‘Lavette’, un mot euro-politiquement incorrect ?

Un eurodéputé peut-il insulter le Président du Conseil européen ? Quelle est la limite entre critique et insulte ? Certains mots sont-ils politiquement incorrects ? C’est le débat que semble avoir lancé cette semaine le député britannique eurosceptique Nigel Farage, en déclarant à l’attention d’Herman Van Rompuy : « vous avez le charisme d’une lavette et l’apparence d’un petit employé de banque ». Un comportement que n’ont pas apprécié ses collègues de l’hémicycle et encore moins le Président Jerzy Buzek.

Mais Nigel Farage, lui, se défend de toute insulte à l’encontre du Président du Conseil. Il estime en effet qu’il s’agit « de politique, et non d’un jeu ». Faut-il en déduire qu’en politique tous les coups sont permis ?

Les propos du leader d’UKIP, le parti nationaliste britannique, ont provoqué l’esclandre non seulement dans le milieu européen mais également au sein du gouvernement belge, puisqu’il a également affirmé que la Belgique était un « non-pays ». Au-delà donc de l’attaque personnelle à l’encontre de l’ancien Premier ministre belge, c’est donc tout un peuple qui s’est senti insulté.

Jerzy Buzek, lui, ne prend pas non plus l’affaire à la rigolade. Il aurait convoqué Nigel Farage, ce qui semble faire bien rire les membres d’UKIP, qui comparent le Président du Parlement à un « proviseur » de collège. Alors deux heures de colle et on n’en parle plus ?

Au-delà de l’épisode isolé que représente pour le moment ce genre de comportements, c’est tout le code de conduite des eurodéputés qui est mis sur le tapis.

Si le règlement intérieur du Parlement européen prévoit en effet quelques règles de conduite des députés en séance plénière, il prévoit seulement que « le comportement des députés est inspiré par le respect mutuel (…) et ne doit pas compromettre le bon déroulement des travaux parlementaires ni la tranquillité dans l’ensemble des bâtiments du Parlement ». Une disposition qui laisse donc place à de nombreuses interprétations.

Un comportement tel que celui de Nigel Farage pose donc la question de l’interdiction d’un certain vocabulaire dans l’hémicycle. De tels propos sont en effet très forts, car ils visent personnellement Herman Van Rompuy. Mais il en faut en général plus aux Français pour s’émouvoir. Daniel Cohn-Bendit n’a-t-il pas lancé un « ta gueule Martin » à M. Schulz il y a peu ? N’avait-il pas lancé un « c’est minable d’aller à l’ouverture des Jo de Pékin » à Nicolas Sarkozy lors de sa visite au Parlement en juillet 2008 ?

L’Assemblée nationale est d’ailleurs elle-même souvent le théâtre d’échanges ‘colorés’ et pendant lesquels fusent quelques noms d’oiseaux. Mais la coutume française d’échanges très musclés entre politiques ne doit pas être prise pour une référence européenne. Ainsi, d’autres pays sont beaucoup plus stricts, tels l’Irlande qui prévoit une liste de mots interdits au sein du Dáil, la Chambre basse du Parlement : on y retrouve notamment ‘bouffon’, ‘lâche’, ‘fasciste’, ‘voyou’ ou encore … ‘communiste’ !

Dès lors, que la Belgique demande des excuses à M. Farage peut se comprendre. La France n’a-t-elle pas demandé à Guy Verhofstadt de s’excuser publiquement pour avoir commenté le débat sur l’identité nationale en considérant qu’il y a « quelque chose de pourri en France » ?

Mais pour la première fois, c’est le Président du Parlement lui-même qui pourrait sanctionner un député pour injure. Reste à savoir si la sanction, pour autant qu’elle advienne, fera jurisprudence.

6 commentaires

  1. Comment-voulez-vous qun’représentant du peuple qui est un mauvais exemple de respect des autres soit un bon représentant!
    Pour ma part une mise à pieds est indispesable.

  2. Je trouve normal que dans le Parlement, il y ait un vocabulaire spécifique (et donc plus poli que le langage de Farage). Farage ne se montre pas comme un homme politique avec son comportement paysanier. Le respect mutuel, il est où? Comme le slogan de Belgique dit: “L’union fait la force’, ceci devrait aussi être la devise de l’Europe.

  3. Qu’un représentant de l’extrême-droite ait des débordements de langage n’est guère surprenant. Ce qui m’étonne c’est en quoi le fait que ce président du Conseil soit faible (on ne peut guère le contester en l’espèce) dérange un ultra-nationaliste. Au contraire, il devrait s’en réjouir.

  4. Avec des ennemis comme Farage qui a besoin d’ennemis. Ses propos sont tellement caricaturaux qu’il servent efficacement la cause europeenne.
    Je partage les vue de Valery : Farage est ici en pleine contradiction, mais il y a une contradiction encore plus flagrante au sein de son groupe : voila un parti, UKIP qui pretend defendre l’independance du pays sans jamais parler de sa dependance vis a vis des Etats Unis. Que dirait par exemple UKIP s’ il y avait ne serait ce qu’une seule base militaire non americaines sur le territoire britannique?

  5. Monsieur l’euro-député,  » pour monter au cocotier des insultes, il faut avoir le cul propre « . (proverbe africain).

  6. Et oui en « politique » tous les coups sont permis ! se poser la question relève de la naîveté.

    Pour le reste « lavette » n’est pas un terme insultant … du moins dans le dictionnaire.
    Encore moins celui « d’employé de banque » sauf à desormais insulter ceux qui dans cette profession relève de cette qualification. (Merci pour eux)

    Tous cela releve d’un constat féroce très britanique pour une fois sans humour ! qui ne mériterait que silence … car il y a en ce moment d’autre sujet plus important pour l’avenir de l’Europe.

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