Jon Worth : « Barroso est l’antithèse d’Obama »

A quelques heures de l’investiture de Barack Obama, la fondation Terranova a publié un rapport d’études sur l’une des campagnes électorales les plus innovantes de l’histoire récente. Le rôle d’Internet dans la mobilisation du camp démocrate y apparaît prépondérant, Obama devant en grande partie de son succès à son utilisation efficace des nouvelles technologies.

A Touteleurope, on s’est demandé si une telle mobilisation en ligne serait un jour possible à l’occasion d’un scrutin européen. Pour avoir un avis éclairé sur cette question, nous nous sommes tournés vers le britannique Jon Worth, l’un des précurseurs d’une blogosphère européenne en gestation.

Quel sera le rôle d’Internet lors des prochaines élections européennes ?
   
Internet jouera certainement un rôle – celui-ci augmente lors de chaque élection en Europe, que ce soit au niveau local, national ou européen. Mais 2009 ne devrait pas représenter un grand tournant.

Certains candidats accorderont un rôle central aux nouvelles technologies dans leur campagne, réalisant que l’usage d’Internet est le moyen le plus facile et le plus rapide d’atteindre un grand nombre de personnes. Cependant, ni les partis politiques européens ni les partis nationaux n’auront la possibilité de faire un usage intéressant d’Internet : les financements pour les campagnes européennes sont bien trop faibles.

En Europe, nous en sommes toujours au stade où Internet est d’abord vu comme un outil pour animer son réseau et motiver ses supporters, plutôt qu’un moyen de recruter de nouveaux soutiens.

A votre avis, quels sont les sujets qui pourraient émerger dans le débat en ligne à l’occasion de ces élections ?

Certaines thématiques vont indubitablement apparaître mais je ne m’attends pas à ce qu’émergent des sujets de débat à l’échelle européenne. Les campagnes pour les élections européennes ressemblent malheureusement plus à 27 élections nationales qu’à quelque chose de véritablement européen.

D’une manière générale, j’imagine qu’il y aura des discussions sur la politique environnementale, la sécurité énergétique, et des préoccupations relatives au rôle de l’UE dans le monde. Si Declan Ganley [l’un des chefs de file du non au référendum irlandais – NDLR] et Libertas [son nouveau parti] parviennent à coaliser les eurosceptiques, il pourrait y avoir dans certains pays un débat sur le Traité de Lisbonne et la démocratie européenne. Il faut aussi s’attendre à des propos négatifs sur le Parlement européen et son coût, ses bonnes planques, etc. de la part de personnalités qui font beaucoup de bruit, comme Hans Peter Martin [eurodéputé autrichien].

Autre problème essentiel : il est presque impossible pour un parlementaire européen efficace et assidu de démontrer ce qu’il a accompli au cours de son mandat. Les caprices de la codécision et des groupes politiques font qu’il est difficile pour un parlementaire pris individuellement de mesurer son influence. Les partis traditionnels ont donc tendance à sonner assez peu subtilement « pro-européens », tandis que les voix criardes à la marge se font plus clairement entendre.

Les experts disent qu’Internet a joué un grand rôle dans l’élection de Barack Obama. Pensez-vous que des élections européennes puissent un jour susciter une mobilisation en ligne comparable ?

En un mot, non. Il faudra beaucoup de changements avant qu’une telle mobilisation en ligne soit possible en Europe, et cela n’a rien à voir avec la technologie ou Internet en tant que tel. Obama a dû prendre des risques au début de sa campagne – c’était un inconnu, un outsider. Dans ce cas, pourquoi ne pas utiliser Internet ? Il a fait un pari et il l’a gagné.

C’est la même chose pour tous les politiciens. Il y a toujours des moyens traditionnels qui marchent plus ou moins et si quelqu’un occupe une position sûre sur la liste de son parti, quel intérêt aurait-il à prendre des risques, à innover ?

Comme on peut le constater avec les rumeurs persistantes sur le renouvellement de José Manuel Barroso à la Présidence de la Commission, les Etats membres favorisent une personnalité qui est à bien des égards l’antithèse d’Obama. Barroso est faible, sans danger et ne soulève aucun enthousiasme. C’est donc dans un futur très, très lointain qu’on pourra voir dans l’Union européenne quelque chose de similaire à la dernière campagne américaine.

[Le blog de Jon Worth]


L’entretien en VO :

What could be the role of the internet in the next european elections ?

There will be some role for the internet – it increases at every election in Europe at local, national and European level. But 2009 will not be a year of some kind of major breakthrough.

Some candidates will make internet technologies central to their campaigns, realising use of the internet is the easiest and fastest way to reach a large number of people. However the European political parties and their national member parties have little incentive to make interesting use of the internet; there is normally little finance for European Parliament election campaigns.

We’re still at the stage in Europe where the internet is primarily a tool to network and motivate your supporters, rather than bringing new people onto your side.

In your opinion, what will be the hot topics in the online debate during the campaign ?

Some will undoubtedly appear, but I do not expect there to be any Europe-wide themes that will rise up. European election campaigns are still, sadly, more like 27 national elections than something properly pan-European.

Overall I can imagine there will be some debate about environmental policies, energy security, and some matters rating to Europe’s role in the world. If eurosceptics are corralled by Ganley and Libertas then in some countries the Treaty of Lisbon and European democracy could be debated. Also expect plenty of negative headlines about the European Parliament and it’s expenses, gravy trains etc. put forward by vocal individuals such as Hans Peter Martin.

There’s also the essential problem that, as a good, diligent MEP it’s almost impossible to state what you could do in a 5 year term. The vagaries of codecision and party groups make it very hard for an individual MEP to measure his or her influence. So the traditional 
parties tend to sound rather stodgily ‘pro-European’ while the shrill voices on the margins are heard more clearly.

Experts say the internet had a big role in Barack Obama’s election. Do you think European elections could ever inspire such an online mobilisation ?

In a word, no. A lot would have to change before such an online mobilisation were to be possible in Europe, and it’s not about the technology or even the internet as such. Obama had to take risks at the start of his campaign – he was unknown and an outsider. Why not use the internet? He gambled and won.

It’s the same for politicians everywhere. There are always the traditional means that more or less work, and if an individual is safe in their position on a party list then what incentive is their to take risks, to innovate?

As can be clearly seen with the ongoing rumours of the re-appointment of José Manuel Barroso as Commission President, the Member States favour someone who is very much the antithesis of Obama, for Barroso is weak, safe and uninspiring. So it will be long, long into the future that we will see anything similar to the new US President’s campaign in the EU.

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