Et si le Président était une Présidente…

Il semblerait que la candidature de Mary Robinson ait la cote à Bruxelles. L’ancienne Présidente d’Irlande pourrait obtenir le soutien des 27 et décrocher le nouveau poste de président du Conseil européen créé par le traité de Lisbonne.

Parcours européen exigé

L’espace politique, occupé jusqu’à présent par Tony Blair, se libère pour Mme Robinson. Les chances de l’ancien Premier ministre du Royaume-Uni de devenir le futur « EU president » sont en effet en train de s’envoler. Malgré le soutien affiché de Nicolas Sarkozy et de Silvio Berlusconi, il est peu probable qu’un homme politique britannique puisse prétendre à ce poste. La place « ambiguë » du Royaume Uni dans l’Union – hors zone euro, hors espace Schengen et hors Charte des droits fondamentaux –  joue en sa défaveur. Dès lors, l’idée de voir un Britannique personnifier pour la première fois l’Union européenne sur la scène internationale passe très mal dans certains Etats membres.

Le coup de semonce est parti du Benelux. Une note conjointe des Pays-Bas, de la Belgique et du Luxembourg fait un portrait robot du futur Président qui ne ressemble pas à M. Blair. Selon ces trois Etats fondateurs, cette personne devra avoir « démontré son engagement européen et développé une vision sur l’ensemble des politiques de l’Union », indique le document. On voit difficilement comment l’ex-Premier Ministre pourrait représenter l’intérêt général européen.

Par rapport aux autres candidats potentiels, Felipe Gonzalez ou Jan Peter Balkenende, Mme Robinson jouit, quant à elle, d’un net avantage. C’est une femme. Et dans le grand marchandage qui s’annonce, les 27 doivent trouver un équilibre entre petits et grands pays, anciens et nouveaux Etats, courants politiques de droite et de gauche, sans oublier la parité homme / femme qui pèsera aussi dans la balance.

Non à une femme symbole!

Mais il ne faut pas se méprendre. Mary Robinson est tout sauf une femme symbole. Son CV impressionne : ancien chef d’Etat, Haut commissaire pour les droits de l’homme à l’ONU, Professeur de droit et européenne convaincue, sa légitimité pour occuper le poste de présidente du Conseil européen est indéniable. Depuis toujours avocate de la cause des femmes, elle a milité pour l’introduction de la contraception et un assouplissement de la loi sur l’interdiction de l’avortement en Irlande. Elle n’apprécierait cependant pas d’être une candidate féminine par défaut.

Une chose est sûre, si Mary Robinson est élue première « Présidente de l’Europe », elle ne sera pas une simple « chairperson ». Au poste hautement symbolique et sans réels pouvoirs qu’est la Présidence de l’Irlande, Mme Robinson a réussi à rénover et à pousser les limites de cette fonction. Elle avait rencontré le Dalaï-Lama et avait serré la main en public de Gerry Adams – le leader historique du Sinn Féin – quand ce type de rencontres était peu fréquent. Surtout, elle avait été la première chef d’Etat à se rendre au Rwanda et en Somalie pour attirer l’attention des médias du monde entier sur le sort tragique de ces pays.

Mary Robinson serait-elle trop engagée pour occuper ce poste?

C’est précisément ses convictions politiques fortes qui pourraient déranger les partenaires extérieurs de l’Europe. Son mandat de Haut Commissaire pour les droits de l’homme a été marqué par la controverse. De grandes puissances, notamment les Etats-Unis, n’ont pas voulu renouveler son mandat. Elle avait en effet critiqué ouvertement la peine de mort et la « guerre contre la terrorisme » après le 11 septembre en Amérique.

Le changement d’administration à la Maison Blanche pourrait néanmoins jouer en sa faveur et donner plus de poids à sa candidature. Lors de la remise de la médaille de la liberté cet été, Barack Obama a ainsi rendu hommage à son œuvre en faveur des droits de l’homme:

« Today, as an advocate for the hungry and the hunted, the forgotten and the ignored, Mary Robinson has not only shone a light on human suffering, but illuminated a better future for our world. »

En incarnant les valeurs européennes de liberté et de droits de l’homme tant sur la scène internationale qu’au sein de l’Union, la « Présidente » Mary Robinson pourrait porter l’espoir d’une nouvelle relance politique de l’Europe.

9 commentaires

  1. Bien vu! je crois que Wallstrom pourrait aussi etre une bonne candidate. Le probleme c’est qu’il y a trop d’engagements politiques, economiques et personnels. Malhereusement ce n’est pas un bon parcours professionnel ce qui te rend un poste comme celui ci. Blair (et aussi Barroso!) symbolisent, aux yeux de la plupart d’europeens le sommet des Açores avec Bush. Mais voila ou ils sont maintenant.

  2. Il n’est pas de tout possible que l’Europe choisit cette personne, citoyenne d’un pays qui force les citoyens et d’autres qui arrivent en Irlande des pays europeens de Schengen de demander la permission de la police irlandaise- Le Garda-avant de passer sur le sol irlandais. On doit forcer l’Irlande de devenir un pays normal europeen c’est a dire, devenir un pays de l’espace Schengen et de ne plus accepter les excuses ridicules debiles du gouvernement irlandais ……..
    Sinon, il faut expulser le pays; l »Irlande….de l’Union Europeeen.

  3. Enfin une candidature d’envergure pour la Présidence de l’Union. Aux médias influenceurs et aux citoyens européens de se mobiliser pour faire valoir les mérites de Mme Robinson … Comparée aux autres prétendants, elle symbolise bien les valeurs partagées de l’Europe et celles de sa déesse, pour l’histoire à reconstruire!

  4. mal joué.
    La société avec les femmes au pouvoir montre dans le monde, le déclin de la famille, et l’abandon des jeunes.
    Blair un nom connu et fort dans et hors europe, car l’europe c’est bien mais un petit bloc face a la globalisation et surtout face au émergents.

  5. Là où le bât blesse, c’est que l’Irlande a ratifié le Traité de Lisbonne avec des aménagements d’exception, et qu’elle n’est pas dans l’espace Schengen pour surveiller les frontières de l’Europe. Elle n’est pas dans la zone euro alors que sa monnaie nationale a terriblement souffert de la crise. Peut-on présider dans ces conditions de retrait, quelles que soient les qualités reconnues de Mary Robinson ?

  6. Je ne connais pas suffisamment Madame Mary Robinson mais compte tenu des aménagements qu’elle a obtenus pour son pays,on peut en conclure que c’est une femme de caractère et c’est bien ce qu’il faut pour l’Europe.Mais aura-t-elle la volonté politique d’amener son pays à réformer ses institutions afin d’adhérer pleinement aux critères Européens? Là est toute l’ambiguité de sa candidature.

  7. Mise au point sur l’Irlande –

    1. Elle est dans la zone euro depuis sa création.
    2. Elle ne fait pas partie de la zone Schengen pour des raisons historiques. Un espace de libre circulation existe entre l’Irlande et le Royaume Uni depuis les années 50. Pour que l’Irlande rejoigne l’espace Schengen sans le Royaume Uni il faudrait installer des contrôles à la frontière entre l’Irlande et le Royaume Uni qui se trouve en Irlande du Nord. Bref, c’est un sujet compliqué et un débat récurrent en Irlande. Lors de la campagne référendaire sur le traité de Lisbonne, il a été question de renoncer à cet « opt-out ».

  8. le 2 novembre 2009,

    Bonjour,

    J’observe qu’au début de la campagne de pronostics relatifs à la présidence du Conseil Européen il y a encore une quinzaine de jours, l’hypothèse Mary ROBINSON était très en vogue.
    A en croire les dernières suppositions depuis la réunion de Bruxelles la semaine dernière, d’autres personnalités toutes masculines auraient actuellement une meilleure cote…La généralisation de la parité à compétences égales et l’accession des femmes à certains postes clé prendront encore beaucoup de temps.

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