A400M : la saga continue

Il a volé le premier. A 10h16 vendredi dernier, l’avion de transport militaire européen, l’A400M, s’est envolé pour son tout premier vol d’essai, Airbus prenant de vitesse son grand rival Boeing qui a annoncé que son Dreamliner pourrait décoller à partir du 15 décembre de Seattle (Etats-Unis). Point commun entre ces deux engins aériens, des retards à répétition et des factures qui s’alourdissent mois après mois. Retours de la Toile européenne et de la blogosphère « Défense » après le baptême du futur fleuron de la flotte aérienne européenne.

Commençons avec le blog de Nicolas Gros-Verheyde, Bruxelles 2. Le spécialiste des questions européennes de défense et de sécurité revient sur l’importance de ce vol pour l’industrie européenne. « Après des années noires et, en pleine renégociation du contrat, avec ses commanditaires, Airbus Military respire un peu. Certes tout reste à faire. Et ce sera encore long avant d’arriver aux premières livraisons (…) Mais pour la première fois depuis plusieurs mois, il y a une bulle d’air au-dessus de l’A400M » explique M. Gros-Verheyde.

Les 7 armées européennes devront donc patienter. On parle de 2012, 2013 pour les premières livraisons aux armées de l’air  française et britannique, l’Allemagne ne recevant ses premiers cargos que vers 2016. Certains pays commencent toutefois à s’impatienter. C’est le cas du Royaume-Uni qui est confronté, qui plus est, à une grave crise budgétaire.

Les surcoûts du programme ne devraient pas rassurer Londres. Dominique Merchet sur Secret Défense ne manque pas de rappeler le gouffre financier que constitue le développement de l’A400M. « L’avion a décollé, mais son prix, lui, s’envole. (…) On parle aujourd’hui de plus de 27 milliards d’euros pour 180 appareils, alors que le contrat initial était de 20 milliards. Soit un tiers plus cher. Cela met le prix unitaire de l’avion à environ 150 millions d’euros ! » souligne le journaliste de Libé.

Ces dérapages financiers ont des conséquences négatives pour l’avionneur européen. Ainsi que le rappelle Jean Quatremer sur Coulisses de Bruxelles, ces écarts ont déjà « conduit l’Italie (16 exemplaires) et l’Afrique du sud (8) à renoncer à leur participation au programme (le Portugal, alors dirigé par José Manuel Durao Barroso s’est retiré dès 2003) ». Mais l’importance stratégique de l’A400M devrait finalement l’emporter sur les velléités de retrait.

Auditionné le 1er décembre dernier par la Chambre des Communes, un général Britannique a bien résumé la situation : « Oui l’Airbus A400M est toujours nécessaire. Oui il est irremplaçable. Non il ne faut pas rééquilibrer le programme d’achat. Mais oui la prochaine fois, on ne fera pas comme ça, avec autant de partenaires » peut-on lire sur Bruxelles 2. L’A400M est en effet un avion précieux qui a le grand mérite de remplir un vide du marché, analyse M. Gros-Verheyde.

« Désormais, l’A400M s’engage dans une longue campagne d’essais en vol qui sera effectuée avec les trois premiers avions de série » conclut Jean Guisnel sur Défense Ouverte. Près de 3.700 heures de vol d’essais sont prévues précise Jean-Marc Tanguy sur le Mammouth. D’ici là, il faut espérer que les Etats et les industriels auront trouvé un terrain d’entente pour le financement du programme. Le président d’EADS, Louis Gallois, est optimiste. : « Nous avons remis l’avion sur les rails sur le plan technique. Il faut le remettre sur les rails sur le plan contractuel. Tout le monde le souhaite. Je suis raisonnablement optimiste de trouver un accord avant fin 2009, début 2010 », a ajouté le patron d’EADS.

Finissons sur une note positive. Comme le rappelle Jean Quatremer, « alors que les premiers satellites du système de géolocalisation européen Galileo vont être commandés sous peu, l’Europe industrielle montre une fois de plus qu’elle peut surmonter toutes les difficultés à condition que la volonté politique des États soit au rendez-vous ». Mais cela a un prix.

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