Barroso devant les députés : un débat attendu … mais décevant

Il s’y était engagé auprès des députés européens lors de la campagne pour sa réélection à la tête de l’exécutif de l’Union. José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne, s’est prêté ce mardi 20 octobre au jeu des questions/ réponses devant le Parlement européen. Mais alors que l’on s’attendait à ce que les eurodéputés profitent de cette occasion pour venir cuisiner l’ancien Premier ministre portugais sur sa politique, il faut reconnaître que la déception était grande à l’entrée dans l’hémicycle : celui-ci était presque vide, et les débats, qui ont duré un peu plus d’une heure, nous ont laissé un peu sur notre faim.

Serait-on trop habitués en France à voir les ministres se faire chahuter par une partie de l’Assemblée nationale pendant la séance de « Questions au gouvernement » tous les mercredi ? Trouverait-on inévitable d’entendre le président de cette même assemblée s’égosiller pour faire taire les plus bruyants, à grands renforts de « s’il-vous-plaît Mesdames et Messieurs les députés veuillez vous asseoir et laissez parler le ministre », tel un instituteur face à des élèves remuants, à tel point qu’une même séance calme et minutée nous paraît étrange ?

Le Parlement l’avait pourtant réclamé : le Président de la Commission devait dorénavant répondre régulièrement à ces questions, afin de justifier sa politique menée à la tête de l’exécutif européen. Peut-être la météo aura-t-elle tenu éloignés de Strasbourg les députés les plus frileux. Ils étaient en tout cas peu nombreux dans l’hémicycle ce mardi après-midi. Ratification du traité de Lisbonne, crise économique, emploi, changement climatique … plus d’une heure de questions aura permis aux présents d’en savoir un peu plus sur les grandes orientations de la politique de M. Barroso.

Mais vu de près, cet exercice ne semble pas avoir été à la hauteur de ce que l’on aurait pu en attendre. Serait-ce le minutage précis des questions et des réponses (une minute maximum) ? Ou la multiplicité des langues, empêchant, malgré la traduction, les réactions spontanées ? Cela manquait un peu de piquant. Peut-être était-ce en grande partie du aux réponses du Président de la Commission européenne, qui semblait réciter sa leçon tel un bon élève de classe préparatoire en séance de colle un samedi matin.

Il aura pourtant été un peu secoué par les eurodéputés à l’image des interventions de Rebecca Harms, Guy Verhofstadt, Graham Watson ou Pervenche Bérès, preuves que l’opposition reste bien vivante au sein de l’hémicycle européen. Sylvana Rapti demandera même à José Manuel Barroso de « ne pas refiler la patate chaude aux Etats membres sur ce coup-là, vous n’êtes plus candidat ! ». Mais cela n’aura pas suffit à faire sortir le Président de la Commission de ses gonds, lui qui, répondant selon l’interlocuteur en portugais, anglais, ou français, semblait camper sur un discours bien travaillé.

Tout juste Nigel Farage le fera-t-il réagir lorsqu’il lui demandera si il est en faveur de l’élection de Tony Blair à la tête du Conseil européen. Une bonne occasion pour M. Barroso de rappeler au député, leader du UKIP, la victoire du traité au référendum irlandais : « le 2 octobre, les Irlandais ont déclaré leur indépendance, car en votant « oui » au traité de Lisbonne, ils vous ont dit « non » M. Farage ! ».

Mais globalement, si les questions ne manquaient pas d’intérêt, le débat aura manqué de rythme. Il était peut-être même tout aussi intéressant de le suivre sur Twitter, où il était retransmis en direct.

Ou alors sommes-nous, Français, trop friands de la contestation pour apprécier une heure d’échanges sans vague ?

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Deuxième session plénière d’octobre – Questions/ réponses avec M. Barroso

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