La social-démocratie européenne en perdition

La vague bleue a submergé le Parlement européen. Et la gauche européenne avec… Sur les 27 Etats que compte l’Union européenne, seuls deux d’entre eux ont vu des formations politiques sociales-démocrates l’emporter sur les autres partis. Les gauches grecque et suédoise ont ainsi été épargnées par des défaites qui, dans certains pays, comme le Royaume-Uni ou l’Allemagne, atteignent des records de désaffection. En France, le Parti socialiste pensait pouvoir capitaliser sur l’effet « crise économique ». Mais comme partout ailleurs sur le Vieux continent, la sanction électorale a été lourde.

Pourtant, fin 2008, certains journaux annonçaient la renaissance de la social-démocratie en Europe. L’élection de Barack Obama accompagnée de la mise en oeuvre de plans de relance « keynésiens », laissait penser que, cette fois-ci, la gauche européenne et son Etat-providence prenaient leur revanche sur la doctrine libérale, triomphante ces trente dernières années.

Challenges voyait ainsi dans le Premier ministre britannique, le symbole de cette reconquête : « Dans la galaxie européenne de centre gauche, le grand vainqueur est… Gordon Brown, Premier ministre britannique, qui désormais porte haut les couleurs de la social-démocratie. La crise financière a rebattu les cartes. Tel le Phénix, l’ex-chancelier de l’Echiquier, perçu il y a deux mois encore comme austère et techno, rassure aujourd’hui. Son plan de sauvetage bancaire a inspiré l’Europe entière ».

Gordon Brown… Le pauvre locataire de Downing Street assiste actuellement au naufrage de son parti, le New Labour Party, qui s’est effondré aux élections européennes. Les travaillistes ont été balayés non seulement par les conservateurs mais également par les souverainistes de l’UKIP. Le grand vainqueur de 2008 est devenu le grand perdant de 2009. Certes, l’affaire des notes de frais a commis des dégâts terribles dans l’opinion britannique mais il semble que le malaise soit beaucoup plus profond.

Denis MacShane, député britannique travailliste, revient dans lemonde.fr sur cette défaite de la gauche britannique et européenne. Il livre une analyse tranchante de la situation. Selon lui, « on assiste à une renationalisation de l’Europe. Le peuple européen a peur, peur pour son travail, son salaire, son standard de vie, l’avenir de ses enfants… Dans cette ambiance d’angoisse, l’électeur se met sur la défensive, se replie dans le cadre national et vote donc pour les conservateurs de son pays ».

Mais cette peur des électeurs ne suffit pas à tout expliquer. C’est également le comportement des sociaux-démocrates, lorsqu’ils étaient au pouvoir, qui a déstabilisé de nombreux citoyens. Pour Daniel Vernet sur Slate.fr, les responsables de la gauche « ont souvent mené une politique de réformes de l’Etat-providence et de dérégulation que les gouvernements de droite n’avaient pas eu le courage de décider. Avoir été pendant des années les compagnons de route de la mondialisation nuit à leur crédibilité quand ils se targuent d’avoir, avant les autres, dénoncer les dangers du tout libéral ».

Ces politiques ont également été défendues au niveau européen. Olivier Ferrand, dans son livre « L’Europe contre l’Europe », revient sur les errements de la social-démocratie européenne. Le président de la fondation Terra Nova date le « grand basculement vers la dérive libérale » à la mise en œuvre de l’Acte unique par les services de la Commission présidée alors par le socialiste Jacques Delors. Mediapart, dans un entretien,  l’a interrogé sur cette compromission. « Une compromission qu’il explique par la nécessité de débloquer le processus de construction communautaire, alors dans l’impasse… ».

Aujourd’hui, c’est toute la gauche européenne qui semble être engagée dans une voie sans issue.

1 Commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *