Berlusconi perd encore une bonne occasion de se taire

Des dents toutes neuves, de nouveaux cheveux aussi, si l’on en croit le quotidien espagnol ABC, mais les discours de Silvio Berlusconi, eux, ne changent pas. Le Premier ministre italien a de nouveau choqué hier en liant immigration et criminalité.

« Une réduction du nombre d’extracommunautaires en Italie signifie moins de forces qui vont grossir les rangs des criminels ». C’est ce qu’a estimé Sivlio Berlusconi hier soir à l’issue du Conseil des ministres extraordinaire réuni à Reggio de Calabre sur le thème de la lutte contre la mafia.

Le lieu de la rencontre n’était pas choisi au hasard puisque la Calabre est l’une des régions italiennes les plus touchées par la criminalité mafieuse. De violents affrontements racistes entre Italiens et immigrés ont de plus secoué la région en début d’année.

En effet, début janvier 2010, les habitants de la petite ville de Rosarno s’en sont pris au millier de travailleurs clandestins employés pour la saison pour un salaire misérable. L’objet du conflit ? La population locale qui exploite ces travailleurs considèrent que ces derniers, qui sont nombreux à venir ramasser chaque année les agrumes dans la plaine de Gioia Tauro, devraient avoir la délicatesse de rentrer chez eux une fois le travail accompli.

Pis, les Italiens en sont même venus à dénoncer un travail clandestin qui ‘volerait’ les emplois des locaux. Or, les affrontements, au-delà de leur caractère raciste, ont mis en lumière tout un système d’exploitation des travailleurs sans-papier, proche de l’esclavagisme.

A l’époque, l’événement n’avait pas semblé émouvoir la classe politique. Aucune réaction du côté de la Présidence du Conseil, et il a fallu attendre plusieurs jours pour que le Président de la République Giorgio Napolitano s’exprime timidement sur le sujet.

Mais il semble depuis hier soir qu’Il Cavaliere ait une nouvelle fois trouvé le moyen de sauver l’Italie ! Venu en Calabre pour mener à bien « la lutte du bien contre le mal », selon ses propres mots, Silvio Berlusconi semble avoir trouvé la solution miracle pour mettre fin à la criminalité en Italie : stopper l’immigration.

Faire porter le chapeau de l’insécurité aux étrangers n’est certes pas nouveau, et l’Italie est loin de faire figure d’exception en Europe sur ce point. Mais en faire son cheval de bataille pourrait finir par déranger les autres partenaires européens.

Le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) et le Parti démocrate italien ont condamné ces propos, à l’image de l’une de ces députées Livia Turco qui a dénoncé « une véritable incitation au racisme » et des déclarations « totalement infondées car les immigrés qui vivent dans ce pays sont nécessaires pour notre économie”.

Il est évident que les positions de Berlusconi, alors qu’il est censé s’attaquer à « La Pieuvre », qui elle est italienne de souche, ne se fondent sur aucune statistique ou étude scientifique solide. Mais elles s’inscrivent dans une politique d’immigration très fermée, à l’image de l’interdiction de la burqa qui pourrait être rapidement votée en Italie.

Rien ne semble arrêter Il Cavaliere.

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