La liberté de la presse européenne en danger

C’est le constat que dresse l’association Reporters sans frontières dans son dernier classement mondial : l’Europe, qui « a longtemps été exemplaire en matière de respect de liberté de la presse », perd peu à peu ses raisons de figurer en tête du palmarès.

Plusieurs pays sont en cause dans ce déclassement. Si les quatorze premières places sont toujours occupées par des pays d’Europe (suivis par la Nouvelle-Zélande, l’Australie et le Japon, les Etats-Unis remontant à la 20ème place), la France (43e), la Slovaquie (44e) ou l’Italie (49e) perdent respectivement huit, trente-sept et cinq places, continuant une descente déjà amorcée l’an dernier. Comme ne manque pas de le souligner l’association, ces derniers passent ainsi derrière de jeunes démocraties africaines (Mali, Afrique du Sud, Ghana) ou latino-américaines (Uruguay, Trinidad et Tobago).

Menaces physiques et limitations législatives

Les facteurs avancés par RSF pour expliquer ce phénomène vont des menaces physiques envers les journalistes reportées en Italie, en Espagne (45e) ou dans les Balkans, à la mise en place de nouvelles législations (ce qui constitue la menace la « plus grave »), comme en Slovaquie ou l’influence du ministre de la Culture dans les publications a été accrue. En Italie, les « pressions exercées par un Cavaliere à l’interventionnisme exacerbé, les violences de la mafia à l’encontre des journalistes qui exposent ses agissements au grand jour, ainsi que l’examen d’un projet de loi limitant drastiquement l’usage des écoutes administratives par la presse, justifient ce glissement ».

« La France ne tire guère mieux son épingle du jeu », continue RSF. « L’Hexagone se situe à la 43e place et enregistre une perte de huit points, conséquence non seulement des mises en examen, placements en garde-à-vue et perquisitions dans les médias, mais aussi de l’ingérence des autorités politiques, notamment du chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy ».

A l’inverse, la liberté semble aller bon train au Danemark (1er), en Finlande (2e), en Irlande (3e), en Norvège (4e) et en Suède (5e), où aucune atteinte n’a été signalée (les 5 pays obtiennent la « note » 0).

La censure sévit chez les pays candidats

Enfin, RSF note que « parmi les pays candidats à l’adhésion, la Croatie (78e) et la Turquie (122e) perdent respectivement trente-trois et vingt places par rapport à l’année précédente ». « En Turquie, l’explosion des cas de censure, notamment contre les médias des minorités, principalement la minorité kurde, et la volonté de membres des institutions étatiques, de l’armée, ou de la justice, de conserver un monopole sur des questions d’intérêt général, expliquent cette dégradation ».

Le classement mondial de la liberté de la presse est établi comme chaque année par Reporters sans frontières, grâce aux centaines de journalistes et experts des médias qui ont répondu à son questionnaire. Il prend en compte les violations de la liberté de la presse commises entre le 1er septembre 2008 et le 31 août 2009 et reflète le degré de liberté dont bénéficient les journalistes et les médias de chaque pays et les moyens mis en oeuvre par les Etats pour respecter et faire respecter cette liberté.

4 commentaires

  1. Bravo pour le caractère informatif de votre article. Le coq français est enroué, clairement. Mais… je croyais que vous étiez financés par l’Etat… est-ce que je me trompe? Si c’est le cas, je redouble mes bravos.

  2. Plus grave que les entraves ouvertes ou la concentration de la presse en quelques mains, c’est l’autocensure des journalistes français qui constitue un véritable déni de démocratie.

  3. Mises en examen, placements en garde à vue, perquisitions …. entrent dans le cadre légal appliqué à tous les citoyens, y compris les journalistes, citoyens à part entière. Quel est le problème ? En revanche, les ingérences politiques sont intolérables. Mais comment établir un tel classement, le comportement des journalistes étant différent selon les pays ?

  4. Classement en parti (im)partial ? Néanmoins je partage également les mêmes craintes que l’avis de Lacroix sur l’autocensure.

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