Coalition Merkel / Westerwelle : quelle politique européenne ?

Outre-Rhin, la nouvelle configuration conservateurs/libéraux devrait avoir des répercussions sur la politique européenne de l’Allemagne. Avec le retour aux affaires des libéraux, l’on peut en effet s’attendre à plus de marché, moins d’interventionnisme mais aussi plus d’Europe dans les discours et dans les actes.

Guido Westerwelle, le leader du FDP, devrait normalement obtenir le poste de ministre fédéral des affaires étrangères. Et il pourrait être tenté de marcher sur les pas de son illustre prédécesseur, Hans-Dietrich Genscher. Un Européen convaincu et un partisan du pilier franco-allemand pour la conduite des affaires européennes.

1. Qui a la tête de la diplomatie allemande ?

C’est traditionnellement le « deal » dans toute coalition allemande qu’elle soit grande ou petite. Le leader du parti « junior » obtient le titre de Vice-Chancelier et la conduite des affaires étrangères avec. De 2005 à 2009, c’est ainsi le social-démocrate et ancien candidat du SPD aux législatives, Frank-Walter Steinmeier, qui a dirigé le « MAE » allemand. Maroquin populaire et prestigieux, le poste de ministre fédéral des affaires étrangères devrait échoir, cette fois-ci, à Guido Westerwelle, le leader des libéraux. A moins que le leader du FDP ne soit tenté de piloter les finances et l’économie du pays.

Les positions des libéraux sur l’Europe se rapprochent dans les grandes lignes de celles de la Chancelière. Avec néanmoins une différence de taille : Westerwelle est favorable à l’entrée de la Turquie dans l’UE à la différence de Mme Merkel.

2. Quel commissaire allemand à la Commission européenne ?

Selon Julien Frisch, il est fort probable que le futur commissaire allemand soit issu des rangs de la CDU, le parti d’Angela Merkel. Mais alors que le nom de Woflgang Schäuble – l’ancien ministre fédéral de l’intérieur – tenait encore la corde il y a quelques semaines, la victoire éclatante des libéraux pourrait profiter à un candidat plus modéré comme Peter Hintze, l’actuel coordinateur du gouvernement fédéral pour la navigation aérienne et spatiale.

3. Quelle politique européenne à Bruxelles ?

Au niveau du Conseil européen, Angela Merkel devrait continuer à bénéficier d’une forte aura. Déjà très respectée par ses pairs, sa réélection ne peut que renforcer sa légitimité et son autorité. Pour les dossiers traités par le Conseil des ministres, la présence de ministres libéraux dans le gouvernement fédéral devrait donner une tonalité « pro-marché » à la diplomatie allemande.

4. Quelle politique européenne à Berlin ?

C’est à Berlin qu’Angela Merkel et Guido Westerwelle pourraient rencontrer des difficultés. L’opposition devrait utiliser son pouvoir de véto au sein du Bundesrat – chambre législative qui représente les länder – pour gêner la coalition de centre-droit. Cela aurait pour conséquences de ralentir le processus de décision allemand.

5. Quelles relations avec la France ?

Les relations avec Paris devraient rester ce qu’elles sont : cordiales et pragmatiques. Isabelle Bourgeois, chargée de recherche au Centre d’information et de recherche sur l’Allemagne contemporaine, estime, dans un entretien pour Euractiv.fr, que le résultat du scrutin n’impliquera pas de changements pour les relations franco-allemandes. A Berlin, les relations étroites avec la France continueront à « relever de la plus haute importance » selon la chercheuse.

Eric le Boucher est plus pessimiste. Le journaliste de slate.fr voit en effet des désaccords profonds se dessiner notamment du fait de trajectoires économiques divergentes : « la France a une politique de la demande que la crise a accentuée, l’Allemagne a une politique de l’offre que les élections vont renforcer ». De quoi crisper les deux capitales sur de nombreux dossiers pour le chroniqueur français.

Affaires à suivre donc.

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