Internet peut-il favoriser la prise de conscience d’une citoyenneté européenne ?

A l’occasion des Etats généraux de l’Europe, à Lyon le 21 juin, s’est tenu un atelier-débat, co-organisé par Touteleurope.fr, consacré au rôle d’Internet dans l’espace public européen et animé par la journaliste Véronique Auger. Les participants, praticiens du web ou spécialistes de l’opinion publique européenne, se sont demandés si Internet pouvait contribuer au développement d’une citoyenneté européenne active. 

Dominique Reynié, politologue à Sciences Po et auteur de l’Opinion publique européenne, a commencé par expliquer que l’existence d’un espace public européen était souvent mise en doute au regard d’un « espace public national idéalisé », dont lui doute de l’importance : les grands titres de presse et les grandes émissions télévisées ont finalement peu de lecteurs ou d’auditeurs, et fonctionnent avant tout sur un mode descendant. Il reste que « nous avons un système de pensée nationaliste » qui nous pousse à percevoir l’espace public européen comme un « espace national en grand », a-t-il affirmé.


Benoît Thieulin, fondateur du site Touteleurope.fr, aujourd’hui responsable de l’agence la Netscouade, a fait part de sa vision d’Internet : « un média symétrique, qui change la manière de débattre et peut donner lieu à des expériences formidables d’intelligence collective ». Cependant, a-t-il poursuivi, « il faut relativiser le poids du débat public en ligne », qui est souvent le fait d’une minorité de citoyens très actifs et politisés. En outre, « le web est organisé de manière affinitaire, par communautés et par centres d’intérêt ». Rares sont les moments où le grand public participe vraiment à la discussion, à l’image de ce qui s’est passé en 2005 autour du Traité constitutionnel européen.

Fernando Navarro, de cafebabel.com, estime quant à lui qu’Internet a pris la place des espaces de débat horizontal qu’étaient jadis les églises, syndicats et partis. C’est un média qui suscite la confrontation d’idées, confrontation qui fait cruellement défaut à l’Europe d’aujourd’hui : « jusqu’à présent, l’Europe a fonctionné sur le mode du consensus ; désormais, il faut plus de controverse ». C’est ce que visera l’opération EUDebate, à l’occasion des élections européennes de 2009, en demandant aux candidats de s’engager sur les politiques européennes qu’ils sont prêts à soutenir. 

Benoît Thieulin voit deux moyens de progresser vers une politisation du débat européen : encourager l’émergence de réseaux transnationaux à l’image de cafebabel.com et compter sur les partis politiques pour s’organiser au niveau européen. Par ailleurs, pour qu’un débat en ligne à l’échelle du continent mobilise un large public, il faut qu’il soit relayé par les médias « traditionnels » et tourne autour d’objectifs clairs. Par exemple des élections européennes ou un éventuel référendum européen.

Ces grands moments de la vie démocratique mis à part, les Européens peuvent-ils discuter ensemble de sujets communs ? A en croire Dominique Reynié, « il existe déjà un débat transnational », par exemple lorsque des millions d’Européens manifestent le même jour contre la guerre en Irak, ou quand des travailleurs en colère venus de toute l’Europe manifestent devant le siège des institutions européennes. Fernando Navarro a expliqué que le processus de Bologne, qui vise l’harmonisation des règles universitaires en Europe, suscitait chez les étudiants des craintes qui pourraient rapidement déboucher sur une mobilisation dans toute l’Europe. Et donc, probablement, sur Internet.

Pour Benoît Thieulin, toutes ces initiatives soulèvent une question : « quand les citoyens européens vont-ils  passer de la protestation à la proposition ? » A ce titre, les pétitions qui circulent actuellement sur le web, comme « Who’s your candidate » ou « Females in Front », sont autant d’exemples de démarches politiques constructives à l’échelle de l’Europe entière.

[2e Etats généraux de l’Europe]

3 commentaires

  1. Devient on citoyen par obligation, obligation d’accepter sans être consulté de se voir des droits disparaître, de voir des élus sans respecter leurs devoirs, la queqstion est comment devenir citoyen quand les conditions et cadres de vies n’offrent pas aux personnes un sentiment d’équatbilité, de justice, et de perspectives d’avenir, dans un monde où la mondialisation ne peut être régulée par ces dirigeants, ne peut être controlée par des lois qui ne semblent pas pouvoir s’uinscrire dans une constitution où l’humain soit traité avec autant de faveur que l’économie.
    Internet ne peut compenser le manque de compétences des élus à vouloir toujours mettre en avant les chiffres au détriment des difficultés et souffrances engendrées par des mesures tendant à exclure de notre société les citoyens potentiels.
    Partout dans le monde, le pouvoir de l’argent rend nos vies de plus en plus précaire, des politiques visant à réduire des acquis sociaux, laissant plus d’un cinquième de la population mondiale à la frontière de l’oubli…
    A l’heure où le pouvoir d’achat est en baisse, internet deviendra comme beaucoup d’autres produits de consommation un luxe, les humains peuplant cette europe se cncentrant sur un essentiel et vital besoin de satisfaire un minimum vital. Des personnes travaillant, payant des impots, se retrouvant à la rue.
    Lorsque dans des pays de droits les devoirs ne sont pas respectés, internet pourra t’il compenser la fracture sociale ?
    Le monde tourne avec l’argent, pour ceux qui peuvent en avoir, la vie continue, pour ceux qui en ont de moins en moins, frustration et manque de confiance prennent alors le chemin d’une contestation silencieuse jusqu’au jour où la pression contenue, libérera cette haine accumulée, reprochant aux spéculateurs en tous genres, de les avoir laisser sombrer dans le marasme sans avoir  » pu » endiguer les maux à leurs sources.
    La citoyenneté est un choix politique, lorsque l’humain n’est pas pris en considération il ne peut y trouver sa place. Les mots et les belles images ne suffisent plus pour convaincre et donner cette confiance. Tout ce qui vient de Bruxelles, c’est toujours plus de contraintes, plus de taxes et moins de liberté d’être, car notre vie est basée sur la consommation, travailler pour consommer. La vie, c’est peut être aussi autre chose. Ne pas vouloir être citoyen c’est aussi une des dernières liberté, à moins que l’humanité soit un but, pour l’instant le monde part dans cette direction où l’argent régle les destins. La motivation a besoin de voir le coeur de la raison battre, pour amorcer un pas en avant…
    Saussey Jean Jacques

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