Wikileaks : ce que pense la diplomatie américaine des dirigeants européens

250 000 télégrammes diplomatiques américains. C’est le nombre de documents composant la correspondance échangée entre le département d’Etat à Washington et ses ambassades, et qui vient d’être dévoilée par le site Wikileaks. Ces télégrammes, pour l’essentiel émis entre 2004 et 2010, donnent une bonne perception de ce que pense la diplomatie américaine des dirigeants européens… Parfois de manière clairement négative.

Après la diffusion d’une vague de documents militaires concernant la présence américaine en Afghanistan, c’est au tour de la diplomatie de Washington de voir ses documents secrets dévoilés par le site Wikileaks. Cette fois-ci, en plus du New York Times, du Monde, du Guardian, et du Spiegel, le journal espagnol El Païs s’est également penché sur ces documents pour en fournir une synthèse. Tous ces journaux ont d’ailleurs rédigé un article pour expliquer comment ils ont travaillé et pourquoi ils ont décidé de restituer au grand public des documents ayant potentiellement un impact important dans les relations diplomatiques de plusieurs pays.

Pour rappel, Wikileaks est une organisation créée en 2006 par l’Australien Julian Assange, dans le but de rendre publics sur Internet des documents officiels qui n’étaient pas destinés à le devenir. Pour ce faire, elle correspond avec des protocoles Internet différents (comme Tor) afin de garantir un total anonymat aux sources leur fournissant ces documents explosifs.

En Europe, nos dirigeants sont des empereurs nus, des mâles dominants, des fêtards …

Le dirigeant qui semble trouver le plus grâce aux yeux des diplomates américains est l’actuel Premier ministre russe, Vladimir Poutine, qui est qualifié de « mâle dominant » (« alpha-male« ). A contrario, son partenaire au pouvoir, le président Dimitri Medvedev, est lui qualifié de dirigeant « hésitant ».

A propos d’Angela Merkel, l’ambassade américaine écrit qu’ « elle craint le risque et se montre rarement créative » tout en l’estimant « tenace quand elle est en difficulté, étant méthodique, rationnelle et pragmatique ». Ce portrait en demi-teinte est cependant beaucoup plus doux que celui qui est dressé du ministre des Affaires étrangères, le chef des Libéraux du FDP, Guido Westerwelle. D’après le Spiegel, les diplomates le trouvent « incompétent, vain et anti-américain » avec une personnalité « exubérante ». La CSU bavaroise n’est pas non plus épargnée par les critiques : « il n’a pas grand chose à dire sur la politique internationale et semble ignorer des faits fondamentaux » est-il ainsi écrit à propos d’Horst Seehofer.

Au sujet de la France, les premiers documents révélés ne sont pas dénués d’intérêt. Ainsi, « les Etats-Unis ont fait part en février à la France de leurs ‘inquiétudes’ face au projet de vente de navires de guerre Mistral à la Russie, y voyant un ‘mauvais message’ envoyé à Moscou » selon un câble diplomatique américain, évoqué par l’AFP, qui fait le « compte-rendu d’un entretien entre le ministre français de la Défense Hervé Morin et son homologue américain Robert Gates à l’occasion d’une visite de ce dernier à Paris le 8 février ». Comme The Independent, le quotidien britannique Daily Mail s’amuse du fait que Sarkozy est qualifié « d’empereur nu » (« emperor without clothes ») dans un des documents, comme le rapporte également le site Arrêt sur Images.

Le journal espagnol El Pais illustre la photo de Silvio Berlusconi avec la légende suivante: « les fêtes sauvages de Berlusconi ». « Irresponsable, imbu de lui-même et inefficace en tant que dirigeant européen moderne », voilà le jugement de la diplomatie américaine à Rome. Ses « longues nuits sans sommeil » et « son penchant pour les fêtes » font qu’il « ne se repose pas suffisamment ». Il serait ainsi « physiquement et politiquement faible ». Selon un autre extrait, les Etats-Unis se sont montrés préoccupés par « les excessivement cordiales relations entre Vladimir Poutine et Silvio Berlusconi ». Les représentants américains à Rome pointe ainsi l’accord entre les groupes italien Eni et russe Gazprom sur Southstream, le gazoduc géant devant relier la Russie à l’Europe. Berlusconi « semble être le porte-parole de Poutine en Europe », qui lui aurait envoyé « des cadeaux généreux, des contrats énergétiques rentables ».

« 11 septembre de la diplomatie »

Selon les tableaux publiés sur le site de Wikileaks dimanche, le nombre de documents concernant la Belgique parmi les mémos diplomatiques des Etats-Unis serait de 852, ainsi que plus de 4 000 ayant trait à l’Otan, dont le siège se situe à Evere. Le ministre des Affaires étrangères, Steven Vanackere, a affirmé avoir décelé « peu de choses choquantes » concernant le « Plat Pays ». « J’ai l’impression que de nombreuses choses présentées comme des fuites étaient en réalité déjà connues », a-t-il déclaré sur les ondes de la VRT-Radio. Il fait ici référence au traitement de la position du gouvernement belge sur l’accueil des détenus du camp de Guantanamo: « une manière bon marché pour la Belgique de prendre de l’importance en Europe ».

734 câbles diplomatiques émis par l’ambassade américaine en Hongrie ont aussi été dévoilés. Ils ne sont pas encore consultables en ligne, mais devraient l’être dans quelques jours. Quatre télégrammes concernant les activités diplomatiques américaines en Hongrie sont qualifiés de « Top secret ».

Des sources diplomatiques italiennes parlent de « 11 septembre de la diplomatie ». Le ministre des Affaires étrangères belge a quant à lui trouvé « inquiétant » qu’il soit demandé aux diplomates américains de jouer les « espions » avec leurs collègues, notamment à l’ONU. De son côté, le porte-parole du gouvernement français, François Baroin, a déclaré sur Europe 1 lundi matin que s’il y avait un tel site en France qui révélait des secrets d’Etat, « il faudrait être intraitable », le « poursuivre ». « Moi j’ai toujours pensé qu’une société transparente, c’était une société totalitaire » explique-t-il. « La protection des Etats, c’est quelque chose de sérieux, c’est la protection des hommes, des femmes, des citoyens ». Il faut dire que la diplomatie française voit révélé le fait que le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Jean-David Levitte, explique clairement à son homologue américain que « le régime iranien actuel est effectivement un Etat fasciste ». De quoi tendre une situation déjà complexe avec les dirigeants iraniens.

Depuis les révélations lancées par les différents quotidiens et le site Wikileaks, la plupart des commentateurs se délectent des qualificatifs employés pour décrire les différents dirigeants du monde. Cependant, tous s’accordent à dire qu’ils n’apprennent pas grand chose de nouveau sur ce qui se sait déjà. Sur Europe 1, c’est finalement l’eurodéputé Daniel Cohn-Bendit qui a le mieux résumé cette affaire d’Etat : « Les secrets? Quels secrets? On est un peu hypocrites. On sait que la réalité diplomatique n’est pas toujours aussi belle que la réalité dite. Il n’y a aucune révélation. La révélation c’est : ce qu’on supposait, eh bien, c’est vrai. Moi, je suis un peu voyeur, je l’avoue » a-t-il ainsi justifié le fait qu’il allait lire tous les articles sur le sujet.

1 Commentaire

  1. La méthode est sans doute repréhensible mais quel soulagement d’entendre tout haut ce que les hautes sphères pensent tout bas ! Quelle misère de ces hommmes politiques comme si les électeurs étaient irrémédiablement imbéciles !

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