1999-2009 : la PESD a 10 ans

La légitimité pour mener des actions extérieures est une qualité rare et précieuse dans les relations internationales. Dans la résolution contemporaine des conflits, peu d’Etats en bénéficient pour stabiliser les zones fragilisées du globe et c’est bien souvent à l’Organisation des Nations Unies que revient  la lourde tâche d’assumer les missions de maintien ou de restauration de la paix. Encore faut-il cependant que le Conseil de sécurité adopte des résolutions en ce sens.

Cette solitude onusienne n’est plus. Depuis quelques années, un nouvel acteur émerge. Plus rapide et souvent plus efficace que l’ONU, l’Union européenne est en effet en train de devenir un acteur légitime incontournable sur la scène mondiale pour la conduite d’opérations civilo-militaires. A l’origine de cette nouvelle vocation, la politique européenne de sécurité et de défense. Initiée par la déclaration franco-britannique de Saint-Malo en 1998, la PESD connaît actuellement des évolutions significatives. Sur le terrain et dans les mentalités.


Les réalisations de la PESD sont peu visibles médiatiquement. Elles sont pourtant remarquables. Le drapeau étoilé flotte des Balkans, à l’Asie en passant par l’Afrique et le Moyen-Orient. Entre 2002 et 2009, l’Union européenne a mené 23 missions, dont six opérations militaires significatives. Ce sont ainsi près de 67 000 hommes et femmes qui ont été mobilisés sur les théâtres d’opérations extérieures. Leurs missions ? Réorganiser les forces de police et la justice au Kosovo (opération civile Eulex), veiller au respect des accords de cessez-le-feu en Géorgie (opération civile EUMM) ou encore contribuer à la protection des civils en danger au Tchad (opération militaire EUFOR Tchad-RCA).

Récemment, l’action extérieure européenne a également pris une nouvelle dimension avec Atalanta, la première opération maritime de la PESD. Depuis fin 2008, une flotte européenne croise en mer Rouge et dans le golfe d’Aden afin de dissuader et réprimer les actes de piraterie au large de la côte somalienne. Les frégates de l’Union ont notamment pour mission l’escorte des navires du Programme Alimentaire Mondial sur l’une des principales routes maritimes du monde. Impensable, il y a encore quelques années, l’idée d’une marine européenne prend aujourd’hui forme. Et tout cela sous commandement britannique.

Mais les progrès de la PESD ne s’observent pas que sur le terrain. Longtemps présentée comme un seul fantasme français, la politique de défense était perçue comme une tentative de Paris de contourner l’OTAN. Londres et les pays d’Europe centrale et orientale, très atlantistes, voyaient d’un mauvais œil la mise en place d’une structure concurrente. Avec la réintégration pleine et entière de la France dans l’Alliance, les mentalités ont évolué et des pays traditionnellement peu favorables à la défense européenne ont entamé leur aggiornamento.

C’est le cas de la Pologne. Varsovie a en effet annoncé cette semaine le programme de sa présidence qui doit avoir lieu en 2011. Et en haut de son agenda figure la politique de défense européenne. Les objectifs polonais sont ambitieux : une flotte d’avions de transport militaire (A400M) afin de pouvoir mener de façon indépendante des opérations militaires hors d’Europe, la centralisation des achats d’équipements militaires via une Agence européenne de l’armement et un poste de ministre adjoint des affaires étrangères de l’Union chargé des questions de sécurité qui puisse assister aux réunions de l’OTAN.

Ajoutons à cela les propositions du ministre français de la défense, Hervé Morin, de mettre en place d’ici à 5 ans un état-major permanent à Bruxelles et un Conseil des ministres de la Défense, et nous avons là les ingrédients d’un outil militaire européen performant capable de mobiliser les armées du Vieux Continent au service de la paix.

Il faut néanmoins rester prudent car il reste de nombreux obstacles à franchir – les hésitations politiques du Royaume-Uni, les budgets insuffisants des Etats membres hors Paris et Londres –  mais le mouvement de fond semble engagé. Le choix politique, cet été, de maintenir la production d’A400M, après avoir rencontré de sérieuses difficultés, est d’ailleurs révélateur : les Européens veulent avancer.

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