Irlande : pour la première fois, un sondage donne le « non » gagnant

Le quotidien Irish Times publie aujourd’hui un sondage réalisé par TNS mrbi qui donne le « non » au traité de Lisbonne gagnant à 35 %, contre 30 % au « oui ». Le nombre d’indécis est à nouveau en hausse, avec 28 % des personnes interrogées (le 25 mai il était de 26 %). Autre information : 7 % des électeurs pourraient ne pas participer au vote. La principale raison qui motive le choix des anti-Lisbonne est la méconnaissance du traité. Jean Quatremer s’agace : « si l’on ne comprend pas, on s’abstient, on ne vote ni oui, ni non. Surtout si on risque de bloquer l’ensemble du système: 2 millions d’Irlandais paralysent une Union de 27 Etats ».

Au cœur de la campagne contre le traité, le blog irlandais « Lisbon Treaty Irish Referendum Blog – National Platform » défend une Europe d’Etats nations indépendants. Dans un billet du 3 juin, le blog donne 5 raisons d’être contre le traité de Lisbonne :

– il déboucherait sur une harmonisation de la taxe sur les entreprises.

– l’Irlande ne pourra plus décider qui sera le Commissaire irlandais.

– l’UE pourra acquérir de nouvelles compétences sans négocier un nouveau traité, ce qui est comparé un « chèque en blanc ».

– toute la législation européenne primera sur la constitution irlandaise.

– le traité de Lisbonne est juste une version reconditionnée du traité constitutionnel que la France et les Pays-Bas ont rejeté en 2005.

Les contributeurs de ce blog prétendent également que le traité remettra en cause de la neutralité de l’Irlande, certains allant jusqu’à affirmer que l’île sera transformée en une simple « province européenne ».

Parmi les soutiens du « non », on compte aussi le parti nationaliste Sinn Féin (« Nous-mêmes »). Mais d’autres groupes se sont rangés à cette cause : l’extrême droite anti-avortement, certains Verts, et ceux qui affirment que le traité est trop difficile à comprendre mais qui donnent des arguments contre.

Coir est un groupuscule très à droite, opposé à l’avortement et lié à des organisations religieuses. On lui doit deux affiches marquantes contre le traité: l’une figurant trois chimpanzés, pour une UE qui « ne vous verra pas, ne vous écoutera pas et ne parlera pas pour vous », l’autre présentant la Proclamation Irlandaise, avec ce texte : « des gens sont morts pour ta Liberté, ne la rejette pas ».

Coir a réalisé cette vidéo pour défendre sa position :

Tom Bishop, blogueur et citoyen irlandais, est fier que son pays soit le seul à organiser un référendum sur le traité de Lisbonne et se dit ravi de pouvoir voter non. Il est persuadé que la « remarquable réussite économique [de l’Irlande] ne nous a pas fait oublier les générations de concitoyens qui ont lutté pour notre LIBERTE ».

Pour marquer leur mécontentement, certains ont choisi l’humour, comme le prouve cette chanson diffusée sur le web :

En France, le référendum est vécu comme un espoir pour les opposants au traité européen, déçus par les conséquences des rejets français et hollandais en 2005. Ils espèrent qu’une issue négative en Irlande réorientera ou mettra un terme à la construction européenne. Toujours chez Jean Quatremer, Léa lance cet appel aux Irlandais: « Soyez le troisième peuple qui ose réclamer une autre Europe, n’ayez pas peur de suivre votre instinct! ».

Un point souvent relevé par les blogueurs : le « non » irlandais est à l’opposé du « non » français. Florent vit en Irlande depuis sept ans et il insiste sur le fait que « l’opposition au traité est radicalement différente en Irlande ». Jean Quatremer souligne aussi que « les Français nonistes de gauche sont en totale contradiction avec les nonistes Irlandais », puisqu’ils sont radicalement contre toute harmonisation fiscale ou sociale et parfois même contre l’avortement.

L’issue du référendum est loin d’être fixée. A moins d’une semaine du vote, les partisans du traité tentent de défaire les arguments du non, portés par une coalition hétéroclite, jouant parfois sur la méconnaissance et la crainte. Il leur reste une marge de manœuvre: partir à la conquête des indécis.

2 commentaires

  1. Si l’Irlande vote non, cela voudra dire que l’un des pays qui ont tiré le plus d’avantages de leur appartenance à l’UE aura refusé de rendre celle-ci plus efficace et plus démocratique.
    Si cela arrive vraiment, on pourra toujours essayer de les faire revoter. Sauf qu’à terme, c’est une nouvelle preuve que l’UE fonce droit dans le mur, et que les citoyens européens ne reconnaissent plus sa légitimité, qu’ils n’ont plus vraiment « envie » d’Europe.

    En cas de non, pour sauver le projet européen, je propose :
    – L’élection d’une assemblée constituante en Juin 2009 (avec bien sûr la présence dans le scrutin de partis refusant toute Europe politique, pour que ceux qui refusent l’idée même de constitution puissent se faire entendre.) [en plus ou à la place des députés européens « habituels »]
    – En cas de victoire des europhiles, un référendum pan-européen à double-majorité (citoyens/États) sur la constitution proposée par de cette assemblée
    – En cas de rejet, l’élection d’une nouvelle assemblée constituante… Jusqu’à ce que les citoyens européens votent et acceptent la légitimité de l’UE, ou abandonnent consciemment le projet européen.

    C’est de la pure utopie ? Je ne vois que ça pour que les gens voient l’UE autrement que comme une grosse usine à gaz.

  2. Je ne comprends rien à l’europe et aux décisions prises je ne sais pas qui me représente , bref c’est un regroupement de 27 pays sans l’avis des citoyens , je voudrais que tous les mesures prises soient votées par tous les habitants ou alors que les propositions soient exposées à tout le monde ( parlement ) et un vote de chacun , si un pays n’est pas d’accord , il revote et si il n’est pas encore d’accord , il ne fait plus partie de l’europe , c’est cela la démocratie . Sur quoi est bâti l’europe , qu’est ce c’est ces traités . Comment sont distribués les subventions , qui financent , à qui . Nous sommes à peu près les 3/4 en france et en europe . Merci d’avance

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