Crunch !

France – Angleterre. C’est un grand classique des 6 Nations, le tournoi de rugby qui chaque année  voit s’affronter les équipes européennes de l’Ovalie. Caviar de l’hémisphère nord, le Crunch s’inscrit dans la rivalité séculaire entre Français et Britanniques. Les équipes s’en donnent à coeur joie sur le terrain et déploient les ruses les plus sournoises pour faire trébucher l’adversaire sur les pelouses de Twickenham ou du Stade de France.

Las d’attendre le premier match du Tournoi, les deux pays ont trouvé un nouveau terrain de jeu ces derniers jours à Bruxelles. La constitution du nouveau collège de commissaires de la Commission européenne a en effet été le théâtre d’un règlement de compte en bonne et due forme entre Paris et Londres.

Censée défendre et promouvoir l’intérêt général de l’Union, la Commission est devenue un lieu essentiel dans la mécanique communautaire pour qui veut faire passer ses idées. Chaque Etat lorgne les postes sensibles et s’efforce de planter insidieusement son drapeau aux endroits clés du Berlaymont, le bâtiment amiral de l’exécutif européen.

La nomination du Français Michel Barnier au poste de commissaire en charge du Marché Intérieur et des Services Financiers a ainsi été vue par la presse britannique comme une « French Victory » dans la bataille de la régulation financière. Colbert pourra désormais s’occuper de la City… Pour les commentateurs d’outre-Manche, Downing street est même tombée dans un piège français. En obtenant que le poste de Haut Représentant pour la Politique étrangère soit attribué à une Britannique, le Premier ministre Gordon Brown a délaissé les portefeuilles stratégiques de la Commission : marché intérieur, concurrence et affaires économiques et financières. Résultat, Paris a pu exercé une pression maximale sur Barroso et obtenir à l’arraché le prestigieux maroquin économique.

La lutte d’influence entre les idées régulatrices du continent et le laissez-faire de la City s’est également jouée dans les directions de l’administration européenne. A ce jeu peu démocratique, Londres peut se consoler de voir un Britannique, Jonathan Fall, devenir le directeur général du marché intérieur. Un haut fonctionnaire d’Albion pour cornaquer l’ancien ministre de la République.

Qui a gagné le match finalement ? La presse européenne a tranché en donnant un net avantage à la France qui a su placer ses hommes d’une main de maître. Ainsi, le secrétaire général du Conseil est un redoutable et très respecté diplomate français, Pierre de Boissieu. Il gardera un œil sur Catherine Ashton, la nouvelle Haute représentante. Le commissaire roumain à l’agriculture, Dacian Ciolos, est francophone et francophile. Enfin certaines directions générales de la Commission sont sous surveillance avec des Français à leur tête (Agriculture, Emploi…).

Les fonctions attribuées, cette séquence politique montre une chose : la Commission est devenue, au grand dam de l’esprit communautaire, un nouvel espace de confrontation où chaque poste sensible fait l’objet d’un lobbying intense des Etats. Certes, cette institution supranationale maintient sa spécificité collégiale qui interdit les stratégies nationales. Mais dans la bataille des idées, les partisans de la régulation ont pris une longueur d’avance sur les tenants du libre marché. Le précédent Commissaire au marché intérieur, Charlie Mc Creevy, n’avait-il pas prôné pendant la tempête financière la non intervention des pouvoirs publics ? Avec Michel Barnier aux commandes, ce temps est révolu.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *