FME : l’idée qui divise les Européens

Le Conseil européen de printemps, qui aura lieu demain et après-demain à Bruxelles, devrait se concentrer en grande partie sur la question de l’aide à la Grèce, et donc sur celle de la gouvernance économique de la zone euro. Au cœur de ces enjeux, la création d’un Fonds monétaire européen (FME), voulu par certains, fui par d’autres. Entre puissances économiques et États en difficulté financière, qui sont les « pour » qui sont les « contre » ? Deux camps aux frontières encore bien floues à la veille d’une rencontre tant attendue.

Car si la Grèce est au centre de toutes les attentions depuis déjà plusieurs semaines, les 27 semblent avoir bien du mal à s’engager politiquement en faveur d’une aide financière en sa faveur.

Souvenez-vous en effet de la dernière réunion de l’Eurogroupe, les 16 et 17 mars : les membres de la zone euro avaient tenu la presse européenne en alerte en envoyant des signes contraires. Le week-end précédant la rencontre, tout semblait indiquer qu’un accord sur une aide financière à la Grèce serait conclu le lundi soir. Mais dans la journée, les déclarations d’un porte-parole du gouvernement allemand étaient plus que claires : l’Allemagne n’accepterait jamais de soutenir la Grèce.

L’Eurogroupe s’est finalement conclu sur un accord de principe des États sur une aide en forme de prêts, même si les modalités n’ont pas été communiquées. Mais quelques jours plus tard Angela Merkel relançait le débat en déclarant que la zone devrait pouvoir exclure un de ses membres lorsque ce dernier ne satisfait pas aux exigences du Pacte de stabilité. Une menace sans destinataire déclaré mais ouvertement dirigée contre Athènes.

Le débat sur la création d’un Fonds monétaire européen semble tout aussi flou. Bien entendu, le FME a ses fervents supporters. Il a également ses détracteurs. Mais une bonne partie des Etats semble plutôt opter pour le « oui, mais ». S’ils acceptent sur le principe qu’un FME serait utile à l’Europe, ils considèrent qu’il n’y a aucune urgence, et que ce n’est pas plus de gouvernance économique qui sortira la Grèce, et la zone euro par ricochet, de la crise dans laquelle elle se trouve.

Alors qui soutient le FME ? Qui n’en veut absolument pas ? Dans le clan des « pour » on retrouve bien entendu le ministre allemand des Finances Wolfgang Schaüble, à l’origine du projet il y a plus de dix ans et qui l’a proposé de nouveau lorsqu’a éclaté la crise grecque. Cependant le gouvernement allemand subordonne l’octroi de toute aide à des conditions strictes.

Au sein du Parlement européen, certains députés soutiennent sans condition la création d’un FME. C’est le cas de la députée socialiste Pervenche Berès, qui considère même que l’Europe a déjà pris beaucoup de retard dans la mise en place d’un gouvernement économique nécessaire, mais également de la Grecque Rodi Kratsa-Tsagaropoulou (PPE) pour qui « le Fonds monétaire européen ne serait pas une nouvelle institution monétaire mais un mécanisme de soutien, encadrés par des règles strictes ».

Mais le FME doit faire face également à certains opposants de taille comme l’Allemand Jürgen Stark de la Banque centrale européenne, qui compte parmi les pères fondateurs du Pacte de stabilité et qui, s’exprimant en son nom propre et non en celui de son employeur, a estimé qu’un tel mécanisme serait incompatible avec les fondements de l’Union monétaire européenne. Son compatriote Axel Weber, le patron de la Bundesbank, s’est pour sa part reposé sur les traités qui empêchent l’Union ou tout autre membre de la zone euro de venir en aide à un autre Etat membre en difficulté.

Parmi les sceptiques également, le Président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet qui considère que l’Europe devrait se contenter des mécanismes dont elle dispose déjà, même s’il reconnaît que l’idée mérite d’être creusée. Devant les eurodéputés de la commission des Affaires économiques et monétaires le 23 mars dernier, Dominique Strauss-Kahn, Président du FMI, s’est fendu d’un « je serais heureux de commenter [cette idée] si je savais de quoi il s’agit », qui n’est pas passé inaperçu. Ironique DSK ?

La position de la France n’est pas aussi tranchée. Ainsi la presse française relevait le fait que Christine Lagarde ne juge pas prioritaire la création du FME. Cependant aucune opposition de principe n’a été formulée par un représentant français. La France se situe donc dans le très large groupe des indécis, ou plutôt de ceux qui, favorables au principe d’un FME, émettent quelques doutes notamment quant à l’efficacité d’une tel mécanisme pour régler le problème grec.

On retrouve dans ce groupe bon nombre de personnalités majeures sur la scène économique européenne à l’image du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui s’est dit en faveur de la création d’un Fonds monétaire européen sans y voir la solution miracle dans le cas de la Grèce.
L’eurodéputé Pascal Canfin a quant à lui expliqué que son groupe, les Verts européens, soutenait l’initiative, mais que le FME « ne serait pas la solution à d’autres crises mais plutôt un mécanisme de prévention, soutenant les politiques de réforme des États membres voulant s’attaquer aux racines structurales des crises ».

Le Conseil de printemps pourrait permettre d’avancer sur ce dossier. Mais derrière le FME, c’est toute la question d’un gouvernement économique, et donc d’un certain interventionnisme dans les économies nationales des États membres, qui est posée. Un sujet ô combien épineux qui ne devrait pas être réglé en deux jours.

[Fonds monétaire européen : pour ou contre ? – Parlement européen]

2 commentaires

  1. A l’instar de DSK, je m’interroge d’abord sur la définition d’un éventuel FME,et quid de son articulation avec le FMI ? Mais en tous cas une gouvernance économique européenne plus structurée s’impose.

  2. ca y est l’espagne demande officielement 280 milliards d’euro au fmi pour soutenir son économie

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