Qui veut la peau de Lady Ashton ?

La Britannique Catherine Ashton serait-elle dans le viseur du Parlement européen ? Les dernières déclarations des eurodéputés ne sont en tout cas pas tendres avec celle qui occupe le nouveau poste de Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la sécurité commune. Et ce ne sont pas les premières.

Ce qu’ils lui reprochent ? Son incompétence, rien de moins, sur les principaux dossiers dont elle a la charge, mais également son absence sur le terrain, notamment au moment du sésime en Haïti. Et cette hostilité ne date pas d’hier.

Déjà en 2008 sa nomination au poste de commissaire au Commerce extérieur, en remplacement de Peter Mandelson, en avait surpris plus d’un. Pourtant, la baronne avait rapidement fait ses preuves et réussi à débloquer un dossier sensible irrésolu par ses prédécesseurs : les relations commerciales avec la Corée du Sud.

Mais dès sa nomination le 19 novembre dernier, on évoque à nouveau l’erreur de casting. Catherine Ashton semble de plus avoir été la première surprise par cette nomination. La preuve ? Elle n’avait pas préparé de discours …

Alors comment s’est-elle retrouvée avec l’un des plus importants portefeuilles européens ? Tout simplement en application de ces règles quasi-arithmétiques qui définissent la nomination des trois postes importants de l’Union (le Président du Conseil, le Président de la Commission européenne et le Haut-Représentant), qui ‘exigeait’ une femme du Nord de l’Europe et de gauche. Mais également grâce (à cause ?) du retrait de David Miliband.

A en croire les eurodéputés qui la fustigent, elle collectionne les tares : elle ne parle que l’anglais, elle n’a pas les compétences requises (notamment sur des dossiers très ‘chauds’ comme l’Irak et l’Afghanistan) pour parler de l’Europe, et elle passe plus de temps à Londres qu’à Bruxelles où elle est censée habiter depuis plusieurs années.

C’est d’ailleurs son absence en Haïti qui a créé un tollé au sein de l’Hémicycle. L’eurodéputée Sylvie Goulard lui a ainsi demandé si elle avait ‘du cœur’. Pour le Vert Daniel Cohn-Bendit, Mme Ashton a ‘failli à sa mission’ et ‘n’a pas pris la mesure de l’événement’.

Ce que regrettent amèrement les députés, c’est que Madame Ashton a préféré rentrer à Londres ce week-end de fin janvier plutôt que de se rendre en Haïti, alors qu’Hillary Clinton y était. Beaucoup, à l’image de Michèle Striffler, ont dénoncé le manque de visibilité de l’aide européenne, pourtant massive.

La baronne s’est défendue vivement en rétorquant qu’elle n’était ‘ni médecin ni pompier’ et qu’elle avait préféré gérer depuis Bruxelles la coordination de l’aide en Haïti plutôt que de s’y rendre pour rien. Petite maladresse… elle n’était pas à Bruxelles. 

Dernière attaque en date, et non des moindres, celle du Président du Parti populaire européen, Joseph Daul qui, le 9 février dernier, a lancé « De Haïti à l’Iran, de l’Afghanistan au Yémen, de Cuba aux relations transatlantiques qui nous tiennent à coeur, la voix européenne n’a pas été, à ce stade, à la hauteur de nos espérances ».

Jugement objectif ou camouflet purement politique ? Difficile de ne pas être tenté de lier cette attaque envers la socialiste britannique au soutien très (trop) léger accordé par les eurodéputés de l’opposition à José Manuel Barroso pendant cette même session.

Ce qui semble certain, c’est que Catherine Ashton est là pour 5 ans. Espérons que les députés sauront faire avec.

4 commentaires

  1. S’il n’y avait que les eurodéputés contre elle… mais la communauté bloggueuse aussi, et les médias ne vont pas dans le sens contraire non plus ;-)

  2. La réglementation particulière imposé aux Haïtiens à l’entrée des départements d’outre-mer français.
    Alors que la France se gargarise de grands principes et de « continuité territoriale », le visa d’entrée en France pour un Haïtien n’est valable ni en Guadeloupe ni en Martinique, ni en Guyane. Un second visa doit être accordé par le préfet de ces départements, qui agit dès lors comme pouvait agir le gouverneur d’une colonie au temps de l’esclavage. Ces mesures résultent de la hantise de la France esclavagiste de voir ses colonies contaminées par le virus de la liberté dont le germe s’était développé en Haïti.

  3. La question n’est-elle pas : saura-t-elle investir la fonction qui est désormais la sienne ? Les députés européens ont quelques raisons d’en douter… et nous avec !

    Il me semble également, mais peut-être me trompé-je, que comme commissaire, si elle a réussi à débloquer un ou deux dossiers, elle n’a pas donné l’impression de connaître à fond son job !

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