EDITO. Tensions dans l’Union

« L’Europe, c’est d’abord la paix ». Les dirigeants slovaques et hongrois devraient méditer cette phrase prononcée jeudi dernier par Pierre Lellouche, le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, à l’occasion de la dernière conférence annuelle des ambassadeurs à Paris.

Le projet européen porte en effet l’une des plus belles réalisations jamais accomplies sur un continent marqué pendant des siècles par les conflits dévastateurs et meurtriers : la pacification des relations interétatiques par le biais du droit. L’Union européenne incarne ainsi depuis plus de 50 ans ce mode de règlement des conflits. Pour M. Lellouche, « la machine européenne est d’abord une machine à fabriquer de la paix, de la démocratie et de la prospérité. »

Pourtant, ces derniers mois, il semble que deux Etats membres de l’Union aient délaissé le language mesuré de la diplomatie pour une rhétorique guerrière rappelant des séquences de l’histoire européenne que l’on aimerait ne plus jamais avoir à commenter. A l’origine du regain de tensions, une loi linguistique entrée en vigueur en Slovaquie le 1er septembre qui interdit dans les services publics le recours à d’autres langues que le slovaque, sous peine d’amendes pouvant aller jusqu’à 5.000 euros. Pour Budapest, ce texte vise directement la minorité hongroise forte de 500.000 à 600.000 habitants, soit environ 10% de la population slovaque.

Cette loi alimente surtout le discours du parti nationaliste SNS entré au gouvernement slovaque de Robert Fico en 2006. Les ressentiments historiques anti-hongrois sont en effet fortement mobilisés dans la rhétorique de son leader, Jan Slota. Il fut au coeur, notamment, de la polémique raciale qui opposa les deux pays il y a 3 ans.

Face à de tels incidents, l’Union doit rester vigilante. Si l’Europe, c’est la paix, il ne faut pas non plus oublier les mots prononcés par François Mitterrand au Parlement européen en 1995 : « le nationalisme, c’est la guerre ! La guerre ce n’est pas seulement le passé, cela peut être notre avenir, et c’est vous, Mesdames et Messieurs les députés, qui êtes désormais les gardiens de notre paix, de notre sécurité et de cet avenir ! »

Aux eurodéputés d’intervenir maintenant.

2 commentaires

  1. et dans quelle mesure les eurodéputés peuvent-ils agir? merci de faire des propositions plus concrètes pour que les citoyens se rendent compte de quelle façon les eurodéputés peuvent être influents sur de tels sujets.
    Les députés sont déjà intervenus plusieurs fois pour condamner la loi linguistique.
    Alors?

  2. @crys : pourquoi ne pas auditionner les protagonistes ? mettre en place un groupe de travail de députés européens hongrois et slovaques ? Bref que le PE joue son rôle de facilitateur et sortir du silence car ces derniers jours, les réactions se sont faites bien rares du côté des institutions européennes.

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