Kiev et Tbilissi dans le collimateur russe

Les chancelleries européennes ont les yeux rivés sur la Place Rouge. Les déclarations récentes de la Russie à l’attention de la Géorgie et de l’Ukraine ont en effet de quoi inquiéter les Européens et sortir les dirigeants des 27 Etats membres de leur torpeur estivale. Deux foyers de tensions pourraient se rallumer : d’un côté, un nouveau conflit gazier avec Kiev, de l’autre, une deuxième guerre conventionnelle contre Tbilissi.

Il y aura un « avant 7 août » et un « après 7 août ». Les experts ès énergie et Europe le savent bien, c’est à cette date que les Ukrainiens règlent la facture du gaz russe. En cas de non-paiement, Moscou pourrait couper les vannes, et perturber, par effet de réseau, l’approvisionnement énergétique d’une partie de l’Union européenne. Susanne Nies confiait récemment ses inquiétudes dans un édito de l’Ifri : « la couleur menaçante du 7ème jour vient de l’imbroglio des conflits postsoviétiques et d’un amalgame complexe d’intérêts matériels et politiques, y compris à l’intérieur des deux capitales qui s’opposent, Moscou et Kiev, aucune ne semblant intéressée par une résolution des disputes. »

Autre sujet de discorde, la question du port de Sébastopol situé en Crimée. Cette ville – devenue ukrainienne en 1954 par la volonté du dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev – accueille la flotte russe de la mer noire. Mais les autorités de Kiev ont exclu de renouveler le bail en 2017, ce qui irrite au plus haut point Moscou. Un dossier qui alimente également le discours nationaliste russe. Après le conflit russo-géorgien en août 2008, des responsables politiques, notamment en Europe et aux Etats-Unis, ont exprimé la crainte que la Crimée ne soit la prochaine cible de Moscou.

Mais c’est surtout la situation en Géorgie qui préoccupe les Européens. Le ton guerrier monte à nouveau entre Moscou et Tbilissi. Les Géorgiens ont ainsi accusé les Russes dimanche 2 août de déplacer la frontière entre la Géorgie et sa république séparatiste d’Ossétie du Sud et d’occuper encore plus le territoire géorgien. Il y a un an, la Géorgie avait déclenché une offensive pour reprendre le contrôle de cette région séparatiste. La Russie avait aussitôt riposté en engageant une opération militaire d’envergure.

Pour Pierre Lellouche, Secrétaire d’Etat aux affaires européennes, pas question d’abandonner cette région. « C’est l’affaire de l’Europe, pas celle de l’Otan », rappelle t-il. En témoigne la mission de surveillance de l’Union européenne dont le mandat vient d’être reconduit pour un an. Mais la présence d’observateurs n’a jamais empêché les conflits d’éclater.

Il faudra en tout cas attendre la fin de l’été avant de pouvoir évacuer l’hypothèse d’une nouvelle guerre. Selon un expert russe, « si on tient jusqu’à la mi-septembre, on peut dire qu’on l’aura évitée cette année. Car après, c’est la neige dans les montagnes qui se charge de geler les conflits du Caucase ».

Les saisons, plus efficaces que la diplomatie…

2 commentaires

  1. Les vélléités de puissance russes sont sans équivoque et les enjeux restent considérables dans le caucase. Le fait est constant. L’Europe semble être préoccupée par ce climat gros de risques.Mais au fond, dispose t-elle de moyens d’action autres qu’une mission d’observation?

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