Personal Democracy Forum : comment les nouvelles technologies réinventent la politique et la démocratie

La première édition européenne du Personal Democracy Forum s’est tenue vendredi et samedi dernier à Barcelone. Le PDF, pour reprendre la définition de meilcour, c’est le « rassemblement, prospectif et messianique, des passionnés et praticiens de la technologie et de la politique. Activistes, blogueurs fous, campaign managers, consultants… », tout ce petit monde était réuni dans la Torre Agbar pour discuter de l’Europe à l’heure du Web 2.0. Retour sur les « keywords » du #pdfeu.

Auto-organisation : une des tendances de fond du Personal Democracy Forum, indéniablement. Les citoyens s’organisent eux-mêmes sur le web, à l’image de Meet Up – un réseau mondial de groupes locaux – qui comptabilise près de 30 000 groupes à ce jour. L’objectif de ce nouvel espace démocratique et électronique est que les citoyens échangent entre eux, réalisent des projets ensemble ou reviennent sur leurs expériences dans quelque domaine que ce soit. L’exemple du Meetup « Bay Area Friends of Europe » est parlant. Plus de 2000 personnes « peuplent » ce groupe et se retrouvent tous les 15 jours à San Francisco pour discuter autour d’un verre entre Européens et Europhiles. De l’autre côté de l’Atlantique.

Le continent européen sera connecté … en anglais : c’est la conclusion de Jérémie Zimmermann, co-fondateur de La Quadrature du Net. Vétéran des combats menés au Parlement européen pour la neutralité du Net, ce Français n’hésite pas un instant lorsqu’on lui pose la question. La langue de Shakespeare est devenue la Lingua franca à Bruxelles. Point barre. Les institutions ont d’ailleurs déjà validé cette option. Exceptés le Parlement européen et la Cour de Justice (le Français restant la langue de travail mais pour combien de temps encore ?), le mouvement est enclenché. Les 500 millions de citoyens européens devront suivre…

Transparence : leitmotiv américain, les Européens se mettent à leur tour à réclamer de la transparence, toujours plus de transparence. On notera ainsi cette initiative sur la transparence des aides allouées dans le cadre de la Politique agricole commune. On retrouve ici l’influence de la Sunlight Foundation. La célèbre association américaine est au coeur du mouvement pour la transparence et développe des outils technologiques pour la favoriser et pousser les autorités US à l’ouverture. Autre outil, Follow the money.eu. Ce site aide les citoyens à comprendre comment l’argent européen est dépensé. Cette action citoyenne menée par des militants, des chercheurs et des journalistes vise à rendre le fonctionnement de l’Union européenne plus transparent et responsable.

Top down / Bottom up : La summa divisio de la conférence. Elle résume les différentes approches de la gouvernance électronique. Le Top down, c’est une relation verticale entre les autorités et les citoyens. Le Bottom up, c’est la collaboration des citoyens entre eux, une manière horizontale de faire de la politique électronique. Pour certains, l’une serait plutôt européenne et l’autre plutôt américaine. La dernière campagne pour les européennes en juin dernier a en tout cas été labellisée « top down ». Pas sûr que les citoyens s’y retrouvent.

L’Union européenne et le Web 2.0 : vaste sujet… les institutions européennes ont commencé à s’y mettre à l’occasion des élections européennes, leur stratégie consistant à occuper tous les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Youtube, Flickr…). Dernière innovation du Parlement européen : organiser des « chats » sur Facebook avec les eurodéputés. Première tentative concluante avec une jeune eurodéputée danoise. Le prochain Facebook Chat a lieu aujourd’hui avec Catherine Trautmann qui discutera du paquet Telecoms.

Cartographie de l’Eurosphère : Linkfluence qui a conçu pour Touteleurope.fr la cartographie de la Toile européenne française a présenté durant la conférence une nouvelle carte ambitieuse de l’Eurosphère. Première tentative de cartographie du web politique européen, cette « map » analyse des millions de pages web parlant d’Europe. Ces pages ont été explorées et indexées par des ordinateurs programmés à cet effet. La carte rend compte du positionnement des sites web parlant d’Europe en fonction des liens hypertextes qui les relient. Quatre pays ont fait l’objet de cette étude : la France, l’Allemagne, l’Italie et les Pays-Bas. Les résultats sont étonnants. Nous reviendrons plus en détails sur cette initiative dans un prochain billet.

4 commentaires

  1. Merci pour cet excellent résumé ! Les conclusions sur le caractère auto-organisé du débat en ligne posent tout de même une question vertigineuse pour tous les consultants/prestateurs de service présents lors de ce forum. Si les débats surgissent sur le web de manière spontanée, quelle est l’utilité de créer des espaces dédiés pour inciter les internautes à débattre d’environnement, d’Europe ou que sais-je, outre le fait que ces sites représentent une source de business juteux pour ceux qui les conçoivent ? La question a-t-elle été abordée ?

  2. @laregleduje : Ce que l’on peut retenir, c’est qu’il y a effectivement deux tendances qui s’affrontent. D’un côté les citoyens qui s’organisent spontanément et préfèrent éviter les intermédiaires institutionnels ou privés. De l’autre des institutions et des acteurs privés qui essaient de capter ces initiatives.
    Mais parfois, il faut bien reconnaître que pour certains projets, il faut disposer d’une véritable expertise technique dans le web. Un Jon Worth qui a des compétences de bloggeur et de web designer, peut se permettre de créer un site comme genderbalancedcommission.eu. Mais la construction de sites élaborés reste du ressort des spécialistes pour le commun des internautes.

  3. Bonjour,

    Ceci est un message pour Jeremie Zimmermann

    A quoi ca sert de nous bassiner jour et nuit sur une soi disant « Europe puissance » si l’on copie les américains dans leur démarche et qui plus est l’on décréte de communiquer en anglais sans même demander aux différents citoyens ce qu’ils en pensent.

    Au nom de quoi ce dictact de la langue anglaise?

    Au contraire l’originalié et la richesse de l’Europe n’est-elle pas justement d’avoir en son sein, plusieurs langues, et donc une approche pluriculturelle?.

    Je n’accepte pas ce dictact.

    A quand Barack Obama en français dans le texte surtout qu’apparemment l’Europe ne semble pas sa préoccupation première mais au contraire de redorer le blason US dans le monde.

    En fait, l’Europe telle qu’elle se construit actuellement et la nomination de M. Van Puy et mme Ashton en est la preuve vivante n’est pas, d’une part démocratique et d’autre part, est de plus en plus la sucursalle des Américains et de leurs conception socio-économique et géo-politique.

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