L’Amour-haine de l’Europe au Royaume-Uni

Il semblerait qu’il y ait deux Grande-Bretagne, celle qui aime l’Europe et celle qui voudrait la quitter. Le contraste est d’autant plus saisissant que le Royaume-Uni entre dans une période pré-électorale. Les Conservateurs haussent le ton, promettant une renégociation du traité de Lisbonne s’ils arrivent au pouvoir en 2010. Leur départ du Parti populaire européen après les élections de juin, auquel beaucoup ne croyaient pas, a marqué un vrai changement d’attitude par rapport à l’Union. Les grandes déclarations des Conservateurs pour séduire la presse tabloïde ne sont donc pas sans fondement. 

Hier, David Miliband a décidé d’attaquer l’incohérence des conservateurs et les a accusé de tromper le public britannique sur l’Europe : d’un côté, les Conservateurs disent détester l’Europe telle qu’elle existe aujourd’hui mais de l’autre côté ils souhaitent maintenir le Royaume-Uni au centre des décisions européennes. Las, un tiers des députés conservateurs seraient en faveur d’un retrait de la Grande Bretagne de l’Union.


Une politique étrangère européenne forte est dans l’intérêt du Royaume Uni
 
Dans ce contexte les propos de David Miliband, ministre britannique des Affaires étrangères, tranchent clairement avec le discours nationaliste des médias de son pays. A l’heure où l’Union développe sa politique étrangère appuyée par un service diplomatique, le Royaume-Uni lui apporte son soutien et prône même un rôle stratégique pour son pays.
 
Devant un public de décideurs, M. Miliband a annoncé clairement son soutien aux nouveaux outils créés par  le traité de Lisbonne. « Il est de l’intérêt national du Royaume-Uni que l’UE développe une politique étrangère forte. Avoir peur d’une politique étrangère de l’Union serait une erreur. Le Royaume-Uni devrait soutenir ce développement et même prendre l’initiative dans ce domaine » a-t-il plaidé.  « Une Grande-Bretagne forte dans une Europe forte est le meilleur moyen de préserver et de promouvoir nos valeurs » a-t-il poursuivi. 

 
« L’Europe est notre continent »
 
Se démarquant des discours du gouvernement britannique sur l' »Europe globale« , où l’Europe n’est qu’un bloc de libre échange, M. Miliband prend clairement parti pour une stratégie politique. « Il n’est pas possible de garder notre rang au niveau mondial si on se marginalise au niveau européen » déclare-t-il. Selon lui, l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne sera l’occasion de redéfinir son action externe. Il a passé en revue les grands dossiers auxquels il tient tout particulièrement : la poursuite de l’élargissement dans les Balkans et en Turquie, la stabilisation de l’Afghanistan et les liens forts avec les pays émergents et les grandes puissances. Le Commonwealth et la relation spéciale avec les Etats-Unis sont cités bien évidemment.
 
Toutefois, malgré une tonalité positive, le discours reste assez classique. Les Etats membres veulent garder la maîtrise des nouveaux pouvoirs contenus dans le traité de Lisbonne. « La politique européenne ne remplace pas la diplomatie nationale » pour David Miliband, le ministre soulignant ainsi l’importance du véto national. « La nouvelle politique étrangère européenne sera surtout une mutualisation des ressources. Ce sera une politique de raison face au développement des nouveaux centres régionaux », dans ce qu’il appelle un « âge des continents ». 
 

Miliband, futur ministre des Affaires européennes de l’Europe ?
 
Le discours d’hier serait-il la profession de foi d’un futur haut représentant ? Le nom de David Miliband circule dans les couloirs de Bruxelles. Entre la perspective de cinq années à passer sur les bancs de l’opposition et le poste de ministre des Affaires étrangères européennes, ne serait-il pas tenté de troquer Westminister pour le Justus Lipsius ? 

 

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