Google Street View et l’enjeu du contrôle de ses données personnelles sur le web

L’Allemagne devrait être l’unique pays où Google Street View floutera sur demande des maisons pour protéger la vie privée des citoyens y vivant. Cette décision montre à quel point la question des données des individus sur le web est devenue un vrai enjeu de société.

En ce qui concerne l’Allemagne, Google va être obligé de flouter certaines des photos produites par son outil « Google Street View ». Cet outil permet aux internautes de se balader virtuellement à travers les rues grâce à des dizaines de clichés pris de manière à ce que l’utilisateur puisse avoir une vue panoramique de l’endroit qu’il regarde. Une très forte polémique en Allemagne va contraindre le leader mondial des recherches sur internet à flouter automatiquement certains clichés si un citoyen allemand le demande.

Les chiffres annoncés dans la presse sont contradictoires: le Süddeutesche Zeitung annonce que 200.000 bâtiments vont ainsi être floutés par Google, mais le porte-parole de Google parle de moins de 100.000 bâtiments concernés. Quoiqu’il en soit, le Gouvernement fédéral a proposé pour éviter des dérives sur la vie privée le téléchargement sur son site officiel d’un formulaire type. Le citoyen allemand n’a plus qu’à le renvoyer rempli à Google pour empêcher la publication de la photographie de sa maison.

Il n’est pas anodin que cette polémique se soit déclenchée dans un pays qui garde de très mauvais souvenirs de régimes politiques contrôlant et fichant tous ses citoyens.

De son côté, la Commissaire européenne Viviane Reding a déclaré au quotidien allemand Bild que « tout citoyen détient en vertu du droit européen un droit de recours contre Google Street View. Je pense que Google doit respecter les règles européennes sur la protection des données n’importe où en Europe ». (source: EuObserver)


Société de la transparence contre vie privée

Cette polémique illustre à quel point l’arrivée des nouvelles technologies ouvre de nouvelles questions éthiques. A l’heure où la géolocalisation est annoncée comme la nouvelle étape du Web, la polémique soulevée en Allemagne montre qu’elle n’est pas évidente pour tout le monde.

Il y a en apparence une certaine contradiction à vouloir vivre caché alors que nous évoluons de plus en plus dans une société de la transparence. Avec Facebook, Twitter et d’autres services de rencontres, nous sommes de plus en plus connus par nos interlocuteurs. Par une simple recherche sur internet, ils sont capables de savoir une part importante de notre vie ; en tous les cas, celle que nous avons bien voulu afficher.

Après plusieurs années d’essais, les mauvais côtés du tout transparent sont entrain d’apparaître. Notamment parce que nous retrouvons le besoin de ne pas tout dire de la même manière à tous nos interlocuteurs. Nos collègues de bureaux ou nos camarades au lycée n’ont pas forcément à savoir nos états d’âme. De plus, les traces laissées sur internet ne reflètent pas forcément ce que nous devenons quelques années après. Pourtant, un diktat de la transparence semble de plus en plus s’imposer aux personnalités publiques, notamment politiques et people. Il est clairement nécessaire d’établir des limites.

Dans le même temps, on voit à quel point les facilités pour s’exprimer sur internet peuvent être sources de liberté pour les populations qui vivent dans des dictatures. Celles-ci contrôlent le plus possible le web. En Iran, le flux sur le réseau est très limité au moment des manifestations pour empêcher les opposants de diffuser via Twitter ou Youtube des vidéos des violences perpétrées par les Bassidjis sur les manifestants pacifiques. En Biélorussie, le contrôle du net est un enjeu important pour le président Loukachenko : un décret de début 2010 oblige tout internaute à s’enregistrer et s’identifier, dès lors qu’il procède à la publication d’un contenu. Une mesure qui s’applique jusque dans les cybercafés…

Un juste milieu doit être trouvé. Existera-t-il un modèle européen où un juste milieu sera trouvé entre liberté de publication et contrôle des données individuelles que nous souhaitons voir publier ?

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