conséquences à 38% et 37%.

Seul pays à susciter le plus de confiance (un citoyen sur cinq) pour faire face à ces évènements, le Royaume-Uni, au même niveau que l’ONU (respectivement 20% et 23%). C’est l’Union européenne qui inspire le moins de confiance (seulement 9% des sondés) dans ce pays marqué par un très fort euroscepticisme. A contrario, l’UE suscite presque 20 points de plus de confiance chez les Espagnols et les Italiens, qui ne croient pas à une influence de leur gouvernement sur ce dossier (moins de 10% de confiance).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *