Obamaclaque

Barack Obama ne viendra pas en Europe au printemps, comme prévu initialement. Difficile ce matin de passer à côté de la nouvelle qui fait la Une, si ce n’est de la presse internationale, du moins de la presse européenne. Le sommet UE-Etats-Unis qui devait être l’un des grands moments de la Présidence espagnole du Conseil de l’UE, accueillera donc un autre représentant du « Géant » américain.

Un camouflet non déguisé pour José Manuel Zapatero, qui aurait selon El Mundo ‘le coeur brisé’, mais aussi popur l’Union européenne  toute entière envers qui le Président américain ne cache désormais plus son désintérêt. Et pour ne rien arranger, Barack Obama ne se serait même pas fendu d’un mot d’excuse, ne cherchant aucun alibi pour expliquer sa décision.

Mais comment expliquer cette réaction, ce camouflet tel que n’en a encore jamais vécu le Vieux Continent de la part d’un partenaire aussi important ? Bernard Guetta creusait la question ce matin sur France Inter et nous offrait quelques pistes.

Tout d’abord, le célèbre chroniqueur rappelle que Barack Obama, contrairement à ses prédécesseurs, n’a pas connu la Seconde Guerre mondiale, et n’a donc pas cet attachement ‘historique’ à l’Europe. Finie la Guerre Froide : désormais les Etats-Unis veulent se réconcilier avec la Russie, et ils ont bien compris que le partenaire économique et commercial de demain est l’Asie, et non l’Europe. 

Ensuite, l’Union européenne n’a pas su montrer aux Etats-Unis sa puissance collective. Et Barack Obama l’a bien compris, lui qui rend visite individuellement à Angela Merkel en pleine campagne électorale, à Nicolas Sarkozy ou encore à Gordon Brown depuis son élection, mais refuse l’invitation des 27 au Sommet du printemps. A Copenhague, c’est d’ailleurs avec l’Inde que le président américain a négocié, constatant l’hétérogénéité des positions des Etats membres venus en ordre dispersé.

Et il semble bien que ce soit la position de l’Union européenne sur la scène internationale qui soit ici remise en cause. Au-delà de l’affront fait aux dirigeants européens, que retiendra-t-on de toute cette aventure ? Que Barack Obama aurait pu s’excuser ? Que cela ‘ne se fait pas’ ? Sûrement pas. Mais plutôt que les Etats-Unis ne considèrent pas l’Union européenne comme un partenaire privilégié, important, aux invitations duquel on s’empresse de répondre.

L’Union européenne voulait être chef de file pour les négociations sur le climat ? Copenhague aura montré qu’elle n’a pas les moyens de ses ambitions. Et pour cause : loin d’être fédéraliste, l’Europe est encore et toujours un rassemblement d’Etats souverains qui défendent leurs intérêts, s’opposent parfois, souvent même, et donnent à voir une Union européenne de moins en moins unie.

Pourtant, le traité de Lisbonne, en conférant à l’Union la personnalité juridique, devrait concrétiser cette unité et rendre l’Europe plus forte sur la scène internationale. Reste à savoir si les Etats profiteront de cette opportunité ou continueront de défendre leur pré carré, leur chapelle, leur pouvoir souverain.

Peut-être alors M. Obama remplacera-t-il dans son Iphone les numéros de Messieurs Sarkozy, Brown, Zapatero, Berlusconi et de Madame Merkel par un seul et unique numéro : celui de M. Van Rompuy.

En attendant, l’Obamaclaque pourrait bien faire baisser violemment la cote du président américain préféré des Européens.

2 commentaires

  1. Son Iphone ou son BlackB ? ;)

    Et remplacera-t-il ces numéros par celui de M. Van Rompuy ou par ceux de Mrs Medvedev, Poutine, Jintao, Jinping et Jiabao ?

    SF

  2. Application pure et simple du principe de réalité,
    … aujourd’hui démographique, demain économique.
    A jouer chacun dans son coin
    les vingt sept sont mis sans plus d’égard … « au piquet »

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