Paris veut faire entendre sa voix au Parlement européen

On assiste peut-être à un changement de paradigme. L’Elysée envisagerait de nommer un secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement européen avant la fin du mois de juillet pour suivre de près l’activité des eurodéputés français et garder un oeil sur les dossiers sensibles de la nouvelle mandature.

Le nom de la députée européenne Christine de Veyrac circule pour occuper le maroquin. Mais derrière ce choix de personne, une prise de conscience est à l’oeuvre : la découverte du poids politique de l’Europarlement dans le « triangle institutionnel ».

La création d’un tel poste obéirait à un objectif simple : déployer une stratégie d’influence efficace au PE. Les représentants de l’Hexagone ont en effet longtemps négligé l’hémicycle strasbourgeois à la différence de leurs homologues allemands ou britanniques, très actifs, eux, sur les bancs de l’assemblée. Ce désintérêt qui pouvait se comprendre il y a encore trente ans lorsque les parlementaires inauguraient les chrysanthèmes est, aujourd’hui, devenu un véritable handicap pour la défense des intérêts français.

Le dossier Hadopi est l’illustration la plus éloquente de cette approche contre-productive. En plein débat national sur le dispositif de lutte contre le téléchargement illégal, un coup de semonce était parti de Strasbourg, l’institution démocratique mettant en garde l’exécutif français contre toute tentative de confier à l’administration, la prérogative de couper l’accès à Internet, un droit fondamental pour les eurodéputés. Cette prise de position a irrité au plus haut niveau mais, selon le blog Europe de la Tribune, elle a pour le coup « achevé de convaincre le chef de l’Etat qu’il fallait tenir les eurodéputés au marquage ».

Ce nouvel intérêt pour le PE s’est déjà manifesté à l’occasion de la répartition des postes au sein de la nouvelle assemblée. Avec quatre présidences de commissions (contre trois dans la législature précédente), onze vice-présidences (contre six), et neuf postes de coordonnateurs et vice-coordonnateurs (contre six), Pierre Lellouche, le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, s’est « réjoui de la place obtenue par les députés français » dans les instances du Parlement européen.

Les observateurs de la vie politique bruxelloise restent cependant prudents. Le Bureau du PE, l’intendance de l’assemblée qui réunit le Président, les 14 Vice-présidents et les 5 questeurs, est pour la première fois déserté par les députés français qui lui ont préféré les postes politiques. Pour Jean Quatremer, c’est toute la gestion quotidienne de l’assemblée qui échappe ainsi aux Français.

Il y a donc encore des contradictions entre les paroles et les actes. Et quand bien même le poste de secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement européen serait créé, le risque resterait grand, selon Florence Autret, que cette nouvelle fonction ne se résume qu’à un simple « gadget de communication ».

2 commentaires

  1. Christine de Veyrac…une blague? Pourquoi ne pas choisir le député sortant Toubon dont le sérieux, le travail sont unanimement salués et reconnu par l’ensemble des membres du PE?

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