Vaclav Havel : « Klaus n’est pas un dissident »

L’actuel président tchèque Vaclav Klaus annonce ce vendredi avoir reçu des « propositions satisfaisantes » de la part de la présidence suédoise de l’Union, qui pourraient conduire à une ratification du traité de Lisbonne. La République tchèque est le dernier des 27 Etats membres à devoir signer le traité. Son président excelle jusqu’ici à alimenter le feuilleton de sa « dissidence européenne ». Une dissidence qui était mise en perspective jeudi à Paris par son prédécesseur, Vaclav Havel, qui recevait le titre de docteur « honoris causa » à Sciences Po Paris.

Témoin et acteur de l’histoire de l’Europe, dramaturge, président de la Tchécoslovaquie de 1989 à 1992 puis de la République tchèque de 1993 à 2003, instigateur de la « révolution de velours » qui fête ses vingt ans, Vaclav Havel essaie de prendre du recul sur les enjeux immédiats qui traversent l’Union, à l’heure où tous les regards sont tournés vers Prague.

A 73 ans, il a l’attitude humble, presque gênée, de celui qui est honoré pour une œuvre qui le dépasse toujours. Une certaine émotion emplit l’amphithéâtre où se déroule la cérémonie, qui laisse place à une curiosité fébrile lors de la séance de questions. Havel évoque la révolution de velours, « boule de neige fortuite qui déclencha une avalanche ». Il sourit : « J’étais mal préparé à jouer un rôle dans l’histoire, ce qui est tant mieux. J’ai tendance à me méfier des gens trop préparés ».

Il mesure le chemin parcouru par les pays d’Europe centrale depuis vingt ans. « Il y a eu beaucoup d’obstacles à l’entrée de ces pays dans l’Union. Je ne suis pas sûr que l’Europe nous accueillerait aujourd’hui si c’était à refaire ! ». Quels changements concrets l’adhésion a-t-elle apportée ? Il avoue être « déçu » par la vie politique dans son pays. « Il nous manque toujours une vraie culture politique. Cela prendra deux ou trois générations, c’est plus de temps que je ne l’aurais espéré ».

Quand une étudiante tchèque l’interroge sur l’usage de l’expression « dissidence européenne » par Vaclav Klaus, Havel tâche de garder une attitude sage. On sait que Vaclav et Vaclav ne sont pas les meilleurs amis du monde. « La politique de Vaclav Klaus n’est pas une politique de dissidence. La dissidence doit comporter des risques, ce qui n’est pas le cas ici. Klaus se rend extrêmement populaire en République tchèque, parce qu’il donne l’impression d’être un homme courageux. Sa manière de faire au sujet du traité Lisbonne a suscité beaucoup de critiques, on a parlé d’une mauvaise compréhension de la Constitution tchèque. Je ne suis pas d’accord avec ses idées, mais telle est la démocratie. Je pense qu’il aura signé le traité de Lisbonne d’ici la fin de l’année ».

L’actualité du jour semble lui donner raison. Un signal positif a été envoyé par Prague ce vendredi. Le secrétariat de la présidence tchèque a indiqué avoir reçu des « propositions satisfaisantes » de la part de la présidence suédoise de l’Union. Les détails de cette proposition ne sont pas connus. Elle pourrait porter sur la dérogation à la Charte des droits fondamentaux demandée par le président tchèque. Vaclav Klaus exige en effet la garantie que les biens des Allemands des Sudètes  confisqués durant la Seconde guerre mondiale ne puissent pas être restitués.
La prochaine étape du processus de ratification tchèque sera l’examen du texte par la cour constitutionnelle, qui doit se prononcer le 27 octobre, suite à un recours de sénateurs sur la conformité du traité avec la Constitution. Les 27 Etats membres évoqueront également ces questions lors du Conseil Européen des 29-30 octobre à Bruxelles.

2 commentaires

  1. Avec ces déclarations, Havel défend l’intégrité et l’image de son pays a l’étranger, qui a été sérieusement touché par la position dissidente de Klaus. Donc oui, ses propos impliquent des risques à l’extérieur de leurs frontières.

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