Biélorussie: comment informer sur les élections dans une dictature ?

Tous les observateurs internationaux annonçaient à l’avance que l’élection présidentielle en Biélorussie n’allait pas être transparente. Le résultat est trouble car de nombreuses irrégularités ont été constatées et laissent à penser que des manipulations de grande envergure ont eu lieu. Malgré un certain nombre de faits rapportés par l’opposition, le travail d’un média d’information est très difficile quand il n’a que des sources non-officielles. On le voit dans le traitement de l’information par les différents médias. L’exemple le plus typique est la diffusion de l’information dans les journaux télévisés où l’élection biélorusse a été très peu traitée par manque d’informations recoupées et vérifiées.

Lors du journal télévisé de France 2 dimanche-soir, l’une des principales actualités internationales concernait la Côte d’Ivoire. L’Union européenne a pris position, le président de la République française a fait des déclarations importantes et les journalistes étaient autorisés pour la première fois à filmer dans le camp des partisans de Laurent Gbagbo. Dans le même temps, avait lieu en Biélorussie une élection présidentielle qui a révélé une nouvelle fois, malgré les dires de son président au pouvoir depuis 1994, à quel point ce régime est autoritaire et fermé à la démocratie. Une grande manifestation se déroulait d’ailleurs sur la principale place de Minsk. Malgré le danger, 10.000 personnes se sont rassemblées courageusement pour contester les résultats d’une élection qui n’en avait que le nom et qui servait surtout à légitimer à nouveau le dictateur Loukachenko. Les policiers ont chargé la foule et ont procédé à plus de 600 arrestations.

Pour autant, cette information n’est pas apparue au cours du journal télévisé. Non par manque d’intérêt de la part de la rédaction de France 2 mais parce qu’elle n’avait aucune image à proposer. Les seuls éléments qui ont circulé sur Twitter sont des photographies envoyées par l’opposition. Comme pour les élections iraniennes, le travail de journalistes qui ne sont pas sur place est très compliqué à réaliser. Comment définir d’où vient la source et la véracité des images proposées ?

Comment informer sur un pays fermé aux médias ? Plusieurs options sont possibles. L’une est de choisir une ONG (organisation non gouvernementale) crédible et de relayer ses informations tout en essayant de recouper celles-ci avec les médias dits officiels. C’est l’option prise par des médias internet et papier. Ainsi, les sites de Spring96 et de Charter97 ont été très suivis pour connaître les derniers évènements lors de cette élection. La plupart de leurs informations ont été confirmées ou se sont rapprochées des rapports rendus par les observateurs de l’OSCE.

Les médias sur internet ou sur papier ont ainsi écrit des articles détaillés sur les élections en Biélorussie et certains comme LeMonde.fr en faisait leur Une hier soir sur leur page d’accueil. Cela est plus compliqué pour les médias de type radio et télévision. En effet, ces médias doivent fournir, en plus d’une information crédible et vérifiée, des documents originaux pour illustrer le propos. Difficile ainsi d’interroger un des candidats officiels à la présidentielle alors que six des sept opposants avaient été arrêtés hier-soir… Pareillement les seules images qui sont suffisamment de bonnes qualités sont celles de RT (anciennement Russia Today, le France24 russe), télévision russe qui pouvait couvrir les élections en Biélorussie, au contraire de ses collègues « occidentales ».

Le silence médiatique est l’objectif de Loukachenko car moins l’opposition existera aux yeux de la communauté internationale, plus il lui sera facile de rester le seul interlocuteur légitime pour la Biélorussie. D’ailleurs, Loukachenko a donné une conférence de presse condamnant les critiques des observateurs de l’OSCE après les violences de la nuit: « En quoi ce qu’il s’est passé cette nuit à voir avec les élections ? L’élection était terminée ». Il est donc du devoir d’information des médias de dire ce qu’il se passe réellement dans ce pays.

Pour suivre les élections biélorusses sur Twitter et les derniers évènements, il faut utiliser le hashtag #electby et aller consulter le site PicFog qui a permis de centraliser toutes les photographies de la manifestation postées sur Twitter.

Voici quelques vidéos des violences policières le soir de l’élection :

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