« Nous avons besoin d’une Europe post-américaine »

Alors qu’Obama est en tournée en Asie, les Européens s’interrogent sur les intentions du président américain à leur égard. Déçu par l’attitude du Vieux continent, l’hôte de la Maison Blanche préfère s’impliquer davantage dans la région Pacifique plutôt que perdre son temps de l’autre côté de l’Atlantique. Pour Jeremy Shapiro et Nick Witney, les deux auteurs d’un rapport sur la relation euro-américaine, c’est la relation « infantile et fétichiste » des Européens à l’égard des Etats-Unis qui est en cause. Entretien avec Nick Witney.


Quelles sont les principales conclusions de votre rapport ?

Nick Witney : « L’Europe n’a pas su s’adapter au nouveau monde après la chute du Mur de Berlin. Le temps où l’Europe pouvait s’abriter sous le parapluie militaire américain et pouvait se contenter d’un rôle mineur dans la conduite des affaires mondiales, est révolu.  Nous vivons dorénavant dans un monde post-américain. Nous avons donc besoin d’une Europe post-américaine qui prenne sa part de responsabilité et assure sa propre sécurité tout en contribuant à la sécurité globale. Il s’agit d’être un partenaire efficace des Etats-Unis. »
 
L’Union européenne peut-elle continuer à s’appuyer sur les Etats-Unis pour assurer sa propre sécurité ?

N. W. : « Les garanties apportées par l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord restent valides, c’est très important de rappeler cela. Je n’ai absolument aucun doutes sur la question de la solidarité  entre les Etats-Unis et l’Union et c’est aujourd’hui très improbable qu’un tel cas (ndlr : une agression armée contre un pays de l’UE) se produise. La puissance miliaire russe est l’ombre de celle de l’Union soviétique. Il ne faut pas cependant que notre propre réflexion se focalise sur la dimension OTAN-UE. »

Une armée européenne, un projet pertinent pour l’Europe ?

N. W. : « Cela dépend de ce que l’on entend par armée européenne. Je ne pense pas qu’une armée européenne fasse sens. L’idée qu’un général allemand puisse donner des ordres à des troupes françaises sur le champ de bataille sans obtenir au préalable le consentement du gouvernement français ou du Parlement est inimaginable. Pas pour notre génération en tout cas, la chose militaire restant une prérogative nationale. Je ne suis pas sûr que le terme « armée européenne » soit utile ou d’une quelconque aide pour faire avancer le débat. »

Quel est l’objectif de ce rapport ?

N. W. : « J’espère que cela va provoquer un débat, une discussion entre Européens. Il faut qu’ils s’interrogent sur les problématiques stratégiques s’ils ne veulent pas se retrouver par exemple dans un nouvel « Afghanistan ».  Si tout finit par se décider dans une OTAN sous direction américaine, nous serons dans une très mauvaise situation. »

Qu’en est-il des relations bilatérales spéciales ? Faut-il y renoncer ?

N. W. : « Les Etats misent énormément sur le bilatéral pour construire leur relation avec Washington. C’est normal. Pour autant, ce rapport plaide pour plus de réalisme. Il y a un vrai besoin de passer à une approche européenne collective et cohérente. Il faudra du temps mais c’est nécessaire. »

Le service diplomatique européen améliorera-t-il la situation ?

N. W. : « Cela aidera, je pense. Tout dépendra de ce que veulent en faire les Etats. »

1 Commentaire

  1. Je pense que Nick Witney dit faux! L’hypothèse d’une armée européenne repose sur une cohésion commune! Cette entité devrait exister au niveau européen et en dehors du système état par état, sinon, on ne s’en sort plus!

    Ce qui m’étonne, c’est que de nombreuses décisions sont prises chaque jour au parlement européen! pourquoi ne pas faire de même, et créer un parlement européen de la défense (ou commission européenne de la défense) afin de faire converger les idées en une seule? des ordres donnés par le parlement européen de la défense au corps européen, et n’agissant que sur ses ordres, après consultation des pays membres! cela ne dépendrait pas du ministère de la défense, mais à un délégué à la défense français concernant les affaires européennes! voilà mon point de vue, que ce soit une entité « indépendante » d’un pays membre, mais dépendante d’un parlement européen de la défense

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