Le sexe sauvera-t-il les élections européennes ?

Menottes cerclées de moumoute rose, éphèbes au torse lisse, nymphettes en guêpière : à première vue, on croirait un flyer pour le Salon de l’érotisme. Raté. Il s’agit en fait d’un tract pour les élections européennes concocté par le Parlement européen des jeunes.

Une association également responsable d’une campagne vidéo sur le même ton, qui réhabilite le local à poubelles comme lieu de drague :

Dans une interview à l’Express, le Président du PEJ s’explique : « Nous avons choisi des messages provocateurs pour interpeller les électeurs ».

Le sexe comme argument pour adhérer au projet européen : c’est la dernière tendance en vogue en matière de communication politique.


En 2007, déjà, une vidéo de la Commission à la gloire du programme Media + proposait un montage de scènes olé olé tirées d’une sélection de films européens. Un clip qui avait fait parler de lui sur EU Tube, la plate-forme de vidéos de la Commission, et suscité l’ire de quelques eurodéputés polonais particulièrement pudibonds.

En cette période électorale, le filon est exploité au maximum.

En avril dernier, les caravanes de l’UMP chargées de diffuser dans toute la France la bonne parole de la majorité, avaient emporté dans leurs soutes 20 000 préservatifs opportunément frappés du slogan « l’Europe qui protège ».

On apprenait il y a peu que des jeunes socialistes de Haute-Loire avaient suscité une vague polémique avec une vidéo érotico-rigolote retirée de Dailymotion, puis retrouvée un peu partout sur la Toile (excellente technique de buzz). On y constate que les galipettes sont bien plus torrides avec le PSE :


Justification du responsable local des jeunes socialistes : « Notre but, c’était d’inciter les jeunes, chez qui l’abstention s’annonce très forte, à aller voter – et à aller voter socialiste ». On pourra s’interroger sur la troublante association d’idées entre jeunes, sexe et socialisme (une référence subliminale à Mai 68 ?).

Mais quelle est au juste l’idée derrière ces campagnes qui font appel à la libido des électeurs ? Montrer à des jeunes sexuellement désœuvrés qu’Erasmus leur offre des opportunités indéniables en termes de rencontres ? Apprendre à ceux qui l’ignorent que l’Europe a d’abord été une affaire de fesses, si l’on se réfère à la mythologique coucherie entre Zeus et la princesse phénicienne du même nom ? Adresser un pied de nez à tous ceux qui pensent que l’Europe est un club chrétien ?

Peu importe, pourvu que ça buzze ! Les publicitaires et les lecteurs de Frédéric Beigbeder le savent : le sexe, c’est l’argument de vente ultime quand on n’a plus d’argument. Qu’il s’agisse de vendre un yaourt, une boîte de lessive ou un pull, donner à voir une jeune femme ou un jeune homme « sexy » est une stratégie sans risque. On est à peu près certain de capter l’attention du consommateur.

Il faut croire que les promoteurs de l’idée européenne en ont eu assez de s’entendre dire à longueur de campagnes que l’Europe était un projet terne, incarné par des technocrates grisâtres et systématiquement associé au calibrage des concombres. Et qu’ils ont décidé de rompre radicalement avec cette image en jouant à fond la carte du « sexy » et du « décalé ». Au détriment du message ?

13 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *