WikiLeaks et Pologne: une confiance rompue avec les Américains

Les révélations de WikiLeaks sur le contenu de 250.000 télégrammes diplomatiques ont eu une conséquence diplomatique importante pour la Pologne: la « perte des illusions » sur les rapports entretenus avec les Américains. Cette expression employée par le Premier ministre polonais, Donald Tusk, n’est cependant que le fruit d’un éloignement progressif du pays de Chopin avec Washington. Et dire que la Pologne était considérée par certains interlocuteurs d’Europe de l’Ouest, dont le Vatican, comme « le cheval de Troie » des Etats-Unis en Europe.

La révélation des correspondances des diplomates américains au sujet de la Pologne a obligé Donald Tusk à tenir la déclaration suivante: « nous avons réellement un problème grave. Ce n’est pas un problème d’image comme dans le cas de certains Etats, ce n’est pas un problème de réputation comme c’est le cas des Etats-Unis. C’est un problème de perte des illusions en ce qui concerne le caractère des relations entre différents pays, y compris des alliés aussi proches que les Etats-Unis et la Pologne ». Les télégrammes publiés par The Guardian « jettent une lumière crue sur le caractère des relations des Etats-Unis avec la Pologne et les autres alliés ».

Ces déclarations sont le fruit d’un processus qui a placé la Pologne de la position de soutien inconditionnel des Etats-Unis à celle d’aujourd’hui, plus distanciée. En effet, dans un câble diplomatique daté de 2006, on apprend que le Vatican avait de nombreux interlocuteurs « ayant des suspicions émanant de nombreux pays d’Europe occidentale et visant à penser que la Pologne ferait le jeu des Etats-Unis. […] Le traditionnel attachement de la Pologne pour les Etats-Unis d’Amérique semble encore plus important que celui de certains membres du clergé ». Alors que s’est-il passé depuis ?

Deux évènements ont contribué à éloigner la Pologne des visées américaines. Tout d’abord, la guerre russo-géorgienne a brisé la confiance dans l’Otan des anciens « pays de l’Est » de l’Europe. Cela s’est exprimé dans un des télégrammes diplomatiques du 12 décembre 2008 par les propos rapportés du ministre des affaires étrangères polonaises. Radoslaw « Sidorski s’est plaint que l’OTAN [se soit] transformé en club politique sans dents et a prévenu que la Pologne ne pourrait ignorer la répétition du scénario géorgien en Ukraine ».

L’autre évènement fut l’élection de Barack Obama qui a clairement fait campagne sur la rupture avec les années Bush. Le ministre de la défense polonais, Bogdan Klich, déclarait aux officiels américains que « les Etats-Unis parlent plus à la Russie qu’à la Pologne ». A cette déclaration d’août 2009 s’est ajoutée l’annonce de Barack Obama en septembre de la même année, qu’il abandonnait la première mouture du bouclier antimissile censé protéger l’Europe de toute attaque, et notamment russe. Cela a matérialisé le sentiment d’abandon par les Etats-Unis des pays d’Europe centrale. Dès avril 2009, les Polonais se plaignaient que les batteries de missiles Patriot ne soient pas opérationnelles, les comparant à « des plantes sans pot ».

L’accident de l’avion présidentiel en 2010 à Katyn, en plein territoire russe, a finalement contribué à rapprocher Russes et Polonais… autant que « l’écart manifeste de compréhension » qui s’est construit au fur et à mesure entre Pologne et Etats-Unis, comme le télégraphiait l’ambassade américaine à Varsovie le 13 février 2009.

Wikileaks

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