Le débat sur la sécularisation est toujours à l’agenda de l’Europe

La Commission européenne a diffusé auprès des étudiants et des lycéens européens son « Agenda Europa » comme chaque année. Mais cette fois, l’édition 2011 a ajouté toutes les fêtes religieuses sauf les fêtes chrétiennes… Cet « oubli » involontaire crée la polémique et le ministre français chargé des affaires européennes, Laurent Wauquiez, a convoqué la presse pour réagir et demander un « correctif » à la Commission européenne.

Pour marquer une ouverture d’esprit et permettre aux lycéens de découvrir d’autres cultures religieuses, les auteurs de l’agenda ont inclus dans l’agenda des références aux fêtes religieuses musulmanes et hébraïques. Mais ils ont dans le même temps « oublié » de mentionner les fêtes chrétiennes. Celles-ci sont pourtant à l’origine de beaucoup de jours fériés. « Si j’ai voulu pousser ce coup de gueule, c’est parce que cet agenda reflète une incapacité de l’Europe à assumer son identité profonde » a déclaré mercredi 12 janvier Laurent Wauquiez.

En effet, plusieurs maladresses ont été réalisées pour des fêtes qui sont issues de la religion chrétienne. Pour Pâques, le 24 avril, les notes de bas de pages font référence à la légende de la déesse Europe, kidnappée par le dieu grec Zeus jusqu’en Crète. Pour Noël, les possesseurs de l’agenda apprendront que le premier sapin « public » date de 1441 et a été décoré à Tallin (Estonie). Même si la période de Noël est aujourd’hui présentée dans tous les médias comme une fête familiale avec pour héros une invention marketing de Coca-Cola, elle reste quand même fériée dans tous les pays européens du fait d’une tradition chrétienne.

La sécularisation ne veut pas dire rejet du passé

L’Europe est marquée par un phénomène important : la sécularisation. Celle-ci s’est développée de manière différente suivant les pays. Pour certains d’entre eux, l’Etat avait pour religion officielle la religion catholique et excluait toute autre religion. Du reste, les divisions chrétiennes ont été à l’origine de beaucoup de guerres civiles, voir de guerres européennes, telle la guerre de 30 ans. Ce sont dans ces pays que les combats les plus durs pour l’établissement d’une société sécularisée ont été menés. En France, cela a abouti à la laïcité, la séparation du religieux et du pouvoir temporel pour garantir le respect de toutes les religions. Il s’agit bien d’une valeur fondatrice et d’un principe essentiel de la République en France mais elle s’incarne dans de nombreuses obligations juridiques qui sont dispersées dans de nombreux textes. Il en existe trois grands « piliers » : la neutralité de l’Etat, la liberté de conscience et le pluralisme (voir à ce sujet le dossier de la Documentation française)

Il faut dire que pour l’hexagone, l’opposition à l’ultra-montanisme au XIXe siècle était devenu un facteur central d’identification dans le jeu politique. Toute référence à la religion par le politique est devenue une ligne rouge à ne pas franchir dans le débat publique. Dans d’autres pays, la séparation entre politique et religieux est plus souple. Pour autant, ce qui marque notre continent est l’acceptation dans tous les pays de la sécularisation. Ce n’est plus la religion qui commande le politique. La séparation de la sphère publique et de la sphère privée (où chacun croit ou non dans une religion) est une des bases de la protection des minorités religieuses. Elles ne peuvent pas être exclues du débat publique du fait de leur religion.

La Commission européenne a donc commis une erreur. Qu’elle a reconnue et qu’elle va corriger malgré le coût engendré. Si les racines historiques de l’Europe sont multiples et que la diversité religieuse sur le continent est un fait, il ne faut pas pour autant aboutir à exclure la religion chrétienne de l’espace public. Ce serait se couper de toute une partie de nos penseurs, philosophes, artistes qui ont aussi fait l’Europe d’aujourd’hui.

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